VINCI Energies a finalisé le 14 octobre 2026 le rachat d’All for One Group, une société allemande cotée à Francfort qui installe et maintient les logiciels de gestion des entreprises du Mittelstand, le tissu de PME et d’ETI qui fait la force industrielle de l’Allemagne. La filiale du groupe VINCI détient désormais 87,33 % du capital à l’issue de son offre publique d’achat lancée en juillet (communiqué VINCI). L’opération valorise la cible à environ 338 millions d’euros, selon L’Agefi.

Une prime de près de 100 %

All for One a son siège à Filderstadt, près de Stuttgart. L’entreprise emploie 3 000 personnes, surtout en Allemagne, mais aussi en Autriche, en Suisse et en Pologne, et travaille pour plus de 4 500 clients. Elle a réalisé 504 millions d’euros de chiffre d’affaires sur son exercice 2024-2025 (All for One). Son métier : déployer et faire vivre les progiciels de gestion intégrés (ERP) de l’éditeur allemand SAP, qui pilotent la comptabilité, les achats, la production ou la logistique, avec désormais une couche de cloud et d’intelligence artificielle.

Façade d’un immeuble de bureaux d’Axians dans la Plathnerstraße à Hanovre, en hiver
Des bureaux d’Axians à Hanovre. La marque numérique de VINCI Energies, déjà bien implantée en Allemagne, va absorber l’expertise SAP d’All for One. © Gerd Fahrenhorst / CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

VINCI Energies n’a pas lésiné. Son offre, à 67,50 euros par action en numéraire, représentait une prime de 95,5 % sur le dernier cours avant l’annonce du 16 juillet, et de 104,9 % sur la moyenne des trois mois précédents (VINCI Energies). Les principaux actionnaires, qui pesaient 54,7 % du capital, s’étaient engagés d’emblée à apporter leurs titres. Le seuil minimal de 75 % plus une action a été franchi dès le 9 septembre, avec 83,56 % sécurisés, avant une dernière période d’apport close le 2 octobre (EQS).

Le cœur numérique du Mittelstand

L’intérêt de la cible tient à sa clientèle. All for One accompagne des milliers d’entreprises allemandes de taille moyenne sur des contrats de services pluriannuels qui couvrent leurs processus informatiques critiques, souligne VINCI Energies. C’est un revenu récurrent, peu volatil, et une porte d’entrée chez des industriels qui doivent tous moderniser leur système de gestion dans les prochaines années, notamment avec le passage aux nouvelles générations d’ERP de SAP dans le cloud.

La Schlossplatz de Stuttgart à la tombée de la nuit, avec le Nouveau Château, une colonne et une grande roue illuminée
Stuttgart, capitale du Bade-Wurtemberg. All for One est installé à Filderstadt, juste au sud de la ville, au cœur d’une des régions les plus industrielles d’Europe. © Jorge Franganillo / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Pour un groupe français, mettre la main sur ce portefeuille revient à s’asseoir à la table des PME et ETI allemandes. L’opération fait d’ailleurs écho à celle annoncée deux jours plus tôt par le Crédit Agricole, qui rachète IKB, la banque spécialisée du Mittelstand (French Touch). Deux grands groupes français misent la même semaine sur le moteur économique allemand, l’un par le crédit, l’autre par le numérique.

Vue aérienne du siège de Trumpf à Ditzingen, bâtiments industriels au milieu des champs
Le siège de Trumpf à Ditzingen, près de Stuttgart. Ce fabricant familial de machines-outils incarne le Mittelstand, ces PME et ETI exportatrices qu’All for One équipe en logiciels de gestion. © TRUMPF / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Axians grandit d’un coup

Derrière l’opération, il y a Axians, la marque des technologies de l’information et de la communication de VINCI Energies. En 2025, elle a réalisé 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires : 2,7 milliards dans la construction d’infrastructures numériques (télécoms, fibre, centres de données, réseaux d’entreprise) et 1,1 milliard dans les services, c’est-à-dire les logiciels de gestion, l’analyse de données, les postes de travail et la cybersécurité (VINCI Energies). Avec All for One et ses 500 millions d’euros, ce dernier pôle, le plus dynamique, grossit d’environ 45 %.

VINCI Energies elle-même pèse 21,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 109 000 salariés dans 60 pays (EQS). L’Allemagne est déjà l’un de ses grands marchés : la filiale y revendique 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 18 300 collaborateurs et environ 360 implantations (VINCI Energies Deutschland). Le groupe VINCI, maison mère cotée au CAC 40, emploie 294 000 personnes dans plus de 120 pays.

Immeuble de bureaux vitré du siège de SAP à Walldorf, avec le logo SAP sur le toit, devant une pelouse arborée
Le siège de l’éditeur SAP à Walldorf. All for One s’est spécialisé dans l’intégration et la maintenance de ses logiciels de gestion pour les entreprises de taille moyenne. © Vladislav Bezrukov / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Côté allemand, l’accueil a été favorable. Le directoire et le conseil de surveillance d’All for One ont soutenu l’offre et recommandé de l’accepter. « Ensemble, nous avons la perspective de devenir le partenaire de référence des transformations de bout en bout en Europe », a déclaré son président du directoire, Michael Zitz. L’accord prévoit le maintien du siège à Filderstadt, la présence d’au moins un membre indépendant au conseil de surveillance tant que VINCI ne détient pas 100 % du capital, et aucun contrat de domination ou de transfert des profits avant le 1er janvier 2029 (All for One). En clair, l’entreprise garde une large autonomie pendant au moins deux ans.

Une cible à remettre d’aplomb

Le pari n’est pas sans risque. All for One sortait d’un premier semestre difficile et devait atteindre 500 à 530 millions d’euros de chiffre d’affaires sur son exercice 2025-2026 sans dégager de résultat d’exploitation, relevait L’Agefi en juillet. Une prime proche de 100 % suppose donc que VINCI Energies redresse les marges, sur un marché des services SAP où se bousculent aussi les grands cabinets de conseil et les sociétés de services informatiques. Environ 12,7 % du capital reste par ailleurs entre les mains d’actionnaires minoritaires.

La salle des marchés de la Bourse de Francfort, avec ses écrans et le panneau Börse Frankfurt
La Bourse de Francfort, où All for One est coté dans le segment Prime Standard. Le document d’offre de VINCI Energies devait être approuvé par le régulateur allemand, la BaFin. © Ank Kumar / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

L’autre défi est culturel : faire travailler ensemble une maison allemande de consultants SAP et les ingénieurs réseaux et infrastructures d’Axians, sans perdre les consultants qui font la valeur de la cible. C’est précisément pour cela que l’accord protège l’autonomie de la cible jusqu’en 2029.

Un groupe français au cœur de l’industrie allemande

Si l’intégration réussit, VINCI Energies pourra proposer à un industriel allemand toute la chaîne, du câblage de l’usine et du centre de données jusqu’au logiciel qui gère ses commandes et à l’IA qui l’analyse. Pour VINCI, connu d’abord pour ses autoroutes et ses chantiers, c’est une étape de plus vers le numérique, et la preuve qu’un champion français peut s’imposer comme partenaire de confiance du Mittelstand, chez lui.