La sanction attendue n’est pas tombée. Vendredi 23 octobre au soir, l’agence de notation américaine Moody’s a laissé la note de la dette française à Aa3, avec une perspective négative, alors que les marchés tablaient sur une dégradation (franceinfo avec l’AFP). La France conserve ainsi son dernier « double A » chez les trois grandes agences.
Aa3, contre toute attente
La date était inscrite de longue date au calendrier de l’Agence France Trésor, l’organisme qui gère la dette de l’État : Moody’s devait se prononcer le vendredi 23 octobre. L’agence a annoncé avoir conclu sa revue périodique de la France sans toucher à la note, qui porte une perspective négative depuis octobre 2025, rapporte Reuters.
Dans son texte, Moody’s précise que cette publication « n’annonce pas une action de notation de crédit et ne constitue pas une indication quant à la probabilité d’une action de notation de crédit dans un avenir proche ». La note Aa3, qui désigne un crédit de « bonne » qualité, « part de l’hypothèse qu’un budget de 2027 réduisant le déficit sera adopté, tandis que les coûts de financement et les tensions sociales se modéreront quelque peu dans les prochains mois », écrit l’agence, citée par RFI.

Le verdict a surpris. Les marchés obligataires intégraient déjà une baisse, qui aurait aligné Moody’s sur Standard & Poor’s et Fitch, selon Reuters. Théophile Legrand, stratège taux chez Natixis, en faisait le scénario « central » quelques heures avant l’annonce, a-t-il expliqué à Euronews.
Le dernier « double A » des trois grandes
L’enjeu dépasse le symbole. Fitch et S&P notent déjà la France A+, une dette de « qualité moyenne supérieure » ; Moody’s la garde un cran plus haut, dans la catégorie « double A », souligne BFM Business. Une baisse aurait donc mis les trois grandes agences au même niveau, à un moment où les investisseurs sont nerveux.
Car la semaine a été rude pour la dette française. Mercredi, le taux d’emprunt de l’État à 10 ans a franchi la barre des 5 %, une première depuis 2002. Jeudi, il a touché 5,14 %, son plus haut depuis juillet 2002, et l’écart avec l’Allemagne, le « spread », a atteint son plus haut niveau depuis quinze ans, selon Reuters. Vendredi, il restait au-dessus de 170 points de base, contre environ 70 en début d’année, d’après BFM Business.

Dans ce contexte, garder sa note évite un signal négatif de plus. Pour Théophile Legrand, la décision est une bonne surprise à court terme, pour le gouvernement comme pour les marchés, rapporte Euronews.
Bercy y voit un gage de crédibilité
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a réagi le soir même. Dans un communiqué de Bercy, il voit dans la décision « la reconnaissance de la solidité de notre économie et de la crédibilité du budget présenté par le Gouvernement dans le projet de loi de finances pour 2027 ». Il la lit aussi comme « un appel à la responsabilité » : adopter d’ici la fin de l’année un budget qui ramène le déficit à 5 % du PIB, une cible qu’il dit « intangible ».

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a salué sur X un signal qui « montre à nos prêteurs qu’il existe un chemin », relève Le Parisien. Samedi sur franceinfo, Roland Lescure a parlé d’« une économie française qui tient la route », tout en reconnaissant des « ombres au tableau », dont la dégradation du climat social.

Un répit, pas un blanc-seing
L’éclaircie reste fragile. La perspective négative est maintenue : elle reflète, selon Moody’s cité par CNBC, le risque accru que la fragmentation du paysage politique continue de gêner le travail du Parlement. L’agence pourrait revenir à une perspective stable si la France réduit son déficit, ajoute la chaîne américaine.
Le chemin est étroit. Le déficit public est attendu à 5,4 % du PIB cette année et la dette à 119 %, selon BFM Business. À l’Assemblée nationale, des mesures d’économies du budget 2027 ont déjà été supprimées, et l’élection présidentielle des 18 avril et 2 mai 2027 pèse sur les débats, note Reuters. Pour Théophile Legrand, la perspective négative signifie que le risque d’une baisse reste entier : Moody’s accorde surtout du temps à la France pour prouver qu’elle peut adopter un budget crédible.
Prochain rendez-vous : S&P, le 27 novembre
La France a gagné quelques semaines de calme sur le front des agences. Le prochain verdict viendra de Standard & Poor’s, attendu le vendredi 27 novembre, puis de l’agence américaine KBRA le 11 décembre, selon l’Agence France Trésor. D’ici là, le « double A » de Moody’s reste acquis.



