Alstom a annoncé ce lundi 19 octobre une première commande d’environ 800 millions d’euros pour des trains Metropolis destinés au métro de Hanoï, la capitale du Vietnam. Les rames seront conçues et fabriquées sur le site de Valenciennes Petite-Forêt, dans le Nord, précise le communiqué du groupe. C’est la première tranche ferme d’un accord signé le 6 octobre qui porte, au total, sur 200 trains.

Quatre cent quinze caisses à construire dans le Nord

La commande s’inscrit dans l’accord conclu avec Vinhomes, filiale du conglomérat vietnamien Vingroup. Il prévoit jusqu’à 83 rames de cinq voitures conçues et fabriquées par Alstom, et une licence technologique pour que 117 rames supplémentaires soient assemblées au Vietnam à partir de composants fournis par le groupe français, détaille Alstom. Le 6 octobre, le montant n’était pas encore connu : il dépendait du bouclage du financement. La première tranche sera enregistrée au troisième trimestre de l’exercice 2026-2027.

Quatre-vingt-trois rames de cinq voitures, cela fait 415 caisses à concevoir, assembler, équiper et essayer, calcule Liberté Actus. Le titre Alstom avait bondi de 5,05 % le jour de l’annonce de l’accord, selon l’AFP citée par France 3.

Quatre dirigeants posent devant un écran bleu « Signing ceremony », deux d’entre eux se serrant la main en tenant des dossiers rouges
La signature de l’accord entre Vinhomes et Alstom au siège de Vingroup, à Hanoï, le 6 octobre 2026, en présence du directeur général d’Alstom, Martin Sion. © Alstom

Six sites mobilisés, de Valenciennes à Ornans

L’intérêt pour la France tient en une phrase du communiqué : les trains seront faits ici. Petite-Forêt est le centre d’expertise d’Alstom pour les métros. Le site conçoit et fabrique aussi des tram-trains et des trains de banlieue à deux niveaux, selon sa fiche officielle.

Il ne sera pas seul. Ornans, dans le Doubs, fournira les moteurs, Le Creusot les bogies, Toulouse le schéma électrique et Villeurbanne l’informatique embarquée et l’information voyageurs. Charleroi, en Belgique, livrera la traction, énumère France 3. Une commande passée à l’autre bout du monde fait donc travailler cinq sites français.

Les grands bâtiments bleu et blanc de l’usine Alstom de Petite-Forêt, derrière des arbres sans feuilles, avec une rame de banlieue garée devant
L’usine Alstom de Petite-Forêt, près de Valenciennes, centre d’expertise du groupe pour les métros. C’est là que seront conçues et fabriquées les rames de Hanoï. © NB80 / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Un réseau de 979 kilomètres à bâtir

Le vrai chiffre fou est vietnamien. Le plan directeur de Hanoï, pensé sur cent ans, prévoit 979 kilomètres de métro et 18 lignes d’ici 2045, rappelle Alstom. La capitale veut faire du rail la colonne vertébrale de ses transports pour réduire les embouteillages et la pollution.

Le groupe français y est déjà chez lui. À l’automne 2020, la première rame du métro de Hanoï a quitté Petite-Forêt voiture par voiture, sur des remorques, direction le port de Dunkerque, raconte Liberté Actus. Ce sont dix rames de quatre voitures pour la ligne 3, dont la section aérienne roule depuis 2024. Alstom a aussi fourni la signalisation, l’alimentation électrique et le dépôt de cette ligne.

Une rame Metropolis jaune et rouge à quai dans une station aérienne de Hanoï, des voyageurs la photographient au premier plan
Une rame Metropolis de la ligne 3 du métro de Hanoï. Ses dix trains sont sortis de Petite-Forêt, avant la nouvelle commande. © TheNetheriteGuy / CC0, via Wikimedia Commons

Martin Sion et un accord d’État à État

L’accord a été signé à Hanoï devant le directeur général d’Alstom, Martin Sion, et l’ambassadeur de France au Vietnam, Didier Le Bret. Martin Sion y voit « une étape majeure pour Alstom dans l’un des marchés de la mobilité qui croissent le plus vite au monde ». Il dit aussi qu’elle « démontre la force de la technologie ferroviaire française ».

L’accord fait suite à la visite à l’Élysée, le 10 septembre, du président vietnamien To Lam. Cette visite avait produit une série d’accords : avions A350, satellites d’observation de la Terre, métaux critiques, selon l’AFP citée par France 3. Le savoir-faire de Petite-Forêt ne sert pas qu’à l’export. Le site assemble, teste et homologue aussi, avec Crespin, le MF19 qui renouvelle huit lignes du métro parisien. Une nouvelle ligne de production y a été ouverte pour suivre la cadence, indiquait Alstom en octobre 2025.

Une rame MF19 blanche et bleue, numéro 001, à quai dans une station du métro parisien, des voyageurs assis sur le quai
Le MF19, nouveau métro de Paris, ici sur la ligne 10. Il est assemblé et testé à Petite-Forêt et à Crespin, comme le seront les rames de Hanoï. © Adnane302 / CC0, via Wikimedia Commons

Ce que la France cède en échange

Le contrat a sa contrepartie. Les 117 rames suivantes seront assemblées au Vietnam par Vingroup, sous licence. Hanoï n’achète pas seulement des trains, elle acquiert de quoi en produire, résume Liberté Actus. Le directeur général de Vingroup, Nguyen Viet Quang, parle d’ailleurs de renforcer « l’autonomie » du Vietnam dans le rail. À terme, l’usine française pourrait donc avoir formé un concurrent régional. Autre limite : seule la première tranche est ferme. La valeur totale des 83 rames n’a pas été publiée, et Vingroup, géant de l’immobilier et de l’automobile, fait ses débuts dans les infrastructures ferroviaires.

Un conducteur en chemise blanche et casquette, vu de dos dans la cabine d’une rame de la ligne 3, face à la voie aérienne qui file vers la ville
Dans la cabine d’une rame de la ligne 3 de Hanoï. Le Vietnam veut maîtriser lui-même son rail, d’où la licence d’assemblage accordée à Vingroup. © Tttrung / CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Du Nord jusqu’au fleuve Rouge

Six ans après les dix premiers trains, le Valenciennois change d’échelle : jusqu’à 83 rames, 415 caisses et 800 millions d’euros dès la première tranche. Quand les habitants de Hanoï prendront leurs nouveaux métros, ils monteront dans des trains nés dans le Nord.