Vallourec a annoncé lundi 12 octobre, depuis Meudon, un contrat majeur avec TotalEnergies pour le développement du champ gazier d’Absheron, en Azerbaïdjan. Plus de 16 000 tonnes de tubes OCTG et de line pipe sont en jeu, dont environ 159 kilomètres de conduites avec revêtement anticorrosion. L’annonce tombe quinze jours après la décision finale d’investissement du développement complet du gisement.

Seize mille tonnes pour la Caspienne

Le périmètre OCTG couvre des tubes et des connexions premium VAM, notamment la dernière génération semi-affleurante VAM SLIJ-3, conçue pour les environnements offshore les plus exigeants. Le contrat inclut aussi une gamme d’accessoires fabriqués sur plusieurs sites du groupe dans le monde, ainsi que CLEANWELL, la solution sans graisse de Vallourec, présentée comme un gain d’efficacité opérationnelle et un moindre impact environnemental.

Côté line pipe, la commande porte sur environ 159 kilomètres de tubes livrés avec un revêtement anticorrosion, pour des applications onshore et offshore. Vallourec s’appuiera sur sa filiale locale VAM Caspian pour accompagner TotalEnergies sur l’ensemble des opérations liées au projet, un argument que le groupe met en avant pour conjuguer expertise mondiale et proximité en mer Caspienne.

Le montant du contrat n’a pas été publié. Interrogé par l’AFP, le spécialiste des tubes sans soudure n’était pas disponible pour le chiffrer.

Installations pétrolières des Oil Rocks en mer Caspienne près de Bakou
Les Oil Rocks, en mer Caspienne près de Bakou. Absheron se situe à environ 100 km au sud-est de la capitale azerbaïdjanaise, par près de 500 mètres d’eau. © Bruno Girin / CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Un champ à six milliards de mètres cubes

Absheron n’est pas un projet neuf. Situé dans le secteur azerbaïdjanais de la Caspienne, à environ 100 kilomètres au sud-est de Bakou et à près de 500 mètres de profondeur, le gisement détient environ 140 milliards de mètres cubes de réserves récupérables de gaz, selon TotalEnergies. Une première phase, mise en production en 2023, livre déjà 1,5 milliard de mètres cubes par an et 12 000 barils quotidiens de condensats.

Le développement complet, dont la FID a été prise le 26 septembre 2026 par TotalEnergies (35 %, opérateur), SOCAR (35 %) et XRG (30 %), doit porter la capacité totale à 6 milliards de mètres cubes de gaz par an et 47 000 barils de condensats par jour. La mise en service est prévue en 2029. Le gaz alimentera le marché intérieur azerbaïdjanais et sera exporté vers la Turquie via les infrastructures existantes reliant l’Azerbaïdjan au marché européen.

Le schéma technique retenu repose sur quatre puits sous-marins, un transport vers la côte par conduite sous-marine équipée d’automatismes avancés, et une nouvelle usine de traitement terrestre entièrement électrifiée. TotalEnergies avance une intensité d’émissions de scopes 1 et 2 inférieure à 4 kg de CO₂e par baril équivalent pétrole.

Ancien site industriel Vallourec à Anzin, dans le nord de la France
L’ancien site Vallourec d’Anzin, dans le Nord. Le groupe, coté à Paris, emploie près de 13 000 personnes dans une vingtaine de pays. © Mica / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Deux Français sur le même chantier

Pour Vallourec, le contrat illustre une offre intégrée : OCTG premium, line pipes, accessoires, technologie sans graisse et présence locale. Philippe Guillemot, président du conseil d’administration et directeur général, y voit « la confiance que nos clients accordent à Vallourec pour fournir des solutions tubulaires premium complètes » et « la force de notre empreinte industrielle mondiale », selon le communiqué.

Pour TotalEnergies, Absheron s’inscrit dans une présence en Azerbaïdjan depuis 1996. Le groupe détient aussi 1,44 % de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan. Patrick Pouyanné, son PDG, a présenté le full field comme « un projet à bas coût et à faibles émissions » qui débloque le potentiel de production d’une des plus grandes découvertes gazières de la Caspienne.

Le duo franco-français — opérateur énergéticien d’un côté, tubiste premium de l’autre — charge des usines françaises et internationales à un moment où l’Europe cherche à sécuriser des volumes de gaz hors Russie. Absheron ne remplace pas un contrat norvégien ou qatari, mais il renforce le corridor Caspienne-Turquie déjà utilisé pour alimenter le marché européen.

Les Flame Towers de Bakou illuminées au crépuscule
Les Flame Towers de Bakou. La capitale azerbaïdjanaise est le point d’ancrage terrestre du projet Absheron, à une centaine de kilomètres des puits. © Saidaa444 / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce que le contrat ne dit pas

Ni le montant, ni le calendrier précis des livraisons, ni la répartition des volumes entre sites français et étrangers ne sont publics. ArcelorMittal est actionnaire de Vallourec depuis 2024 ; le groupe reste coté à Paris (CAC Mid 60, SBF 120), mais son outil industriel est mondial. Une partie des accessoires sera fabriquée « sur les différents sites industriels du Groupe à travers le monde », précise le communiqué : la valeur ajoutée française n’est donc pas totale.

Absheron reste aussi un projet exposé aux risques classiques du gaz offshore : délais de forage, coûts de pose de conduite, régime politique azerbaïdjanais, et dépendance au corridor d’export vers la Turquie. La production complète n’est attendue qu’en 2029. Entre-temps, le prix du gaz et la demande européenne peuvent encore bouger.

Chantier de pose d’un gazoduc avec tubes empilés au premier plan
Pose de tubes sur un chantier de gazoduc. Pour Absheron, Vallourec livrera environ 159 km de line pipe avec revêtement anticorrosion, onshore et offshore. © Thuringius / CC0, via Wikimedia Commons

Un tubiste français qui tient le haut de gamme

Vallourec emploie près de 13 000 personnes dans une vingtaine de pays. Sa spécialité reste les tubes sans soudure pour puits extrêmes, centrales et projets mécaniques exigeants. Remporter Absheron face à la concurrence internationale, sur un chantier opéré par TotalEnergies, confirme que le premium français trouve encore preneur sur les grands projets gaziers.

Portrait de Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies
Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, opérateur d’Absheron à 35 % aux côtés de SOCAR et XRG. La FID du full field a été prise le 26 septembre 2026. © Jérémy Barande / CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Charge usine et signature export

Plus de 16 000 tonnes, 159 kilomètres de line pipe, des connexions VAM SLIJ-3 et CLEANWELL : le contrat Absheron est un ticket d’entrée dans l’un des grands développements gaziers de la Caspienne. Pour un industriel français du tube, c’est aussi une preuve concrète que l’export premium tient, même loin de Meudon.