Il restait dix secondes. Uhaïna Kailani Hegoas était quatrième, donc dernière, de la finale mondiale. Elle est partie sur une droite, a placé une dernière manœuvre et a renversé le classement : 8,66 points contre 8,33 pour l’Américaine Coral McIntyre. Samedi 3 octobre, sur la plage du Club à Anglet, la Française est redevenue championne du monde de bodysurf, deux ans après son premier titre à Hawaï.

Vingt-cinq minutes de galère, une vague de sauvetage

Le bodysurf, c’est le surf sans planche : le corps fait office de flotteur, avec des palmes aux pieds. La finale du tour mondial de l’International Bodysurfing Association (IBSA) opposait Hegoas à trois Américaines, Coral McIntyre, Michelle Urkov et Meredith Rose. Tout au long de la série, la Française est restée en quatrième position.

Une bodysurfeuse glisse dans le creux d’une vague turquoise qui déferle à Anglet
Uhaïna Kailani Hegoas dans les vagues de la plage du Club, pendant les finales mondiales IBSA. © Guillaume Arrieta / LSNA, via FFSurf

Le dénouement est raconté par la Fédération française de surf : à dix secondes de la sirène, Hegoas s’engage sur une droite, alors que ses adversaires ont la priorité, et termine par un « très beau re-entry », une remontée dans la lèvre de la vague. Elle passe de la dernière à la première place. Michelle Urkov termine troisième (6,23), Meredith Rose quatrième (5,97). L’écart avec la deuxième est de 0,33 point.

« Plus qu’un rêve », lâche-t-elle juste après. « J’étais quatrième toute la série. Cette dernière vague que je prends désespérément, qui m’offre la victoire, c’est juste incroyable. J’ai ramassé pendant 25 minutes et, à la dernière minute, je prends la vague. C’est un rêve, un rêve. »

Entre deux journées de compétition, retour en classe

La semaine n’avait rien eu de simple. Les finales mondiales se sont jouées sur quatre journées choisies selon la houle, et entre deux journées de compétition, Hegoas retournait en cours. « Franchement, cette semaine, j’avais un gros, gros stress, surtout qu’entre les jours de compétition, je repartais en cours », confie-t-elle à la fédération.

Elle avait aussi la pression de gagner chez elle. Sociétaire du Biarritz Sauvetage Côtier, selon Sud Ouest, elle concourait à deux pas de chez elle. En demi-finale, l’Américaine Meredith Rose l’avait devancée avec 10,23 points, rapporte l’IBSA. La tenante du titre, l’Hawaïenne DeLori Gomes, était tombée dans l’autre demie.

Uhaïna Kailani Hegoas, béret basque sur la tête et drapeau à la main, sourit au centre du podium, entourée de deux concurrentes
Sur le podium d’Anglet, béret sur la tête : Hegoas devance trois Américaines. © Guillaume Arrieta / LSNA, via FFSurf

Elle dédie le titre à « toute ma famille, à mon pays, aux gens qui me soutiennent ». « Ce titre est en partie pour moi, mais il est aussi pour tous les gens qui me suivent et tous les gens qui sont là, à côté de moi. » Sa leçon tient en une phrase : « Il faut juste prendre plaisir et ne jamais rien lâcher jusqu’à la dernière seconde. »

Un 10 parfait et une jetée, en 2024

Ce n’est pas la première fois que la Française gagne au tout dernier moment, ni au prix d’une prise de risque. En juin 2024, à Point Panic, sur l’île d’Oahu, elle avait remporté la toute première finale mondiale IBSA. L’association la décrivait alors comme la plus jeune concurrente de tout le plateau. Sa vague décisive avait traversé trois sections de tube avant de finir contre le mur de la jetée. Les juges lui avaient donné un 10 à l’unanimité.

La victoire avait un prix : elle avait fini sa compétition à l’hôpital, avec des contusions, après avoir été projetée dans les rochers, rappelle la FFSurf. Deux ans plus tard, elle reprend le titre mondial, cette fois sur une plage où elle était chez elle.

Les frères Schorsch, un titre chacun

Le même après-midi, la finale masculine s’est jouée entre deux Français. Le Landais Niels Schorsch s’impose avec 16,16 points devant Ruben Cambas (12,90), l’Australien Chris Anderson, champion du monde sortant (11,56), et le Brésilien Mauricio Afonso (10,43). Cinquième en 2025, Schorsch rejoint au palmarès son frère Alix, sacré à Hawaï en 2024. Son premier message lui est adressé : « Ben tu vois, j’ai le même palmarès que toi. »

Niels Schorsch, en lycra bleu, porté en triomphe par deux jeunes au milieu des drapeaux de nombreux pays sur la plage
Niels Schorsch porté en triomphe, au milieu des drapeaux des pays engagés. © Guillaume Arrieta / LSNA, via FFSurf

Ruben Cambas, l’enfant du pays, termine vice-champion du monde sur son spot, après avoir gagné presque toutes ses séries les premiers jours, note la ville d’Anglet. Champion d’Europe, il était quatrième en 2025.

Niels Schorsch glisse sous la lèvre d’une vague qui déferle, le bras tendu
Niels Schorsch en finale : « Il fallait trouver la bonne. J’ai trouvé les deux bonnes. » © Guillaume Arrieta / LSNA, via FFSurf

La plus grosse délégation, la première finale en France

Après Hawaï en 2024 et l’Australie en 2025, les finales mondiales IBSA se tenaient pour la première fois en France. Plus de 110 bodysurfeurs, venus de 17 pays et territoires, ont fait le déplacement. Avec 28 représentants, l’équipe de France était la plus nombreuse. Onze Français étaient encore en lice après trois journées. Quatre ont atteint les demi-finales sans aller plus loin : Nathan Lehoux et Noah Elan chez les hommes, Nina Declercq et Ambre Gautier chez les femmes.

Le bilan est net : deux titres mondiaux et trois places sur les podiums. Le bodysurf ne fait pas partie des sports olympiques et reste confidentiel. Mais sur la côte basque et landaise, il a désormais ses champions du monde, ses clubs et une génération qui arrive.

Trois finalistes, bérets basques sur la tête, posent avec leurs trophées sur le podium masculin d’Anglet
Le podium masculin d’Anglet : Niels Schorsch devant Ruben Cambas, deux Français aux deux premières places. © Guillaume Arrieta / LSNA, via FFSurf

Une domination à confirmer

Le titre féminin s’est joué à 0,33 point, et la finale comptait trois Américaines sur quatre places. L’Amérique du Nord reste la grande puissance du bodysurf féminin. Les finalistes devront aussi refaire leur qualification : une étape de l’Euro Bodysurf Tour, qualificative pour la finale IBSA 2027, était programmée dans la foulée à Capbreton, du 9 au 11 octobre. La discipline garde aussi sa part de danger, Hegoas l’a appris à Point Panic.

Ne rien lâcher jusqu’à la sirène

Vingt-cinq minutes sans trouver la bonne vague, puis dix secondes pour tout changer. À Anglet, Uhaïna Kailani Hegoas a gagné son deuxième titre mondial devant les siens.