Réunie à Station F fin septembre, la SporTech a présenté avec PwC son étude « Tendances de la SporTech 2026 ». La filière française y revendique 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires, 389 startups et scale-ups, et 6 500 emplois. Le message n’est plus celui d’une émergence : c’est celui d’un poids économique à prouver (Sport Buzz Business).

389 entreprises, des embauches en hausse

Pour dresser ce portrait, 131 entreprises ont répondu à l’enquête, complétée par 24 entretiens et les données Motherbase. En 2025, 57 % des sociétés de l’échantillon ont recruté — six points de plus qu’un an plus tôt. Des acteurs atteignent déjà une taille significative : Bsport revendique par exemple 12 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.

L’Île-de-France concentre 55 % du chiffre d’affaires de la filière, précise la SporTech à SportsMarketing.fr — et non 78 % comme l’indiquait un premier communiqué.

Coureurs du marathon de Paris
La filière compte 389 startups et scale-ups pour 6 500 emplois ; 57 % ont recruté en 2025. © Syced / CC0, via Wikimedia Commons

Quatre-vingts millions levés, un podium à relativiser

En 2025, les entreprises françaises de la SporTech ont levé 80 millions d’euros. Ce montant place la France troisième en Europe derrière le Royaume-Uni et la Finlande, selon les données SportechX reprises par l’étude. Le classement mérite toutefois un zoom.

Le Royaume-Uni a levé environ 2,5 milliards de dollars en 2025, porté notamment par DAZN ; la Finlande environ 0,9 milliard grâce à Oura ; la France autour de 90 millions de dollars — près de vingt-huit fois moins que le leader britannique (SportsMarketing.fr). Sur les 80 M€ français, 51 M€ viennent d’une seule opération : SkillCorner. ScorePlay suit avec 11,3 M€. Ensemble, ces deux dossiers représentent près de huit euros sur dix levés. Hors SkillCorner, le reste de l’écosystème a levé environ 29 M€.

L’accès au capital reste le frein n°1 : 53 % des entreprises interrogées cherchent des financements, mais seulement 17 % ont réussi une levée. L’autofinancement reste la première source pour la moitié des répondants.

Agence Bpifrance à Bourg-en-Bresse
Bpifrance a lancé la 2e promotion de son Accélérateur Sportech, avec 25 entreprises sur douze mois. © Benoît Prieur / CC0, via Wikimedia Commons

IA généralisée, ministère dans la boucle

Autre chiffre fort : 88 % des startups de la SporTech utilisent l’intelligence artificielle ; 18 % en font le cœur de leur produit. Les usages touchent la performance, la pratique amateur et l’expérience fan — Ochy, qui analyse la foulée des coureurs, en est un exemple cité.

La SporTech a aussi remis au ministère des Sports le fruit de trois groupes de travail sur l’IA, avec plus de 120 contributeurs publics et privés. Parmi les pistes : un identifiant fan unique, l’extraction automatique de clips viraux, un assistant pour associations sportives, des outils pour grands événements.

Façade du ministère des Sports, avenue de France à Paris
Plus de 120 contributeurs ont travaillé sur trois groupes IA remis au ministère des Sports. © Celette / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Une gouvernance renouvelée, 200 membres

La soirée de Station F a marqué le passage de Sébastien Béquart à une co-présidence Camille Amar (Manita) et Christophe Carniel (VOGO) pour 2026-2028. Romain Lauvergnat (Stadium Go) est vice-président, Perrine Chapot (Ochy) secrétaire générale, Pierre Husson (Rematch) trésorier.

Le collectif compte désormais 200 entreprises membres. Ses priorités affichées : représentativité, opportunités pour les membres, influence, diversification des financements. En juin, Bpifrance a lancé la deuxième promotion de son Accélérateur Sportech, avec 25 sociétés sélectionnées pour un programme de douze mois.

Stade Vélodrome de Marseille vu de l’extérieur
Clubs, fédérations et collectivités restent le premier débouché — et souvent un frein commercial pour les startups. © Hombrey / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un marché à deux vitesses

Plus de 60 % des entreprises réalisent moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires. Seule une poignée dépasse les 10 M€ — SkillCorner, VOGO, WeWard, fanxp, Natural Grass ou EGYM Wellpass. Le milieu de marché reste peu structuré. Bruno Rivet (Seventure) observe des disparitions depuis 2025, par adossement ou dépôt de bilan ; Samuel Souci (Vekta) regrette le manque d’investisseurs réellement présents dès l’amorçage.

Côté clients, les startups jugent clubs, fédérations et collectivités difficiles à convertir : maturité data limitée, budgets d’innovation faibles, appels d’offres mal adaptés, cycles de vente longs. Les acteurs du sport restent aussi en retrait côté capital, loin derrière l’autofinancement et Bpifrance — avec des exceptions comme Decathlon Pulse.

Pelouse et tribunes du Parc des Princes
1,3 milliard d’euros de CA : le poids existe ; la question est désormais celle de l’échelle durable. © Kilyac / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le 1,3 milliard d’euros et les 6 500 emplois donnent à la SporTech française une taille lisible. Ce n’est plus une promesse de salon. Le chantier suivant est plus prosaïque : faire grandir le peloton du milieu, élargir l’accès au capital hors méga-opérations, et convaincre les ayants droit d’acheter — et parfois d’investir — plus vite. La filière entre, selon ses propres termes, dans « l’ère de la preuve ».