Le dernier tir au but est parti de la crosse de Carlo Di Benedetto. Le gardien argentin Constantino Acevedo a plongé du mauvais côté, et le capitaine des Bleus s’est effondré sur la piste, en larmes. Dimanche 18 octobre à Asunción, au Paraguay, l’équipe de France de rink-hockey a battu l’Argentine 2-2, puis 2-1 aux tirs au but, et elle est devenue championne du monde pour la première fois de son histoire, annonce Ouest-France. Le premier Mondial de la discipline s’est joué en 1936 à Stuttgart, rappelle Wikipédia : il aura fallu 90 ans.
Une finale arrachée deux fois
En face se tenait l’Argentine, six fois championne du monde, qui visait un septième titre. Les deux équipes s’étaient déjà croisées en phase de groupes, le 12 octobre, et la France avait gagné 2-1, selon Rollerenligne. La finale, elle, a longtemps penché du côté sud-américain.
Mena ouvre le score pour l’Argentine à la 19e minute, raconte l’agence espagnole EFE, reprise par Infobae. À la 35e, Bruno Di Benedetto dévie une frappe très appuyée de son frère Roberto et égalise, détaille le quotidien portugais Record. Trois minutes plus tard, le troisième frère, Carlo, transforme un coup franc direct, sa spécialité : 2-1. Les Bleus ont alors une main sur le trophée. Lucas Martínez la leur retire à quatre minutes de la fin (2-2). La prolongation ne change rien, et tout se joue aux tirs au but.

Sept tirs pour une couronne
La séance est irrespirable, et les échecs s’enchaînent des deux côtés. Lucas Martínez marque le seul tir argentin. Côté français, Carlo Di Benedetto égalise d’abord, puis, quand Lucas Ordóñez manque le septième tir de l’Argentine, il revient pour le dernier geste. Il trompe Acevedo, puis s’écroule, « conscient d’avoir écrit la page la plus importante de l’histoire du rink-hockey français », écrit EFE.
L’autre héros s’appelle Pedro Chambel. Le gardien franco-portugais de Saint-Omer n’a cédé qu’une fois pendant la séance, au terme de ce que Record qualifie de match « monstrueux ». Carlo Di Benedetto, lui, arrivait en finale avec 9 buts, le meilleur total du championnat, selon World Skate, la fédération internationale.
Un club fermé depuis 1936
Le rink-hockey, ou hockey sur patins à roulettes traditionnels (deux roues de front), se joue avec une balle et une crosse sur une piste fermée. Depuis 90 ans, son sommet mondial appartient presque entièrement au monde ibérique et latin. L’Espagne compte 18 titres mondiaux, le Portugal 16 et l’Argentine 6, rappelle l’agence portugaise Lusa, reprise par Sapo. La France entre dans ce cercle et disputait, à Asunción, la première finale mondiale de son histoire.

Le parcours dit l’ampleur de l’exploit. Les Bleus ont écrasé la Suisse 9-0 en quart de finale, puis ils ont sorti le Portugal 6-3 après prolongation en demi-finale, détaille la Fédération française de roller et skateboard. Ils ont donc battu deux géants du palmarès en trois jours.
Les crosses françaises signent ainsi un doublé dans la capitale paraguayenne. La veille, l’équipe de France de roller hockey, l’autre hockey sur roulettes, joué en rollers en ligne avec un palet, avait pris le titre mondial face aux Tchèques (lire notre article).
Les Di Benedetto, et un Portugais aux commandes
Au cœur de l’équipe, il y a une famille. Bruno, Roberto et Carlo Di Benedetto ont porté le « saut compétitif » de la France, écrit EFE. Carlo, le capitaine, ancien joueur de La Roche-sur-Yon, joue aujourd’hui au FC Porto. Bruno évolue à Oliveirense, au Portugal, avec Marc Rouzé, selon la liste publiée en août par Patines y Chuecas. Stanislas Vankammelbecke et Nathan Gefflot, de La Vendéenne, avaient prévenu avant le départ : « L’objectif, c’est d’être champions du monde », rapporte Ouest-France.

Sur le banc, la France a fait venir un Portugais. Nuno Lopes, entraîneur du Sporting de Tomar, a été nommé en janvier 2024, rappelle la fédération. Il succédait à Fabien Savreux, qui avait mené les Bleus à leur premier podium mondial, le bronze de San Juan, en Argentine, en 2022. Sa mission dépasse l’équipe nationale : il doit aussi diffuser le rink-hockey moderne dans les clubs français. Pour Record, ce titre est « de loin » le plus beau trophée de sa carrière.
La suite : faire grandir tout le rink-hockey
La progression est nette : bronze mondial en 2022, quatrième place en 2024 à Novare, en Italie, puis vice-champion d’Europe, rappelle Patines y Chuecas, et désormais champion du monde. Elle reste fragile. Plusieurs cadres jouent hors de France, dans le championnat portugais, bien plus relevé, et la fédération reconnaît elle-même qu’une équipe nationale forte a besoin d’un « championnat relevé ». Le rink-hockey n’est pas non plus un sport olympique, ce qui limite sa visibilité et ses moyens.

Ce titre donne un argument de poids pour attirer des jeunes dans les clubs, de la Vendée au Pas-de-Calais. Il ouvre aussi une nouvelle ère : la France ne sera plus l’outsider qu’on bat en phase finale, mais la nation à battre.
Le soir où tout a basculé
Pendant 90 ans, le rink-hockey mondial s’est joué sans la France sur la plus haute marche. Dans la nuit de dimanche à lundi, heure française, trois frères, un gardien et un entraîneur venu de Tomar ont changé cela, au bout d’une séance de tirs au but à sept tentatives. La France a désormais sa ligne au palmarès, juste à côté de l’Espagne, du Portugal et de l’Argentine.



