Environ 60 % des ventes de la marque Renault en France, durant le week-end des 10 et 11 octobre 2026, concernaient des voitures entièrement électriques. Le chiffre, inédit, a été donné par Fabrice Cambolive, directeur général de la marque (Automobile Magazine).

Un week-end record, un mois déjà majoritaire

En septembre, les électriques pesaient déjà 53,5 % des immatriculations Renault en France, contre environ 42 % sur l’ensemble du marché français des voitures particulières neuves — soit près de 65 000 électriques mises à la route en un mois. Renault fait donc mieux que la moyenne nationale, et le week-end de portes ouvertes a poussé la part encore plus haut.

Renault 5 E-Tech électrique vue de trois quarts
La Renault 5 E-Tech, assemblée à Douai, tire une part croissante des commandes. © Alexander-93 / Wikimedia Commons

Il faut distinguer ventes et immatriculations : une commande passée en concession n’est pas forcément enregistrée le jour même, surtout si le véhicule reste à produire. Les 10 et 11 octobre étaient aussi les dernières portes ouvertes de l’année, souvent riches en offres. Le seuil des 60 % reste remarquable, mais il faudra voir s’il tient hors opération commerciale (Automobile Magazine).

Douai passe à trois équipes

Début octobre, Renault Group a renforcé l’usine de Douai : le site fonctionne désormais en trois équipes. On y assemble notamment la R5, la Mégane E-Tech et la nouvelle Nissan Micra électrique. Le constructeur n’a pas dit combien de voitures supplémentaires sortent chaque jour, ni comment elles se répartissent entre les modèles.

Renault Mégane E-Tech exposée en salon
La Mégane E-Tech fait partie des modèles produits sur le site de Douai. © Alexander-93 / Wikimedia Commons

Pour les clients, l’enjeu est le délai. Une demande qui dépasse l’offre allonge les files d’attente. Douai sert plusieurs marques : la montée des commandes Renault doit cohabiter avec celle de la Micra. Le passage à trois équipes dit surtout que le site tourne à plein régime.

Carburants, fiscalité et bascule des acheteurs

La hausse de l’essence et du gazole pèse sur le budget automobile, surtout pour les longs trajets. Pour qui recharge à domicile à tarif avantageux, l’écart avec un plein devient un argument. Mais le prix d’achat, les aides et le financement restent déterminants : une énergie moins chère ne rend pas toutes les électriques accessibles.

Usine Renault de Douai vue du ciel
L’usine de Douai, dans le Nord, a ajouté une demi-équipe pour passer à trois shifts. © JÄNNICK Jérémy / Wikimedia Commons

Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem, estime que l’accélération actuelle pourrait avancer d’environ deux ans la transition européenne vers le 100 % électrique. La fiscalité française, de plus en plus punitive pour le thermique, et les promotions des portes ouvertes ont aussi joué, sans qu’on puisse isoler chaque facteur.

Ce que le week-end ne dit pas encore

Les portes ouvertes gonflent toujours les carnets. Cambolive a parlé de ventes, pas d’immatriculations du week-end. Le vrai test arrivera avec les chiffres du troisième trimestre, le 29 octobre, puis avec novembre hors opération commerciale (Boursorama / Reuters).

Pour l’emploi dans le Nord, le passage à trois équipes à Douai est déjà un fait. Pour la transition nationale, le seuil des 42 % d’électriques sur le marché français en septembre reste le chiffre structurel : Renault surperforme, mais il nage dans un marché qui a lui-même basculé.

Mondial de l’Auto, puis chiffres du T3

Le Mondial de l’Auto à Paris ouvre au public le mardi après la presse le lundi — une vitrine pour une marque qui veut prouver que l’électrique n’est plus une niche. Renault Group publiera ses ventes du troisième trimestre le 29 octobre : ce sera le premier test chiffré hors week-end promotionnel.

Renault 5 E-Tech sur un stand de salon
Au Mondial de Paris, Renault misera sur une gamme électrique déjà majoritaire en France. © Alexander-93 / Wikimedia Commons

Les risques restent connus : dépendance aux aides, concurrence chinoise sur les petits prix, capacité industrielle et réseau de recharge. Un week-end à 60 % ne fait pas une stratégie. Mais il confirme que, sur son marché domestique, Renault a basculé plus vite que beaucoup d’observateurs ne l’attendaient il y a deux ans.

Hall du Mondial de l’Automobile à Paris
Le Mondial de Paris sert de baromètre public juste avant les résultats commerciaux du T3. © MB-one / Wikimedia Commons

Si la tendance se confirme hors portes ouvertes, la France aura un constructeur historique dont le cœur de gamme se vend déjà majoritairement en électrique — avec une usine du Nord qui tourne pour suivre.