François Provost, directeur général de Renault Group, a annoncé le 13 octobre sur franceinfo, à l’ouverture au public du Mondial de l’auto, une hausse de production de « plus de 25 % » en France cette année grâce à l’électrique, et plus de 10 milliards d’euros d’investissements sur cinq ans. Le message est clair : le constructeur mise encore sur ses usines françaises — à condition que le contexte politique et financier tienne.

125 000 voitures de plus en 2026

Selon le Journal de l’économie, la hausse de 25 % représente environ 125 000 véhicules supplémentaires, pour une production française autour de 625 000 unités en 2026. Sur cinq ans, François Provost vise aussi « plus de 20 % » de production dans les usines françaises par rapport aux cinq années précédentes. Il affirme créer des emplois dans les usines.

L’usine de Douai, cœur d’ElectriCity avec Maubeuge et Ruitz, tourne déjà à trois équipes pour suivre la demande de la Renault 5 E-Tech, de la Mégane et du Scénic électriques. En septembre, 53,5 % des immatriculations Renault en France étaient électriques, contre environ 42 % sur l’ensemble du marché français des voitures particulières neuves.

Ligne d’assemblage de l’usine Renault de Douai
Usine Renault de Douai (ElectriCity) : le site produit notamment la Renault 5, la Mégane et le Scénic E-Tech, et tourne à trois équipes. © Jérémy-Günther-Heinz Jähnick / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Dix milliards après treize déjà investis

Les 10 milliards annoncés s’ajoutent aux 13 milliards déjà investis en France sur les cinq années précédentes pour convertir les usines à l’électrique, rappelle le Journal de l’économie. Soit un effort de l’ordre de 23 milliards sur une décennie. L’enveloppe doit financer modernisation des lignes, plateformes électriques, recherche et formation.

Dès le 3 octobre, François Provost avait chiffré la même enveloppe sur France Inter, selon Le Figaro : plus de 10 milliards « pour rendre les voitures plus abordables », « si le contexte social et politique en France le permet ».

Renault Scénic E-Tech électrique au salon IAA
Renault Scénic E-Tech, produit à Douai. L’électrique porte la hausse de production annoncée pour 2026. © Alexander-93 / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Quarante pour cent des salariés, vingt pour cent de l’activité

La France pèse lourd pour Renault : environ 40 % des effectifs du groupe et près de 20 % de son activité, a rappelé François Provost. « Tout scénario d’instabilité en France aura un impact majeur pour Renault, pour nos salariés, et pour nos sous-traitants. Donc oui, je suis inquiet », a-t-il dit, selon Le Figaro.

Le Journal de l’économie avance une autre raison de miser sur la France plutôt que sur l’Espagne ou la Roumanie : une électricité décarbonée (nucléaire et renouvelables), atout pour l’empreinte carbone des voitures électriques face aux futures règles européennes. Mais en septembre, Renault a aussi choisi l’Espagne pour injecter 600 millions d’euros dans un outil destiné à produire des Scenic et Rafale électriques à coûts plus avantageux — preuve que la France n’est pas le seul tableau, rappelle Le Figaro.

Renault 5 E-Tech jaune au salon de Genève
Renault 5 E-Tech, locomotive des volumes électriques à Douai. En septembre, plus d’une Renault sur deux immatriculée en France était électrique. © Alexander-93 / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Chine, départs d’ingénieurs, dette publique

Le plan n’efface pas les tensions. En juin, Renault a annoncé jusqu’à 800 départs volontaires d’ingénieurs en France d’ici fin 2027, surtout en Île-de-France, sur un effectif d’environ 5 500 ingénieurs. Dans le même temps, le groupe veut recruter 150 à 200 ingénieurs en CDI, notamment batteries et électronique. François Provost parle d’« ajustements » face à une « transformation sans précédent » : entre 2010 et aujourd’hui, le secteur a perdu 33 % des emplois industriels en France, selon ses propos sur franceinfo.

La concurrence chinoise reste la principale menace : des voitures électriques moins chères de 20 à 30 %, selon le Journal de l’économie, et une pression durable sur les marges européennes. Provost appelle à une « politique industrielle » européenne pour « se protéger un peu ». S’y ajoute le risque français : dette, calendrier politique, stabilité budgétaire. Le dirigeant conditionne explicitement les 10 milliards à ce contexte ; sans stabilité, le scénario peut être revu.

Chaîne de montage et convoyeurs à l’usine Renault de Douai
Chaîne de montage à Douai. Renault vise plus de 20 % de production française sur cinq ans par rapport à la période précédente. © Jérémy-Günther-Heinz Jähnick / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Un pari industriel, pas un chèque en blanc

Pour la filière, l’intérêt est concret : volumes, trois équipes à Douai, investissements sur la chaîne de valeur électrique. Côté usines, François Provost promet des créations d’emplois ; dans l’ingénierie francilienne, le solde reste négatif à court terme. Les 10 milliards ne sont pas un chèque déjà signé : ils sont annoncés, conditionnés, et à exécuter année après année.

Renault Scénic E-Tech 100 % électrique en présentation
Scénic E-Tech 100 % électrique. Après 13 Md€ déjà investis en France, Renault annonce plus de 10 Md€ supplémentaires sur cinq ans — si le contexte le permet. © Alexander-93 / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La France reste le terrain de jeu

Plus de 25 % de production en 2026, plus de 10 milliards sur cinq ans, Douai à trois équipes : Renault garde la France au centre de son industrie électrique. La suite dépendra des immatriculations, de la riposte chinoise et de la stabilité que réclame son patron.