Le contrat est signé. Mardi 13 octobre, Metroselskabet, la société publique qui possède le métro de Copenhague, a paraphé avec KBH Metro Partner l’accord d’exploitation et de maintenance des lignes M1 à M4, annonce l’autorité danoise. Derrière ce nom, un attelage franco-singapourien : RATP Dev, filiale internationale du groupe RATP, et ComfortDelGro. Montant : 17 milliards de couronnes danoises, soit environ 2,3 milliards d’euros sur douze ans, jusqu’en 2039, avec une option de trois ans de plus. Les nouveaux exploitants prendront la main en septembre 2027.

Un des métros les plus fiables du monde

Le réseau confié aux Français n’a rien d’un chantier à redresser. Le métro de Copenhague compte 44 stations et 43 kilomètres de voies, roule sans conducteur 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, avec une rame toutes les 90 secondes aux heures de pointe. En 2025, il a transporté 135 millions de voyageurs, son record historique, avec une fiabilité moyenne de 99,3 %, selon Metroselskabet.

Les lignes M1 et M2 datent de 2002, la M3 — la boucle Cityringen — de 2019, la M4 de 2020 et 2024. Deux nouvelles stations doivent ouvrir en 2032 au bout de la M4, vers Outer Nordhavn. La société publique appartient à l’État danois et aux villes de Copenhague et de Frederiksberg, mais la loi danoise l’oblige à confier l’exploitation à un opérateur privé, d’où cet appel d’offres.

Voyageurs, dont une mère avec une poussette, attendant une rame du métro automatique à la station aérienne Amager Strand
Station Amager Strand, sur la M2 : les deux plus anciennes lignes, ouvertes en 2002, seront modernisées d’ici 2035. © News Øresund / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Trois finalistes, deux évincés de poids

La compétition a été réelle. Sept candidats ont demandé à être présélectionnés, trois ont été autorisés à remettre une offre, et le gagnant a été désigné après des offres initiales, des offres révisées puis des négociations, sur un critère combinant prix et qualité, détaille l’autorité danoise. Selon Les Echos, qui avaient révélé le choix début septembre, RATP Dev a écarté l’opérateur sortant, le milanais ATM, et l’autre français en lice, Keolis, filiale de la SNCF. Le quotidien parle du plus gros contrat de l’année à l’étranger pour la RATP.

Les Danois justifient leur choix par l’expérience cumulée des deux associés, qui exploitent des métros à Singapour, Paris, Riyad, Lyon et Doha. Ils citent un exemple précis : la modernisation de la ligne 14 à Paris, où un nouveau système de pilotage automatique a été installé sur une ligne déjà sans conducteur, alors que les voyageurs continuaient à l’emprunter pendant l’essentiel des travaux.

Rame MP14 de la ligne 14 du métro de Paris à quai à Châtelet
Rame MP14 de la ligne 14 à Châtelet : la modernisation de cette ligne automatique a pesé dans le choix danois. © Adnane / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le savoir-faire parisien s’exporte

C’est précisément ce que Copenhague attend. D’ici 2035, Metroselskabet va remplacer les rames et le système de signalisation des lignes M1 et M2, sur un réseau qui ne s’arrête jamais, la nuit comprise. « Nous nous appuierons sur la grande expérience de RATP Dev dans la modernisation de réseaux de métro complexes, y compris de grands programmes de transformation menés sans interrompre le service », a déclaré Hiba Farès, présidente du directoire de RATP Dev, citée par l’autorité danoise.

Pour la filiale, l’enjeu dépasse le Danemark. « L’attribution du métro de Copenhague constitue une étape majeure dans l’exécution de notre plan stratégique », a-t-elle ajouté dans le communiqué repris par l’AFP via Boursorama. Elle cite les mises en service attendues dès l’an prochain : la ligne 15 Sud du Grand Paris Express, l’Étoile de Caen et le CDG Express.

Voyageurs serrés devant les portes palières d’une rame à la station Frederiksberg
Station Frederiksberg. En 2025, le réseau a transporté 135 millions de voyageurs, un record. © Johan Wessman / News Øresund, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Dix-septième pays pour RATP Dev

Avec Copenhague, RATP Dev s’installe pour la première fois en Scandinavie et porte sa présence à 17 pays sur cinq continents. La filiale revendique 25 000 collaborateurs, environ 120 réseaux exploités, 4,5 millions de voyages par jour et 2,4 milliards d’euros de revenus en 2025, selon son site. Le montant total du contrat, partagé avec ComfortDelGro, approche à lui seul une année de revenus de la filiale.

Pour la France, c’est une vitrine : un réseau automatique cité en modèle, confié à un opérateur formé sur le métro parisien, l’un des plus denses au monde. Le contrat ajoute aussi une référence de poids au dossier de RATP Dev pour les prochains appels d’offres de métros sans conducteur.

Voyageurs sortant d’une rame sur le quai aérien de la station Ørestad
Station Ørestad. Les rames passent toutes les 90 secondes aux heures de pointe. © Johan Wessman / News Øresund, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Une transition sous surveillance

Les difficultés sont connues. Les 2,3 milliards d’euros reviennent au consortium, pas à RATP Dev seule, et la répartition entre les deux associés n’a pas été rendue publique. La reprise doit ensuite se faire sans accroc : les salariés de Metro Service, l’exploitant actuel, doivent être conservés en vertu de la loi danoise sur le transfert d’entreprise, et Metroselskabet fait de la continuité son objectif numéro un. La modernisation des lignes M1 et M2, avec de nouvelles rames et une nouvelle signalisation sur un métro ouvert jour et nuit, sera la vraie épreuve du contrat.

Avant septembre 2027, une longue phase de préparation doit permettre de monter l’organisation du nouvel exploitant, en lien avec Metro Service. « L’ambition est que la transition soit si fluide que les voyageurs continuent de vivre le métro comme le moyen de transport familier, fiable et efficace dont ils dépendent », écrit l’autorité danoise.

Voyageurs avec sacs et valises dans le couloir de la station Nørreport, près des escaliers mécaniques
Station Nørreport, au cœur de Copenhague. © News Øresund / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Paris en modèle

Copenhague aurait pu garder son opérateur ou choisir un concurrent ; elle a misé sur l’expérience parisienne pour faire durer l’un des meilleurs métros du monde. Rendez-vous en septembre 2027 pour la première rame sous pavillon RATP Dev.