« Une femme sur huit va être confrontée à un cancer du sein au cours de sa vie. Plus il est détecté tôt, mieux il se soigne. » Mercredi 14 octobre, au micro d’Elisabeth Assayag dans « La France bouge » sur Europe 1, Hélène Malka-Mahieu a résumé en deux phrases ce qui la fait avancer. La docteure en cancérologie dirige Peekcell, une jeune pousse de Palaiseau qui veut remplacer, pour une partie des femmes, l’examen redouté par un geste banal : remplir un flacon d’urine.

Un flacon au lieu d’un rendez-vous

Le principe tient en trois étapes, détaille Peekcell. L’échantillon est recueilli à la maison ou dans les toilettes d’un laboratoire. Un laboratoire de biologie médicale y recherche une signature de biomarqueurs précoce et spécifique. Un algorithme d’intelligence artificielle calcule ensuite un score de risque, transmis au médecin traitant, qui décide d’examens complémentaires ou recommande de poursuivre le dépistage classique.

« On développe des tests de dépistage précoce de cancer à partir d’un échantillon d’urine. L’objectif est de rendre le dépistage le plus simple et le plus accessible possible grâce à un prélèvement que tout le monde peut faire, que cela soit à domicile, en cabinet médical ou en pharmacie », a expliqué la CEO sur Europe 1. L’urine est, selon elle, « un fluide très informatif et peu considéré », confiait-elle à Challenges en avril.

Gwendoline Tallec, gants bleus, tient une lame de laboratoire, à côté d’Antoine Droneau et d’Hélène Malka-Mahieu, tous trois souriants en blouse blanche
Gwendoline Tallec, Antoine Droneau et Hélène Malka-Mahieu dans le laboratoire de Peekcell. La start-up a été créée en 2023. © Peekcell

Le cancer du sein est la première cible. La start-up travaille aussi sur l’ovaire, et vise plus largement la sphère gynécologique, selon l’École polytechnique, qui incube le projet.

La moitié des femmes passent à côté

Le constat de départ est brutal. En France, seules la moitié environ des femmes concernées se font dépister pour le cancer du sein ou du col de l’utérus, et aucun examen de dépistage n’est proposé aux femmes prédisposées aux cancers de l’ovaire ou de l’endomètre, rappelle l’X. En 2023, la participation au dépistage organisé n’était que de 48 % pour le sein et de 59 % pour le col, des taux en baisse depuis dix ans, souligne Peekcell, qui s’appuie sur les données de Santé publique France.

Une dizaine de tubes à essai remplis d’urine, alignés sur un portoir bleu dans un laboratoire
Photo d’illustration : échantillons d’urine en laboratoire. Chez Peekcell, l’analyse se fait dans un laboratoire de biologie médicale classique. © Fumikas Sagisavas / CC0, via Wikimedia Commons

Les raisons sont connues : la peur de l’examen et la difficulté à trouver un rendez-vous. Il faut compter en moyenne deux mois pour voir un gynécologue, et 45 minutes de trajet en zone rurale, d’après la start-up. Or l’enjeu se joue au stade de la détection : diagnostiqués tôt, les cancers gynécologiques affichent un taux de survie supérieur à 90 % ; à un stade avancé, il tombe à 20 %, rapporte Challenges. Les cancers féminins représentent 80 000 cas et 19 000 décès par an en France.

Une chercheuse et deux ingénieurs à Palaiseau

Hélène Malka-Mahieu, 40 ans, a mesuré ce fossé en tant que docteure en cancérologie. Sa rencontre avec deux ingénieurs, Gwendoline Tallec, 31 ans, polytechnicienne (X2013), et Antoine Droneau, 29 ans, diplômé d’un master en nanobiotechnologie et ingénierie biomédicale, lui a fait franchir le pas. Le trio fonde Peekcell en 2023 et installe ses bureaux à Palaiseau, dans l’Essonne. La CEO gère à la fois le volet médical et le volet entrepreneurial, levées de fonds comprises.

Des centaines de participantes en tee-shirt rose défilent devant la porte de Mars, arc romain de Reims, sous un ciel bleu
Course Octobre rose à Reims, devant la porte de Mars, en octobre 2021. La campagne de sensibilisation au dépistage du cancer du sein a repris le 1er octobre. © G. Garitan / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le projet est accompagné par l’incubateur X-Up de l’École polytechnique et par l’accélérateur Wilco Healthcare. Il fait partie de La French Care, la communauté santé de Bpifrance, qui l’a placé parmi trois techs françaises qui réinventent le dépistage, aux côtés du bordelais XIMED et du parisien ScreenCell. Challenges l’a retenue dans sa sélection des « 100 start-up où investir en 2026 ».

Ce qu’il reste à prouver

Le test n’est pas encore sur le marché, et c’est la limite principale. Peekcell a levé 1,3 million d’euros fin 2024 et cherche désormais 4,5 millions d’euros pour financer les études cliniques nécessaires au marquage CE, précise Challenges. Le calendrier visé : 2027 pour le test de l’ovaire, 2028 pour celui du sein. Aucune donnée de performance clinique (sensibilité, faux positifs) n’a été publiée à ce stade dans les sources consultées.

Façade du bâtiment La Fibre Entrepreneur – Drahi X-Novation Center, avec le grand X bleu de l’École polytechnique
Le Drahi X-Novation Center, sur le campus de l’École polytechnique à Palaiseau, qui abrite l’incubateur X-Up. © J. Barande / École polytechnique, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Le modèle économique pose aussi question. Les kits, vendus une centaine d’euros aux laboratoires, seront d’abord payés par les patientes. La start-up négocie des prises en charge avec des mutuelles et vise, à terme, un remboursement par l’Assurance maladie. Le score ne pose pas de diagnostic : en cas de suspicion, la patiente est orientée vers des examens complémentaires ; sinon, le médecin lui conseille de suivre les recommandations du dépistage national, explique Peekcell. Et la concurrence existe, avec d’autres méthodes. « Le secteur n’est pas saturé, mais il faut aller vite », reconnaît Hélène Malka-Mahieu.

Un geste simple pour celles qui ne viennent pas

L’ambition de Peekcell est d’atteindre les femmes que le dépistage actuel laisse de côté : celles qui redoutent l’examen, qui vivent loin d’un cabinet ou qui ne trouvent pas de rendez-vous. Un flacon, un laboratoire de quartier, un score envoyé au médecin. En plein Octobre rose, trois fondateurs de Palaiseau rappellent qu’un dépistage plus simple peut aussi être un dépistage plus juste.

Des participantes en tee-shirt rose sur une scène et une foule devant elles, lors d’une animation Octobre rose à Belfort
Animation Octobre rose à Belfort, en octobre 2016. En France, moins d’une femme sur deux participe au dépistage organisé du cancer du sein. © Thomas Bresson / CC BY 4.0, via Wikimedia Commons