Un seul vaccin pour des cancers très différents, fabriqué par la pharmacie d’un hôpital public : c’est le pari d’UCPVax, né au CHU de Besançon. Ce mardi 20 octobre, à la Maison de la Chimie à Paris, l’équipe du Pr Olivier Adotevi a présenté ses résultats : plus de 300 patients traités dans plus de 20 centres en France, et 80 % des malades vaccinés qui ont développé une réponse immunitaire contre leur tumeur (L’Est Républicain via les DNA, UCPVax). Pour aller jusqu’au bout, le CHU lance une collecte de 6 millions d’euros, ouverte à tous.

Une cible commune à presque tous les cancers

UCPVax n’est pas un vaccin préventif. Il est destiné à des patients déjà malades, pour aider leur système immunitaire à reconnaître et à attaquer les cellules cancéreuses. Sa cible est la télomérase, une enzyme qui permet aux cellules tumorales de se multiplier sans limite et qui est présente dans la grande majorité des cancers. D’où son surnom de vaccin « universel », explique le CHU Besançon Franche-Comté.

Autre singularité : il est prêt à l’emploi. Contrairement à d’autres vaccins thérapeutiques, il n’a pas à être fabriqué sur mesure pour chaque malade. Les doses des essais sont produites et distribuées par la pharmacie du CHU de Besançon.

« Le principe est de réveiller les officiers du système immunitaire pour coordonner et soutenir les soldats, afin qu’ils s’organisent pour attaquer et détruire la tumeur », résume le Pr Adotevi, immuno-oncologue, cité par les DNA. Ces officiers sont les lymphocytes T CD4. Une fois activés, ils mobilisent les lymphocytes « tueurs », les anticorps et la mémoire immunitaire.

Une cellule dendritique vue au microscope électronique, boule claire hérissée de replis sur fond noir
Une cellule dendritique, l’une des sentinelles qui présentent les cibles d’un vaccin aux lymphocytes T (image d’illustration colorisée). © National Institutes of Health / Domaine public, via Wikimedia Commons

Huit survivants à deux ans face au glioblastome

La priorité du programme est le glioblastome, la plus fréquente et la plus agressive des tumeurs du cerveau. « La médiane de survie est de 15 à 18 mois à partir du diagnostic », rappelle le Pr Antoine Carpentier, neuro-oncologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris et copilote du programme. Dans l’essai de phase II UCPVax-Glio, 61 patients ont été traités entre 2020 et 2024. Plus de 90 % ont développé des lymphocytes T CD4 dirigés contre la télomérase, y compris sous chimiothérapie, et la moitié ont élargi leur réponse à d’autres cibles de la tumeur, avec une survie médiane prolongée. Huit patients étaient en vie deux ans après la fin du traitement, et six près de trois ans après, détaille le site du programme. Les résultats préliminaires ont été présentés au congrès américain d’oncologie ASCO en 2025 ; la publication finale est en évaluation.

Les autres cancers donnent aussi des signaux forts. Dans les cancers liés au papillomavirus (col de l’utérus, canal anal, sphère ORL), six rémissions complètes ont été observées et 18 patients étaient en vie plus de deux ans après la fin du traitement. Dans le cancer du poumon avancé, 75 % des patients ont développé la réponse immunitaire recherchée et une rémission complète durable a été obtenue (UCPVax). « Pour un cancer du poumon à un stade avancé, où l’espérance de vie est inférieure à 6 mois, les patients qui répondent au vaccin peuvent vivre plus d’un an. Ça peut paraître peu, mais c’est énorme », explique le Pr Adotevi à RMC.

Un lymphocyte vu au microscope électronique à balayage, sphère violette couverte de petites excroissances
Un lymphocyte humain. UCPVax active les lymphocytes T CD4, qui coordonnent l’attaque contre la tumeur (image d’illustration colorisée). © Domaine public, via Wikimedia Commons

« L’espoir renaît »

Derrière les chiffres, il y a des visages. Wanda Agnello a appris en novembre 2022 qu’elle avait un glioblastome. Les chirurgiens ont retiré 99 % de la tumeur, mais le dernier pour cent, inopérable, assombrissait le pronostic. En janvier 2023, son oncologue lui propose d’entrer dans l’essai UCPVax. « J’accepte sans hésiter. Les mois passent. Les IRM de contrôle, réalisées tous les deux mois, ne montrent aucune récidive. L’espoir renaît », raconte-t-elle dans son témoignage. « Aujourd’hui, la tumeur n’est plus rien du tout. Ce vaccin, c’est vraiment un espoir pour nous », a-t-elle confié à RMC.

Elle a depuis fondé l’association Neuro Vie, qui accompagne les malades et leurs proches en Bourgogne-Franche-Comté et a déjà apporté 8 200 euros à l’équipe du Pr Adotevi. Le programme le dit lui-même avec honnêteté : un parcours individuel ne constitue pas une preuve scientifique, mais il montre ce que signifie gagner du temps face à ce cancer.

Six personnes souriantes dans une salle lumineuse, dont deux tiennent un grand chèque de l’association Neuro Vie
Le 20 avril 2026, l’association Neuro Vie, fondée par la patiente Wanda Agnello, remet un don de 3 500 euros à l’équipe du Pr Olivier Adotevi. © UCPVax

Seize ans de recherche publique

UCPVax a été lancé en 2010 par l’équipe d’Olivier Adotevi, au sein du CHU Besançon Franche-Comté et du laboratoire UMR Right, qui associe l’Inserm, l’Établissement français du sang et l’université Marie et Louis Pasteur. Le premier patient, atteint d’un cancer du poumon, a été vacciné en 2016. Le vaccin est aujourd’hui étudié dans quatre cancers, avec un réseau d’investigateurs à Paris, Dijon, Bordeaux, Marseille, Mulhouse ou Saint-Herblain. En juillet 2026, l’Institut national du cancer a retenu l’essai randomisé MATVAC-1 dans le glioblastome parmi 29 projets financés au niveau national.

La façade et la grille de la Maison de la Chimie, rue Saint-Dominique à Paris, sous un ciel bleu
La Maison de la Chimie, à Paris, où les résultats d’UCPVax ont été présentés le 20 octobre. © Polymagou / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Six millions d’euros pour la dernière marche

L’étape qui vient est la plus décisive et la plus coûteuse : prouver l’efficacité à grande échelle. Une phase III d’environ 250 patients est en préparation dans le glioblastome, une autre d’environ 200 patients dans les cancers liés au papillomavirus. Pour la financer, le fonds de dotation du CHU, le Fonds Phisalix, ouvre une collecte de 6 millions d’euros aux particuliers comme aux entreprises. Le Crédit Agricole s’est engagé dès le départ à hauteur de 1,5 million, soit un quart de l’objectif.

Le calendrier reste prudent. L’équipe vise une demande d’accès précoce dans le glioblastome en 2029, puis une autorisation de mise sur le marché en 2032, sous réserve des résultats et de l’avis des autorités sanitaires. Ce n’est pas un traitement miracle : il s’ajoute aux autres thérapies, tous les patients ne répondent pas, et les résultats actuels portent sur des essais de taille modeste qui doivent encore être confirmés.

Mais une idée née dans un laboratoire public de Franche-Comté est aujourd’hui l’un des projets de vaccin anticancer les plus avancés de France. Comme le rappelait l’équipe mardi, plus d’une personne sur trois sera touchée par un cancer au cours de sa vie.