Un vaccin contre le cancer, conçu par une biotech de Nantes, vient de presque doubler la survie de malades d’un cancer du poumon métastatique. Dans l’essai Combi-TED, 47 % des patients traités par Tedopi associé à une chimiothérapie étaient encore en vie un an plus tard, contre 29 % avec la chimiothérapie seule, a annoncé OSE Immunotherapeutics ce lundi 19 octobre (communiqué). Les résultats complets seront présentés le 25 octobre au congrès européen d’oncologie, l’ESMO, à Madrid.
Presque deux fois plus de patients en vie
L’essai de phase 2 a suivi 106 patients dans 19 centres en France, en Italie et en Espagne. Tous souffraient d’un cancer du poumon non à petites cellules métastatique, la forme la plus fréquente de la maladie, et leur cancer avait progressé malgré un premier traitement associant chimiothérapie et immunothérapie. Ils ont été répartis par tirage au sort en trois groupes : Tedopi avec le docétaxel, une chimiothérapie ; Tedopi avec le nivolumab, une immunothérapie vendue sous le nom d’Opdivo ; ou le docétaxel seul, le traitement de référence.
Le critère principal était simple et sans appel : la part de patients encore en vie un an après le début du traitement. Elle atteint 47 % avec Tedopi et docétaxel, 46 % avec Tedopi et nivolumab, et 29 % avec le docétaxel seul. Les deux associations avec Tedopi atteignent le seuil de significativité statistique (p = 0,001 et p = 0,002), pas le bras de référence, précise ABC Bourse. Les analyses bayésiennes donnent plus de 90 % de probabilité que Tedopi améliore réellement la survie à un an.

« Nous avons pratiquement doublé la survie à un an grâce à Tedopi associé soit à la chimiothérapie par docétaxel, soit à l’immunothérapie par nivolumab », résume le Pr Federico Cappuzzo, chef de l’oncologie médicale de l’Istituto Nazionale Tumori Regina Elena, à Rome, et investigateur principal de l’essai.
Le premier tueur parmi les cancers
L’enjeu est immense. En France, le cancer du poumon a touché 52 777 personnes en 2023 et en a tué 31 167, selon l’Institut national du cancer. C’est la première cause de décès par cancer dans le pays.

Pour les patients de l’essai, ceux dont la maladie progresse après la chimio-immunothérapie, l’arsenal est mince. « La seule option dont nous disposons actuellement dans notre pratique, pour ces patients en deuxième ligne, reste malheureusement le docétaxel, qui présente la toxicité propre à la chimiothérapie et une efficacité limitée », rappelle le Pr Cappuzzo dans le communiqué. Gagner près de 18 points de survie à un an dans cette situation, c’est près d’un patient sur cinq de plus encore en vie au bout d’un an.
Un vaccin qui ne prévient pas, mais qui soigne
Tedopi n’est pas un vaccin préventif comme ceux contre la grippe. C’est un vaccin thérapeutique, administré à des malades. Il est fabriqué à partir de petits fragments de protéines, des épitopes, issus de cinq antigènes présents à la surface des cellules tumorales. Leur rôle est d’apprendre aux lymphocytes T, les cellules tueuses du système immunitaire, à reconnaître la tumeur et à l’attaquer, décrit l’étude publiée dans les Annals of Oncology.

Ces fragments ne sont reconnus que par les patients porteurs d’un marqueur immunitaire précis, HLA-A2. C’est pourquoi l’essai a retenu uniquement ces patients. Le vaccin est « prêt à l’emploi » : contrairement aux vaccins personnalisés à l’ARN, il n’a pas besoin d’être fabriqué sur mesure à partir de la tumeur de chaque malade.
Une biotech nantaise déjà passée par la phase 3
OSE Immunotherapeutics est une biotech cotée sur Euronext, installée à Nantes et à Paris, qui développe des traitements en immuno-oncologie et contre les maladies inflammatoires. Tedopi est son produit le plus avancé. En 2023, l’entreprise avait déjà publié les résultats de l’essai de phase 3 Atalante-1 : chez des patients devenus résistants à l’immunothérapie, Tedopi seul portait la survie médiane à 11,1 mois contre 7,5 mois avec la chimiothérapie, et la survie à un an à 44,4 % contre 27,5 % (Annals of Oncology).

Combi-TED, lui, est un essai académique : il a été promu par la fondation italienne FoRT, qui finance la recherche en oncologie, et non par OSE elle-même.
Ce qu’il reste à prouver
Il faut garder la tête froide. Combi-TED est un essai de phase 2, ouvert (les médecins savaient quel traitement recevait chaque patient) et mené sur 106 personnes, soit environ 35 par groupe. Ce sont des résultats préliminaires, dits « topline » ; les données définitives seront détaillées à Madrid le 25 octobre. Côté tolérance, des effets indésirables liés au traitement ont touché 89 % des patients sous Tedopi et docétaxel, 82 % sous Tedopi et nivolumab et 79 % sous docétaxel seul. Les effets graves concernent 17 %, 24 % et 17 % d’entre eux. Aucun signal de sécurité inattendu n’a été observé.

Surtout, Tedopi n’est pas encore autorisé. L’étude de phase 3 qui doit permettre de le faire enregistrer, ARTEMIA, compare Tedopi seul au docétaxel chez des patients devenus résistants à l’immunothérapie. Elle recrute encore, et ses résultats sont attendus début 2028, selon la Dr Silvia Comis, directrice de la recherche clinique et médicale d’OSE. Et le vaccin ne concerne que les patients porteurs du marqueur HLA-A2.
Une nouvelle arme en vue
Pour des malades à qui la médecine n’offrait plus qu’une chimiothérapie aux effets limités, un vaccin conçu à Nantes vient de montrer qu’il peut presque doubler les chances d’être encore là un an plus tard. Rendez-vous à Madrid le 25 octobre pour les chiffres complets.



