Orano Med a inauguré le 2 octobre, à Onnaing dans la métropole de Valenciennes, l’ATLab (Alpha Therapy Laboratory). C’est la première installation pharmaceutique d’envergure industrielle en Europe dédiée à la production de radiothérapies internes vectorisées au plomb-212, selon le communiqué du groupe Orano. Investissement : 29 millions d’euros. Capacité à moyen terme : jusqu’à 10 000 doses par an, multipliable par cinq à pleine charge.

Trois mille mètres carrés pour des doses de 24 heures

Le site couvre plus de 3 000 m² et doit créer environ 25 emplois directs. Il a reçu près de 3,8 millions d’euros du plan France 2030, via l’appel à projets « Industrialisation et capacités santé 2030 ». L’enjeu n’est pas seulement l’usine : le plomb-212 a une demi-vie de 10,6 heures. Les traitements doivent être produits, expédiés et administrés dans les 24 heures.

Onnaing se situe à environ deux heures des aéroports de Paris-Charles-de-Gaulle et de Bruxelles-Zaventem. Orano Med avance que cette position permet de couvrir près de 70 % de la population européenne dans les délais requis. Un site jumeau est en cours de mise en service à Indianapolis, pour le marché nord-américain.

Cérémonie d’inauguration de l’ATLab Orano Med à Onnaing
Inauguration de l’ATLab Valenciennes le 2 octobre 2026 à Onnaing, en présence de dirigeants d’Orano et d’élus du territoire. © Orano Med

Des particules alpha contre la tumeur

Les alphathérapies ciblées au plomb-212 appartiennent à la médecine nucléaire thérapeutique. Une fois injecté, le médicament est conçu pour reconnaître les cellules tumorales et y délivrer une dose locale d’énergie, explique Actu.fr en reprenant le discours du laboratoire. Quatre candidats-médicaments sont déjà en essais cliniques chez l’homme, développés en propre ou avec Sanofi, Roche et Molecular Partners. Des travaux précliniques élargissent la cible à d’autres cancers.

Nicolas Maes, directeur général d’Orano, y voit « une étape industrielle majeure » et la preuve que le groupe peut mettre « sa maîtrise des matières nucléaires au service de patients atteints de cancer ». Frédéric Desdouits, DG d’Orano Med, insiste sur la capacité de production « adaptée aux spécificités logistiques » du plomb-212.

Siège social d’Orano à Châtillon de nuit
Siège d’Orano à Châtillon. Orano Med est la filiale du groupe dédiée aux alphathérapies ciblées en oncologie. © Mario Fourmy / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Du cycle du combustible à l’oncologie

Orano Med s’appuie sur un procédé chimique breveté de production de plomb-212 et sur un accès sécurisé à la matière première. Les deux ATLab (Valenciennes et Indianapolis) complètent une plateforme industrielle présentée comme intégrée. Pour un groupe connu d’abord pour le cycle du combustible nucléaire, c’est un basculement vers la santé à haute valeur ajoutée, sur un marché européen encore sans équivalent industriel de cette taille pour le Pb-212.

La présence de partenaires comme Sanofi et Roche dans les pipelines cliniques donne un signal : la molécule seule ne suffit pas, il faut aussi des réseaux d’essais, d’autorisation et de distribution hospitalière. L’usine d’Onnaing sert d’abord à sécuriser l’offre européenne quand (et si) ces candidats passent les étapes réglementaires.

Radiochimiste travaillant sur un système HPLC en laboratoire
Travail de radiochimie analytique en laboratoire. Les alphathérapies au plomb-212 exigent une chaîne de production et de contrôle compatible avec une demi-vie de 10,6 heures. © Talzir / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Risques, délais et ce qui manque encore

Aucun des quatre candidats n’est encore un médicament commercialisé à grande échelle en Europe sur la seule base de cette inauguration. Les essais cliniques peuvent échouer, ralentir ou restreindre les indications. La logistique de 24 heures reste un goulot : panne, grève aérienne ou contrainte hospitalière peuvent casser la chaîne. Les 25 emplois directs sont modestes au regard des 29 M€ ; la valeur se joue davantage sur la propriété intellectuelle et les partenariats pharma que sur l’emploi local massif.

Reste aussi la concurrence internationale : d’autres acteurs de radiothérapies ciblées avancent aux États-Unis et en Asie. Le site d’Indianapolis montre qu’Orano Med ne mise pas uniquement sur l’Europe. Et le soutien France 2030 (3,8 M€) ne garantit ni le succès clinique ni le remboursement.

Flacons de radiopharmaceutiques préparés en médecine nucléaire
Radiopharmaceutiques en médecine nucléaire. L’ATLab vise jusqu’à 10 000 doses par an à moyen terme, et jusqu’à 50 000 à pleine capacité. © National Cancer Institute / domaine public, via Wikimedia Commons

Indianapolis en miroir

Pendant qu’Onnaing ouvre pour l’Europe, Orano Med met en service un ATLab à Indianapolis pour l’Amérique du Nord. La filière française du Pb-212 se construit donc sur deux continents, avec la même contrainte de demi-vie courte. Pour les hôpitaux européens, l’intérêt est concret : une source industrielle à deux heures de CDG et de Bruxelles, plutôt qu’une dépendance exclusive à des imports plus lointains.

Skyline du centre-ville d’Indianapolis
Indianapolis, où Orano Med met en service un ATLab jumeau pour le marché nord-américain, en parallèle du site d’Onnaing. © Chris Bowman / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Une usine française pour une thérapie encore rare

Premier site industriel européen au plomb-212, 29 M€, jusqu’à 10 000 doses par an : Valenciennes place la France sur la carte de l’alphathérapie ciblée. La suite se jouera dans les essais cliniques et dans la capacité à livrer à l’heure — littéralement.