Neoen a inauguré le 8 octobre, à Pleyber-Christ dans le Finistère, la Breizh Big Battery : 92 MW de puissance et 183 MWh de capacité. C’est la plus grande batterie de Bretagne et l’une des plus puissantes de France, selon le communiqué du producteur. Le chantier a pris 18 mois. Sur le même site, RTE mène une expérimentation inédite dans l’Hexagone : convertir les onduleurs du mode grid-following au mode grid-forming par une mise à jour logicielle, sans toucher au matériel.
Quatre-vingt-douze mégawatts près de Morlaix
La Breizh Big Battery est la première grande batterie de Neoen en France. Construction et assemblage ont été confiés à Huawei et Equans. Jusqu’à 50 personnes ont travaillé sur le site. La machine doit fournir des services système de régulation de fréquence et de tension, le cœur de métier du stockage face à un réseau qui accueille de plus en plus d’éolien et de solaire intermittents.
Neoen revendique un portefeuille mondial de batteries en opération ou en construction de 3,5 GW / 10,6 GWh. Il inclut Collie Battery (560 MW / 2 240 MWh) en Australie, Isbillen Power Reserve en Suède et Yllikkälä Power Reserve en Finlande. En France, le groupe a aussi lancé la construction de Vernou-la-Celle-sur-Seine (248 MW / 496 MWh), présentée comme la plus grande batterie du pays, avec une mise en service visée en 2028 (Neoen, avril 2026).

Grid-forming : la batterie qui forme le réseau
Aujourd’hui, les centrales de stockage françaises fonctionnent en grid-following : elles s’alignent sur la tension du réseau local. En grid-forming, l’installation génère sa propre référence de tension et de fréquence. Elle peut réagir immédiatement à une perturbation et renforcer la résilience du système, explique Neoen.
L’essai avec RTE consiste à basculer ce mode par rétrofit logiciel uniquement. Gabriel Bareux, directeur R&D de RTE, indique que l’expérimentation suit un planning permettant « une finalisation théorique de la phase de rétrofit d’ici la fin de l’année », selon le communiqué d’inauguration. L’Echo du Solaire rappelle que le contrat d’expérimentation a été signé en janvier et que l’essai doit durer au moins un an.
Ce n’est pas un détail technique. Si le rétrofit fonctionne, d’autres batteries déjà construites pourraient gagner cette capacité sans changer d’onduleurs. L’enjeu dépasse Pleyber-Christ : stabiliser un réseau français plus renouvelable, avec moins de machines tournantes classiques.

Neoen, RTE et la commune
Christophe Desplats-Redier, CEO France de Neoen, présente le projet comme « un changement d’échelle » du stockage du groupe en France, et remercie la commune, RTE, Huawei et Equans. Xavier Barbaro, CEO du groupe, insiste sur le rôle de la batterie dans la stabilité du réseau.
Le développement s’est fait en concertation avec Pleyber-Christ : réunions publiques, réponses aux riverains, et engagement de Neoen à cofinancer des panneaux photovoltaïques sur le toit du gymnase communal. Le producteur, premier indépendant d’énergies exclusivement renouvelables en France, ajoute ainsi une pièce concrète à sa carte française, après des années où ses plus grosses batteries sortaient surtout d’Australie et du nord de l’Europe.

Ce que l’inauguration ne règle pas
Le communiqué ne fixe pas la date précise de mise en service commerciale. L’essai grid-forming n’est pas terminé : la phase de rétrofit vise la fin 2026 « en théorie », puis un an d’observation. Les onduleurs restent ceux d’un constructeur chinois (Huawei) : la souveraineté matérielle n’est pas au cœur du dossier, même si l’opérateur et le producteur sont français.
Le stockage à cette échelle a aussi ses limites classiques : coût du kilowattheure stocké, durée de vie des cellules, acceptabilité locale, et concurrence d’autres flexibilités (interconnexions, effacement, hydraulique). La Bretagne a longtemps manqué de moyens de production locaux ; une batterie de 92 MW aide la flexibilité, elle ne remplace pas une centrale.

Vernou en ligne de mire
À Vernou-la-Celle-sur-Seine, Neoen construit déjà 248 MW / 496 MWh, soit plus du double de Pleyber-Christ en énergie. La Breizh Big Battery sert donc à la fois de référence opérationnelle et de banc d’essai pour RTE. Si le grid-forming logiciel tient ses promesses, le prochain parc français pourra en hériter plus tôt.

Une batterie française qui sert aussi de laboratoire
Quatre-vingt-douze mégawatts, 183 MWh, 18 mois de chantier, et un essai RTE unique en France : Pleyber-Christ place le stockage français dans le jeu des grands projets, avec une question claire pour 2027 — le logiciel peut-il faire d’une batterie suiveuse une batterie formatrice de réseau ?



