Huit tumeurs cérébrales sur dix sont des métastases. L’espérance de vie des patients concernés ne dépasse souvent pas un an. Mercredi 14 octobre 2026, le Centre Léon Bérard, à Lyon, a inauguré NaviFUS : un appareil qui ouvre de façon temporaire et réversible la barrière hémato-encéphalique grâce à des ultrasons, pour augmenter la concentration de médicaments dans le cerveau. « Une première en Europe et une chance pour la région Auvergne-Rhône-Alpes », s’est félicité Jean-Yves Blay, directeur général du centre, cité par Lyon Capitale.

Une minute d’ultrasons, des microbulles, un médicament

Le cerveau se protège. La barrière hémato-encéphalique bloque toxines et pathogènes — et, avec eux, une grande partie des traitements. « Notre corps a développé un système d’efflux : les médicaments qui rentrent peuvent ressortir », explique le docteur Louis Larrouquère, oncologue au CLB. L’enjeu est d’en faire entrer assez pour que le traitement tienne.

NaviFUS envoie des compressions et dépressions séquencées. Des microbulles injectées dans le sang oscillent, étirent les jonctions des capillaires et créent des espaces transitoires. Cyril Lafon, directeur de recherche Inserm et co-porteur du projet, compare le phénomène à l’ouverture d’une bouteille d’eau pétillante. Le jour J, le patient reçoit son médicament, puis les microbulles ; un bras à ultrasons cible la zone métastasée synchronisée avec scanner et IRM. L’intervention dure à peine une minute, reste indolore, et peut être répétée. Effet secondaire possible : un léger échauffement du crâne.

Deux soignantes en blouse blanche s’occupent d’une patiente âgée allongée dans un lit d’hôpital lumineux
Au Centre Léon Bérard, la prise en charge des cancers s’appuie sur des équipes soignantes au contact quotidien des patients. © Romane Tourral / Centre Léon Bérard

Premiers essais fin 2027, une trentaine de patients

Le calendrier reste prudent. Le centre espère lancer ses premiers essais cliniques fin 2027 ou début 2028, sur environ une trentaine de patients selon le financement obtenu, puis viser vers 2030 un essai plus large et, éventuellement, un remboursement. « On se donne une fourchette large de cinq ans », prévient Louis Larrouquère. La technologie n’est pas française d’origine — NaviFUS est une société taiwanaise déjà active sur les glioblastomes — mais Lyon devient le premier site européen à l’installer pour les métastases cérébrales.

Une équipe médicale pose dans un couloir d’hôpital, blouses et blouses blanches
Les équipes du Centre Léon Bérard, à Lyon, parmi les centres français les plus engagés dans la recherche clinique en oncologie. © Romain Etienne / Centre Léon Bérard

Pourquoi Lyon, pourquoi maintenant

Le CLB soigne déjà les métastases cérébrales par radiothérapie stéréotaxique, thérapies ciblées et, quand il le faut, radiothérapie craniospinale, rappelle le centre. NaviFUS s’ajoute comme outil pour faire passer les drogues là où elles peinent à aller. Jean-Yves Blay y voit aussi un effet d’entraînement : être premier en Europe pour convaincre d’autres hôpitaux d’investir.

La France a un tissu d’oncologie solide — Inserm, centres de lutte contre le cancer, essais multicentriques. Le pari lyonnais est de transformer une machine en filière : données de sécurité, puis efficacité, puis diffusion. Si les essais confirment le gain, des patients français n’auront plus à attendre qu’un autre pays européen monte le même plateau.

Ce qui reste à prouver

Rien n’est encore démontré chez l’humain sur ce site. La machine est là ; les patients d’essai, pas encore. Le bon médicament compte autant que l’ouverture de la barrière, insiste Larrouquère : la complication grave liée à la technique reste rare dans les expériences déjà menées ailleurs, mais la maladie, elle, reste sévère. Le financement des essais, le recrutement, la comparaison avec les standards actuels et, plus tard, le prix d’une éventuelle procédure remboursée, sont encore ouverts.

Schéma montrant des microbulles activées par ultrasons qui ouvrent temporairement la barrière hémato-encéphalique
Principe de l’ouverture de la barrière hémato-encéphalique par ultrasons focalisés et microbulles (schéma). © Wolfpack bme 2022 / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Autre limite : une seule machine ne traite qu’un flux limité. L’ambition affichée — motiver d’autres investissements européens — suppose des résultats publiables et reproductibles, pas seulement une inauguration.

Un espoir mesuré, une première concrète

Pour les familles confrontées à une métastase cérébrale, la promesse est claire : faire enfin arriver le traitement là où la tumeur s’installe. Pour la recherche française, Lyon pose un jalon : premier site européen NaviFUS dédié à ce problème. Entre les deux, il faudra des années d’essais, de statistiques et de prudence. Le 14 octobre, le matériel est arrivé. La suite se jouera dans les protocoles de 2027 et 2028.

Neurones fluorescents verts vus au microscope, réseau dense de prolongements
Réseau de neurones en fluorescence (photo d’illustration). Les métastases cérébrales se logent dans un organe protégé par la barrière hémato-encéphalique. © ManuelSchottdorf / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Cellule de Purkinje du cervelet vue au microscope, arborisation dendritique
Cellule de Purkinje (cervelet), photo d’illustration de tissu nerveux. L’enjeu de NaviFUS est d’y faire passer davantage de médicaments. © Heiti Paves / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons