Dimanche 18 octobre, près de Munich, Manon Clément a remporté le titre individuel de la Coupe du monde de bowling de la Fédération internationale (IBF). À 16 ans, la joueuse de Grand-Quevilly, près de Rouen, devient la plus jeune lauréate de l’histoire de la compétition, rapporte le site spécialisé BowlingLife. En finale, elle a battu la Malaisienne Natasha Roslan, tenante du titre, en trois manches : 231-190, 147-206, 204-168, selon la Fédération française (FFBSQ).

Un record de 1995 effacé

Jusqu’ici, la plus jeune gagnante de la Coupe du monde était l’Anglaise Gemma Burden, sacrée à 17 ans à São Paulo, au Brésil, en 1995, précise BowlingLife. Le record a donc tenu 31 ans.

La Coupe du monde réunit un tableau individuel puis une épreuve par équipes ; la France y est venue avec une équipe dames et une équipe hommes. L’édition 2026 se dispute au Max Munich Bowling de Brunnthal, en Bavière, du 11 au 21 octobre, indique la FFBSQ.

Manon Clément, médaille d’or, et Grégory Rius, médaille d’argent, sourient devant le panneau de la Coupe du monde IBF de Munich
Manon Clément (or) et Grégory Rius (argent) le soir du 18 octobre : la France a placé ses deux joueurs en finale des tableaux individuels. © FFBSQ

Cinq matchs, quatre manches décisives

La journée de dimanche a été un marathon. Sur ses cinq matchs, Manon Clément est allée quatre fois jusqu’à la manche décisive, raconte Dicodusport. Elle a d’abord battu Jenny Mathiesen (2-1). En quart de finale, elle a dominé en deux manches une autre Française, Célia Jeanne-Delafosse, ce qui assurait à la France une demi-finaliste.

Puis sont venues deux adversaires d’un autre calibre. En demi-finale, l’Américaine Shannon Pluhowsky, sept fois championne du monde selon Dicodusport, a gagné la première manche avant de s’incliner. En finale, Natasha Roslan, la tenante du titre, a égalisé à une manche partout en écrasant la deuxième (206-147). La Française a repris la main dans la dernière, conclue 204-168. « Exceptionnelle ! », a salué la fédération sur X.

Grégory Rius, médaille d’argent au cou, sur le podium de la Coupe du monde à côté du vainqueur Jovi Ma, drapeau de Hong Kong sur les épaules
Chez les hommes, Grégory Rius n’a perdu la finale contre le Hongkongais Jovi Ma que d’une quille dans la première manche (202-201), puis 203-198. © FFBSQ

Du twirling bâton au jeu à deux mains

Rien ne destinait Manon Clément au bowling. Dans un portrait publié en septembre par la FFBSQ, elle raconte avoir fait du twirling bâton de 8 à 14 ans. Elle découvre le bowling à 12 ans, d’abord pour s’amuser avec le compagnon de sa cousine, puis signe au club des Léopards de Grand-Quevilly.

Le déclic vient du programme Ten Pin Stars du groupe Bowling Plaza, qui lui donne deux entraîneurs. Elle change alors complètement de geste et passe au jeu à deux mains, parce qu’elle « n’avançai[t] pas » à une main, à cause de « mauvaises habitudes ». Ce programme l’a fait progresser très vite, « même si pas toujours facile au début surtout avec les spares ».

Les résultats suivent : championne de France minime puis cadette, première sélection en équipe de France jeunes en 2025. En avril 2026, à Berlin, elle devient championne d’Europe jeunes en Masters, en battant en finale la Suédoise Saga Johansson, selon BowlingLife. Munich était sa toute première sélection avec l’équipe de France dames.

Les jeunes de l’équipe de France de bowling posent avec leurs entraîneurs, un panneau France et un drapeau tricolore, aux Championnats d’Europe jeunes de Berlin
La délégation française aux Championnats d’Europe jeunes de Berlin, en avril 2026, où Manon Clément a décroché l’or en Masters et le bronze au classement général. © FFBSQ, via Dicodusport

Un an après le premier titre mondial des Bleus

Ce sacre s’inscrit dans une montée en puissance. Le 5 décembre 2025, à Hong Kong, l’équipe de France masculine était devenue championne du monde par équipes pour la première fois de son histoire, en battant la Suède en finale, rappelle L’Équipe. Grégory Rius faisait partie de cette équipe. Avec sa médaille d’argent de dimanche, la France a placé un joueur en finale de chacun des deux tableaux individuels de Munich. Une « (nouvelle) journée inscrite dans l’histoire du bowling », a résumé la fédération.

La compétition n’est pas finie : l’épreuve par équipes se joue jusqu’au 21 octobre, et les Bleus y sont engagés, avec Manon Clément.

Une rangée de pistes de bowling éclairées, quilles alignées au fond
Photo d’illustration : des pistes de bowling. À Munich, chaque match se jouait sur deux pistes voisines, comme les pistes 5 et 6 de la demi-finale de Manon Clément. © RRRW001 / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Lycéenne, future kiné, et déjà transmetteuse

Le parcours a ses limites, et Manon Clément les connaît. Le bowling n’est pas olympique, et ses champions restent amateurs ou presque : elle est lycéenne en première dans un lycée général et vise des études de kinésithérapie, pour devenir kiné du sport. Pour tenir le rythme, elle a signé un partenariat d’un an avec l’Heracles Academy, qui l’aide sur la nutrition, la récupération et la préparation mentale, précise la FFBSQ. Gagner une Coupe du monde à 16 ans ne garantit rien : le plus dur sera de durer chez les adultes, face à des joueuses qui ont dix ou quinze ans d’expérience.

Elle a pourtant déjà la tête d’une cadre. En parallèle, elle passe un diplôme d’animatrice en Normandie pour encadrer les plus jeunes de son club. « Moi, on m’a transmis des choses, explique-t-elle. Tout ce que déjà moi je sais, j’aime bien le transmettre aux plus jeunes, même si c’est juste pour le loisir. » À 16 ans, elle a désormais un record mondial à leur raconter.