Hy24, gestionnaire français d’actifs spécialisé dans l’hydrogène bas carbone, a signé mercredi 14 octobre avec EDF Pulse Ventures un accord en vue d’acquérir Hynamics, filiale du groupe EDF. L’annonce figure dans un communiqué EDF, repris par l’AFP via Boursorama et BFM Business. Le closing est visé au premier trimestre 2027, sous conditions, dont les autorisations réglementaires. Le montant n’est pas publié.

Une filiale née en 2019, un fonds déjà géant

Hynamics a été créée en 2019 pour installer, exploiter et entretenir des unités de production d’hydrogène bas carbone, en visant le transport lourd et l’industrie. L’hydrogène « bas carbone » au sens d’EDF sort de l’électrolyse de l’eau quand l’électricité elle-même est décarbonée — un atout dans un pays au parc nucléaire dense. La filiale anime « plusieurs projets clés en France et au Royaume-Uni », sans détail chiffré dans le communiqué du jour.

Hy24 se présente, dans le même texte, comme « le plus grand au monde spécialisé dans l’hydrogène bas carbone ainsi que ses dérivés », via son fonds Clean Hydrogen Infrastructure. En septembre, le fonds a pris une participation dans Onuba, décrit par BFM comme le plus grand projet de production d’hydrogène renouvelable en Europe du Sud, en Andalousie.

Machine industrielle d’électrolyse, armoires et tuyauteries
Un électrolyseur industriel. Hynamics produit de l’hydrogène par électrolyse quand l’électricité est bas carbone — le cœur de l’offre cédée par EDF. © Olivier.bergerot / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Pourquoi EDF cède maintenant

Julien Villeret, directeur de l’innovation d’EDF, cadre la cession comme une étape de croissance : EDF a soutenu Hynamics depuis 2019 ; la passer à « l’un des acteurs majeurs du développement de l’hydrogène en Europe » doit permettre de « changer d’échelle ». La stratégie d’EDF Pulse Ventures, rappelle le communiqué, consiste à accompagner ses participations puis à les confier à de nouveaux actionnaires disposant des moyens et de l’expertise pour la phase suivante.

Pierre-Etienne Franc, cofondateur et directeur général d’Hy24, insiste sur le passage à l’échelle européen : la filière a besoin d’acteurs industriels solides et de partenaires financiers capables de structurer les projets. « Cet accord illustre cette dynamique de consolidation autour des projets les plus prometteurs, au service de la sécurité énergétique européenne. »

Taxi Toyota Mirai de la flotte Hype à une station hydrogène
Un Toyota Mirai de la flotte Hype à une station hydrogène parisienne. Le transport lourd et la mobilité sont l’un des deux débouchés cités pour Hynamics. © NBKF / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un champion franco-britannique sur le papier

L’ambition affichée est claire : « favoriser la création d’un champion français et britannique de l’hydrogène bas carbone ». Hynamics apporte un portefeuille de projets des deux côtés de la Manche ; Hy24 apporte le bilan et le métier d’investisseur infrastructure. Pour la France, garder un acteur piloté depuis Paris — fonds français, projets FR/UK — vaut mieux qu’une cession purement financière à un acteur hors Europe, même si le contrôle industriel change de main.

L’hydrogène bas carbone reste un maillon pour décarboner l’industrie lourde et le transport longue distance, là où la batterie ne suffit pas. Brancher cette production sur une électricité déjà largement décarbonée est l’argument français classique.

Centrale nucléaire de Flamanville vue depuis la côte
La centrale de Flamanville (Manche). L’électrolyse bas carbone suppose une électricité elle-même décarbonée — le socle du discours EDF sur Hynamics. © JKremona / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce qui reste opaque

Aucun prix n’est communiqué. Les projets « clés » en France et au Royaume-Uni ne sont pas listés dans le communiqué. Le closing n’est qu’au premier trimestre 2027, sous autorisations : jusqu’à la signature définitive, rien n’est acquis. La filière hydrogène européenne a déjà connu des reports et des compressions de plans ; consolider autour des projets « les plus prometteurs » signifie aussi laisser tomber les autres. Hy24 n’est pas un industriel d’exploitation au sens usine : la réussite dépendra des opérateurs et des contrats d’offtake derrière le fonds.

Bus à hydrogène dans une rue d’Aberdeen
Un bus à hydrogène à Aberdeen. Le transport lourd reste l’un des premiers débouchés cités pour l’hydrogène bas carbone en Europe. © Stephen Craven / CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Une cession qui garde le drapeau

EDF sort du capital opérationnel d’Hynamics sans tuer la filiale : elle la place chez le plus gros fonds hydrogène bas carbone du moment, selon son propre communiqué. Si le closing tient au T1 2027, la France garde un outil de production et de projets FR/UK sous un actionnaire parisien spécialisé. Le test suivant, ce sera le nombre de tonnes d’hydrogène réellement livrées, pas la formule du communiqué.

Taxi hydrogène Toyota Mirai de la société Hype vu de trois quarts
Taxi Hype à pile à combustible. Mobilité et industrie lourde : les deux marchés que Hy24 dit vouloir faire grandir avec Hynamics. © Nbkf / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons