Dix ans de bancs de labo, un brevet, une preuve de concept chez l’animal, puis une signature. Le mardi 13 octobre 2026, au Logis du Roy à Amiens, la start-up Glyx Therapeutics a conclu une licence exclusive avec la SATT Nord pour poursuivre le développement de candidats médicaments ciblant la protéine Tau, annonce l’Université de Picardie Jules Verne. Alzheimer, maladie de Pick, paralysie supranucléaire progressive : autant de tauopathies où cette protéine, détachée et agrégée, participe à la mort des neurones. En France, près de 1,5 million de personnes sont touchées par les maladies neurodégénératives, rappelle le communiqué UPJV–SATT Nord.

Des sucres contre une protéine qui s’emballe

Anne Wadouachi, professeure à l’UPJV et directrice scientifique de Glyx, synthétise au Laboratoire de glycochimie et des agroressources d’Amiens (LG2A) des oligosaccharides lipidiques anioniques — des « sucres » modifiés. Dulce Papy-Garcia, à l’Université Paris-Est Créteil (Gly-CRRET), teste leur effet sur les mécanismes précoces liés à Tau. Leur collaboration, née d’un congrès en 2013 et soutenue par la région Picardie via le projet OXYOL, a livré dès 2017 des composés capables d’agir en amont de l’agrégation, explique Wadouachi dans le communiqué.

Fabrice Beauchêne et Fabrice Lefebvre souriants, stylos en main, devant les dossiers de licence Glyx Therapeutics et SATT Nord
Fabrice Beauchêne (Glyx Therapeutics) et Fabrice Lefebvre (SATT Nord) après la signature du 13 octobre au Logis du Roy. © Université de Picardie Jules Verne (service presse)

La technologie vise une prise orale et le franchissement de la barrière hémato-encéphalique. Le candidat principal a démontré une preuve de concept in vivo. Deux voies sont envisagées : les tauopathies « pures » (Pick, PSP, certaines démences fronto-temporales) et Alzheimer, où Tau coexiste avec les plaques amyloïdes. Fabrice Beauchêne, PDG, résume l’ambition à France 3 Hauts-de-France : agir sur les mécanismes précoces, « et pas seulement sur ses symptômes ».

Ce que ça change pour la France

Longtemps centrée sur la voie amyloïde, la recherche mondiale ouvre enfin le front Tau. Une start-up amiénoise issue de la recherche publique, accompagnée par une SATT régionale, rejoint ce mouvement avec une chimie verte (mécanosynthèse) et un ancrage territorial. Près de 700 000 euros de maturation SATT Nord ont financé trois ingénieurs et le passage au brevet, détaille Fabrice Lefebvre, président de la SATT Nord. Denis Postel, président de l’UPJV, y voit un transfert de long terme, à renforcer avec le consortium Innov4U.

Fabrice Beauchêne, Fabrice Lefebvre et Anne Wadouachi assis derrière une table, en discussion lors de la conférence de presse
De gauche à droite : Fabrice Beauchêne (Glyx), Fabrice Lefebvre (SATT Nord) et Anne Wadouachi (UPJV / CSO Glyx). © Université de Picardie Jules Verne (service presse)

Pour les familles, le signal reste prudent : aucun comprimés en pharmacie demain. Mais chaque licence qui sort un composé du tiroir académique élargit le pipeline français face à une épidémie liée au vieillissement.

Qui porte le projet

Glyx Therapeutics a été fondée en décembre 2025 à Amiens. Direction : Fabrice Beauchêne (CEO) et Anne Wadouachi (CSO). Autour d’eux : UPJV, UPEC, SATT Nord, Eurasanté, Innov’A, Spartners BioLabs by Servier et le Clubster NSL, liste le communiqué. Ajitha Thuraisamy, biologiste formée à Créteil pendant la maturation, a rejoint la start-up. Le Logis du Roy, où s’est tenue la signature, ancre le geste dans le centre historique d’Amiens.

Façade en brique et pierre du Logis du Roi à Amiens, sous un ciel clair
Le Logis du Roy à Amiens, où la licence a été signée le 13 octobre 2026. © HaguardDuNord / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Quatre à sept ans, et cinq millions d’euros

La licence ouvre le développement préclinique réglementaire, préalable aux premiers essais humains. Glyx cherche à lever cinq millions d’euros : un premier million pour les prochaines études, puis quatre millions pour préparer la clinique, précise France 3. Entre quatre et sept ans pourraient s’écouler avant une éventuelle commercialisation, sous réserve des résultats et des autorisations. Preuve de concept animale n’est pas preuve clinique. La concurrence mondiale sur Tau est dense. Et une start-up d’amorçage peut buter sur le financement avant le patient.

Chercheur en blouse blanche manipulant des fioles dans un laboratoire de chimie moléculaire
Photo d’illustration : laboratoire de chimie moléculaire. À Amiens, le LG2A de l’UPJV a conçu les oligosaccharides de Glyx. © Jérémy Barande / École polytechnique, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Une piste, pas une panacée

Anne Wadouachi le dit sans détour à France 3 : « On a tous, dans notre entourage, un proche atteint de neurodégénérescence. » La licence du 13 octobre ne guérit personne aujourd’hui. Elle transforme dix ans de recherche picarde et francilienne en programme de médicament, avec un ancrage à Amiens et un horizon clinique encore lointain. Pour la France, c’est une pierre de plus dans un mur qui se construit lentement — molécule après molécule, licence après licence.

Croisée du transept de la cathédrale d’Amiens, pierre claire et voûtes gothiques
Amiens, où Glyx Therapeutics ancre son développement après la licence du 13 octobre. © Diliff / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons