Mardi 13 octobre, à la 78e minute d’Arsenal-Lille, tout l’Emirates Stadium s’est levé pour un joueur adverse. Olivier Giroud, 40 ans, entrait en jeu sous le maillot du LOSC dans le stade où il a passé six saisons. Les supporters londoniens l’ont applaudi debout, puis ont entonné son ancienne chanson ; lui a porté la main au cœur, rapporte Mundo Deportivo. Lille a perdu 3-0, mais la soirée restera celle d’un record de longévité et d’un au revoir.

Treize minutes et un record

À 40 ans et 13 jours, Giroud est devenu le premier joueur français âgé de 40 ans ou plus à disputer un match de Ligue des champions, selon les statistiques d’Opta relayées par Tribuna. Toutes nationalités confondues, il n’est que le deuxième à franchir ce cap avec un club français, après le gardien italien Gianluigi Buffon au PSG lors de la saison 2018-2019, précise So Foot.

Davide Ancelotti, l’entraîneur lillois, l’a lancé à la place du Japonais Ayase Ueda alors que les Gunners venaient de marquer trois fois en sept minutes, par Jurrien Timber, Eberechi Eze et Bukayo Saka, d’après la feuille de match publiée par Tribuna. Sportivement, il n’y avait plus rien à sauver. Humainement, tout restait à vivre.

Olivier Giroud, maillot rouge et blanc d’Arsenal, pointe du doigt son coéquipier Santi Cazorla qui court vers lui, tribunes pleines derrière
Giroud et Santi Cazorla célèbrent un but à l’Emirates en février 2015. En six saisons à Londres, l’attaquant a marqué 105 buts pour Arsenal. © Ronnie Macdonald / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

« Ils n’oublient pas »

Après le coup de sifflet final, Giroud a fait le tour du stade pour remercier les deux camps. Mikel Arteta, son ancien coéquipier devenu manager d’Arsenal, l’a pris dans ses bras sur la pelouse puis l’a invité dans le vestiaire des Gunners. « J’ai fait un tour de stade après la rencontre, c’était fort en émotion. J’aurais préféré un autre score, mais je suis content de mes retrouvailles avec mon ancien club », a-t-il confié, cité par Le Figaro.

Au micro de Canal+, il a ajouté : « C’était génial, une sensation incroyable. Il y a des sentiments particuliers après toutes ces années ici. Ils n’oublient pas. C’est ce qui est beau chez les Anglais », rapporte le Daily Cannon, qui traduit ses propos. Le site décrit un joueur « visiblement ému », la gorge nouée au moment d’entrer.

Le Figaro a classé cette séquence parmi les « tops » de la soirée : « une ovation à la hauteur de sa carrière », pour l’ancien meilleur buteur de l’équipe de France, « visiblement très touché », selon son analyse du match.

Olivier Giroud et Mesut Özil côte à côte sur la pelouse de l’Emirates, juste avant le coup d’envoi
Avec Mesut Özil avant un match contre Southampton, en novembre 2013. Giroud a remporté trois Coupes d’Angleterre avec Arsenal, en 2014, 2015 et 2017. © Ronnie McDonald / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Six ans à Londres, 105 buts

Arrivé de Montpellier en 2012, juste après un titre de champion de France, Giroud a disputé 253 matchs avec Arsenal pour 105 buts et 38 passes décisives, selon le Daily Cannon. Aucun autre club ne l’a fait autant jouer ni autant marquer. Il y a gagné trois FA Cups, dont celle de 2014 qui mettait fin à neuf ans sans trophée pour les Gunners, rappelle Mundo Deportivo.

Son départ, en janvier 2018, n’avait rien d’une fâcherie. Moins titulaire dans les derniers mois d’Arsène Wenger, il avait rejoint Chelsea pour garder sa place dans la liste de Didier Deschamps avant le Mondial russe. Le pari a payé : six mois plus tard, il était champion du monde. À Chelsea, il ajoutera la Ligue Europa 2019 et la Ligue des champions 2021, puis un titre de champion d’Italie avec l’AC Milan, avant un passage au Los Angeles FC, détaille franceinfo.

Olivier Giroud, barbe et doudoune de l’équipe de France, regard concentré sur le banc des remplaçants
Sur le banc des Bleus en Bulgarie, en octobre 2017, neuf mois avant le titre mondial. Giroud a porté 137 fois le maillot de l’équipe de France. © Biser Todorov / CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

137 sélections, 57 buts

En Bleu, Giroud a joué 137 matchs et marqué 57 buts entre 2011 et 2024. Ce total a fait de lui le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France jusqu’au doublé de Kylian Mbappé contre le Sénégal, au Mondial 2026, rappelle franceinfo. Finaliste de l’Euro 2016 et du Mondial 2022, il a été l’avant-centre du sacre de 2018, où son travail sans ballon a servi Griezmann et Mbappé.

La coïncidence est jolie. Le lendemain, mercredi à Rome, son ancien coéquipier chez les Bleus devenait le plus jeune joueur à atteindre 100 matchs de Ligue des champions. Le plus précoce et le plus durable des attaquants français se répondent à vingt-quatre heures d’intervalle.

Olivier Giroud en maillot rouge et noir de l’AC Milan, debout sur la pelouse ensoleillée de San Siro
Sous le maillot de l’AC Milan, en février 2022. Quelques mois plus tard, il est champion d’Italie. © Saggittarius A / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Une dernière saison à savourer

Giroud l’a annoncé le 29 septembre, à la veille de ses 40 ans : « Comme joueur, je pense que c’est très probablement ma dernière saison. C’est pour ça que je profite de chaque instant », a-t-il confié à L’Équipe, cité par franceinfo. Il y disait recevoir « des accueils extraordinaires dans tous les stades » et vouloir que ses enfants « apprennent un peu [son] histoire ».

Le corps suit, avec des limites qu’il ne cache pas : « Ça couine un peu, mais tu as la possibilité de mettre un peu d’huile dans les rouages. » Auteur de 11 buts lors de sa première saison à Lille, il n’en comptait qu’un cette saison fin septembre. Les Dogues, battus nettement à Londres, mesurent encore l’écart avec les grosses écuries européennes, et Giroud n’y joue plus qu’un rôle de remplaçant de luxe.

Foule massée sur les Champs-Élysées, smartphones levés et drapeaux tricolores, devant le bus des Bleus champions du monde
Le 16 juillet 2018, les champions du monde descendent les Champs-Élysées. Giroud se trouve à gauche du bus. © Thomon / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le respect, plus fort que le score

Il reste à Giroud une saison de Ligue 1 et de Ligue des champions pour ajouter quelques lignes à un palmarès qui, selon ses mots, « a dépassé tous [ses] rêves de gosse ». À Londres, mardi soir, un stade entier lui a rappelé qu’on se souvient d’abord d’un joueur pour ce qu’il a donné. Treize minutes ont suffi.