Mistral AI a levé 3 milliards d’euros le 8 septembre 2026. L’entreprise d’Arthur Mensch est désormais valorisée plus de 21 milliards d’euros. C’est, selon la société, la plus grosse levée en fonds propres jamais réalisée par une entreprise technologique européenne non cotée.

Une série D de 3 milliards

L’opération est une série D. Elle est menée par Samsung Electronics, déjà présent au capital via Samsung Ventures, avec le Scaleup Europe Fund, lancé par la Commission européenne et géré par EQT, et PSG Equity, investisseur historique. ASML, entré au capital en 2025, et Nvidia remettent au pot (Maddyness).

La valorisation passe de 11,7 à 21,3 milliards d’euros, soit presque un doublement en un an (Time France). Depuis sa création en 2023, Mistral avait levé 2,7 milliards d’euros en fonds propres, complétés par 830 millions de dollars de dette annoncés en mars.

Arthur Mensch reçu par Keir Starmer à Downing Street
Arthur Mensch reçu par le Premier ministre britannique Keir Starmer, en janvier 2025. © Number 10 / OGL 3, via Wikimedia Commons

Les trois fondateurs, Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix, « contrôlent toujours l’entreprise », a précisé à l’AFP son directeur financier, Johan Bergqvist. « Cette levée nous donne les moyens d’aller plus vite dans la recherche, les produits et l’infrastructure », a commenté Arthur Mensch dans le communiqué.

Des puces et des data centers en France

L’argent doit financer des puces, des centres de données et des équipes commerciales. Mistral a annoncé un programme de 4 milliards d’euros d’investissement dans ses data centers en France et en Europe. L’objectif affiché est de 200 mégawatts de capacité de calcul d’ici 2027, puis un gigawatt d’ici 2030 (Time France).

Pour la France, c’est un acteur de l’IA générative qui reste contrôlé par ses fondateurs, basé à Paris, et qui construit sa propre infrastructure au lieu de la louer à des groupes américains. Mistral se présente auprès des gouvernements et des entreprises européennes comme une alternative souveraine aux laboratoires américains (Frontier Minds).

Arthur Mensch et Narendra Modi
Arthur Mensch avec le Premier ministre indien Narendra Modi, en 2026. L’Inde fait partie des marchés visés. © Prime Minister’s Office (Inde) / GODL-India, via Wikimedia Commons

La présence de Samsung, premier fabricant mondial de puces mémoire, d’ASML et de Nvidia au capital donne aussi à Mistral un accès direct aux fournisseurs clés du secteur. L’École polytechnique y voit un exemple de « la capacité de la formation scientifique française à faire émerger des entreprises technologiques capables de se positionner au plus haut niveau international » (École polytechnique).

De Polytechnique à Mistral

Arthur Mensch est né le 17 juillet 1992 à Sèvres. Après une classe préparatoire au lycée Hoche, il intègre l’École polytechnique (X2011), puis Télécom Paris, et suit le master MVA de l’ENS Paris-Saclay (Ambition France).

Il fait sa thèse à l’Inria sur l’optimisation stochastique appliquée à l’imagerie cérébrale, puis un postdoctorat à l’ENS. Fin 2020, il rejoint DeepMind à Paris. Il cosigne trois travaux importants du laboratoire, dont Chinchilla (2022), qui montrait que la plupart des grands modèles étaient sous-entraînés (Frontier Minds).

Arthur Mensch sur scène
Arthur Mensch sur scène au salon Slush, à Helsinki. © Slush / CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Au printemps 2023, il quitte DeepMind et fonde Mistral AI avec Guillaume Lample et Timothée Lacroix, alors chercheurs chez Meta à Paris. Quatre semaines après sa création, la société lève 105 millions d’euros. En septembre 2023, elle publie Mistral 7B sous licence ouverte Apache 2.0. Mensch siège aussi, dès 2023, au comité d’experts sur l’IA générative créé par Élisabeth Borne.

Un milliard de revenus visé

Mistral vise un milliard d’euros de revenus annualisés d’ici la fin 2026, selon son directeur financier cité par l’AFP. Les fonds doivent aussi accélérer l’expansion en Inde, aux États-Unis, en Asie et au Moyen-Orient (Maddyness).

Les limites sont connues. La course à l’IA est de plus en plus coûteuse, et les concurrents américains lèvent des montants bien supérieurs. Time France note que la stratégie de Mistral, entre recherche et déploiement commercial, « suscite des interrogations ». Construire un gigawatt de capacité d’ici 2030 suppose aussi de l’électricité, des terrains et des puces disponibles à temps.

La halle Freyssinet, qui abrite Station F
Station F, à Paris, campus de start-up de l’écosystème où Mistral a grandi. © Teolemon / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Trois ans, 21 milliards

En trois ans, Arthur Mensch a fait d’une start-up à trois fondateurs une entreprise valorisée plus de 21 milliards d’euros, qui construit ses propres centres de calcul en France. La levée du 8 septembre lui donne les moyens de rester dans la course mondiale, depuis Paris.