La France se classe cinquième mondiale pour la maturité de son écosystème d’électromobilité, selon la troisième édition du Global Electric Mobility Readiness Index (Gemrix 2026) d’Arthur D. Little. Avec 88 points sur 31 pays passés au crible, elle passe devant l’Allemagne et le Royaume-Uni (87 points chacun), à quelques jours de l’ouverture au public du Mondial de l’Auto à Paris (Journal Auto, AFP / Arthur D. Little).

Cinquième, derrière quatre leaders

Le cabinet britannique évalue chaque marché sur cinq axes : volumes de ventes de voitures électriques et hybrides rechargeables, environnement économique, infrastructures de recharge, cadre réglementaire et coût total de détention. Un score de 100 marque la parité structurelle entre véhicule électrique et thermique. Seuls la Chine (106) et la Norvège (103) le dépassent ; Singapour (96) et les Pays-Bas (90) complètent le peloton de tête. La France ouvre le groupe des « suiveurs ambitieux », devant l’Autriche (83), la Suède (81) et la Belgique (80) (ie24).

En Europe continentale, seuls la Norvège et les Pays-Bas restent devant. Les États-Unis (25e) et le Japon (23e) restent loin derrière, malgré la taille de leur industrie automobile.

Borne de recharge pour véhicule électrique à Lyon
La France comptait environ 176 000 bornes publiques au moment de l’enquête Gemrix, début 2026. © Romainbehar / CC0, via Wikimedia Commons

Mix décarboné, R5 à 27 000 €, bornes en hausse

Arthur D. Little met en avant quatre atouts français : un mix électrique très décarboné (nucléaire et renouvelables), une offre nationale abordable sur les segments A, B et C, un cadre fiscal et réglementaire incitatif, et un maillage de bornes en forte progression — environ 176 000 points de recharge publics au moment de l’enquête, début 2026.

Sur le terrain commercial, le rapport souligne une singularité européenne. Dans 10 des 13 marchés européens étudiés, le modèle électrique le plus vendu dépasse 34 000 €, souvent une Tesla Model Y. En France, la Renault 5 E-Tech reste le best-seller, autour de 27 000 € en moyenne : aucun autre grand marché n’a un véhicule du segment B comme référence commerciale (Journal Auto). La Citroën ë-C3 entre dans la même logique d’accessibilité sur les segments B et C.

Citroën ë-C3 électrique blanche de trois quarts avant
Avec la Renault 5 E-Tech, la Citroën ë-C3 illustre l’offre française sur les segments accessibles B et C. © Y.Leclercq / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce que ça change pour la filière

Après un coup de frein européen en 2024 lié aux coupes de subventions, les immatriculations électrifiées ont repris en 2025. La France franchit la barre des 26 % (20 % de 100 % électriques, 7 % d’hybrides rechargeables), derrière le Royaume-Uni (35 %) et l’Allemagne (30 %), selon les chiffres repris par ie24. Le score Gemrix ne mesure pas seulement les ventes : il note aussi la capacité à faire tenir l’écosystème — énergie, recharge, TCO, régulation.

Dominique Trancart, associé automobile chez Arthur D. Little, parle d’une « véritable convergence de facteurs positifs » et d’une accélération des ventes. Amaury Klossa, spécialiste infrastructures énergétiques du même cabinet, juge que « les bons leviers ont été actionnés ». Hormis la Chine, aucun des quatre pays mieux notés que la France n’héberge de grands constructeurs automobiles domestiques : l’indice place donc un pays producteur au seuil de l’élite, alors que le Mondial de l’Auto réunit la filière à la Porte de Versailles du 12 au 18 octobre.

Paris Expo Porte de Versailles, site du Mondial de l’Auto
Le Mondial de l’Auto 2026 se tient à Paris Expo Porte de Versailles du 12 au 18 octobre. © Dominique Péré / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Bornes en copropriété, tarifs, connexion réseau

Pour passer la barre des 90 points et rejoindre le cercle des leaders, le rapport pointe encore des freins concrets : densifier les bornes là où les usagers n’ont pas de garage privé, notamment les parkings de copropriété en extérieur ; améliorer la transparence tarifaire ; réduire les délais de connexion au réseau. La France reste aussi très dépendante de la charge lente : environ 80 % de bornes en courant alternatif contre 20 % en courant continu, loin du profil chinois (55 % de DC) ou même norvégien (ie24).

Le classement est une photographie d’écosystème, pas un bilan de parts de marché mondiales des constructeurs français. La concurrence chinoise sur les prix et les cycles de développement reste le contexte de fond, déjà intégré dans les stratégies industrielles selon les analystes d’ADL.

Renault 5 E-Tech électrique vue de trois quarts arrière
Best-seller électrique en France, la R5 E-Tech se situe autour de 27 000 €, contre plus de 34 000 € pour le leader dans la plupart des marchés européens. © Matti Blume / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Citroën ë-C3 électrique vue de profil
L’accessibilité des segments B et C pèse dans le score français, au-delà des seuls volumes de ventes. © Alexander Migl / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le signal utile est mesurable : un indice international place la France juste sous le seuil des leaders, devant ses deux grands voisins industriels européens, avec une offre abordable et un mix électrique qui compte dans le TCO. Reste à densifier la recharge là où elle manque, et à tenir le rythme pendant que le Mondial expose la suite du catalogue.