Le capital-investissement français a tenu bon au premier semestre 2026. Selon l’étude France Invest–Grant Thornton publiée le 13 octobre, 14,4 milliards d’euros ont été investis dans 1 377 entreprises et projets d’infrastructure, 16,8 milliards ont été collectés, et les cessions ont progressé de 24 % à 6,1 milliards pour 630 opérations (France Invest, communiqué PDF).
Moins de géants, autant de dossiers solides
Les montants investis reculent de 8 % par rapport au premier semestre 2025. France Invest impute surtout ce repli à la baisse des très gros tickets d’infrastructure. Hors infrastructure, les fonds ont déployé 10,6 milliards d’euros dans 1 264 entreprises : un volume stable en valeur (+2 %), pour un nombre d’entreprises en retrait de 11 %. Moins de dossiers, tickets un peu plus concentrés.
Le venture tranche avec le reste du marché : +40 % en montants, à 1,715 milliard d’euros, porté par deux opérations majeures dans l’intelligence artificielle. Le capital-transmission reste le premier segment (6,579 milliards). Les biens et services industriels arrivent en tête des secteurs (2,611 milliards), devant la santé (2,081 milliards, en nette hausse) et le numérique (J’aime les startups).

Quarante-six pour cent de capitaux étrangers
Avec 16,8 milliards d’euros collectés (−7 %), la collecte reste soutenue. Le recul s’explique surtout par l’effondrement des fonds de continuation (0,7 milliard contre 3,3 milliards un an plus tôt) et l’absence de « méga-levée ». Hors infrastructure, 46 % des capitaux viennent d’investisseurs étrangers — 47 % hors infra, jusqu’à 82 % pour les fonds d’infrastructure.
Les assureurs et mutuelles rebondissent de 73 % dans le périmètre hors infrastructure. Les fonds d’infrastructure progressent à 6,6 milliards de collectes, portés par deux opérations d’envergure. France Invest y voit le signe que la place française reste lisible pour les allocataires internationaux, malgré un environnement politique et géopolitique dégradé.

Les sorties reprennent, l’horizon reste long
Les cessions progressent en volume et en valeur, avec un regain des sorties totales de portefeuille et le retour des acheteurs industriels. Le rythme reste « en deçà du potentiel » du marché, selon France Invest, mais la dynamique est positive. Nouveauté de l’édition : la durée moyenne de détention des entreprises cédées s’établit à sept ans — un rappel que le métier reste un financement de long terme, pas un aller-retour spéculatif.
Pour les dirigeants, le message est double : le capital est toujours là, mais plus sélectif. Les petits tickets (moins de 5 millions) diminuent ; les tickets de 15 à 50 millions progressent. Les introductions en Bourse restent marginales. 382 membres de France Invest ont été interrogés, 354 ont répondu (taux de couverture de 93 %).

Renouvelables en tête de l’infrastructure
Côté infrastructure, 3,8 milliards d’euros ont été engagés dans 113 projets (−28 % vs S1 2025), faute de tickets au-delà de 100 millions. Les énergies renouvelables restent le premier poste : 2,1 milliards dans 70 projets (56 % des montants, 62 % des projets), devant les télécommunications. Pour la première fois dans les données présentées, les projets situés en France pèsent autant en nombre que ceux réalisés à l’étranger.
Ce résultat à mi-année « ne permet pas de tirer de conclusions sur la dynamique annuelle », prévient France Invest. Les besoins de transition énergétique, de réseaux et de data centers restent structurels ; quelques opérations de grande taille peuvent faire basculer un semestre.

Ce que ça change pour les entreprises
Hors infrastructure, 71 % des montants et 71 % des entreprises financées sont en France (7,537 milliards dans 903 sociétés). Plus de la moitié des entreprises françaises accompagnées ont leur siège hors Île-de-France, même si la région capitale concentre une part importante des montants. Industrie, santé et numérique absorbent l’essentiel des tickets.
Les risques restent visibles : dépendance de certains agrégats à quelques opérations d’IA, contraction du bas de marché, liquidité des sorties encore imparfaite, durée moyenne de levée d’un fonds encore longue (21,9 mois entre premier et closing final). Les fonds de continuation, qui avaient gonflé la collecte 2025, se sont repliés.

Le premier semestre 2026 ne raconte pas une euphorie. Il raconte une industrie qui continue d’allouer des dizaines de milliards dans un climat difficile, avec davantage de discipline et un venture porté par l’IA. Pour les entreprises capables d’aligner chiffres, gouvernance et horizon, les guichets restent ouverts.



