La Fashion Week de Paris consacrée au printemps-été 2027, achevée le 7 octobre, a généré 795,6 millions de dollars de valeur médiatique sur les réseaux sociaux, en hausse de 59 % sur un an. C’est la Fashion Week la plus visible jamais mesurée par la plateforme parisienne Lefty, qui publie ce bilan avec l’agence Karla Otto (Lefty, FashionNetwork). Sur l’ensemble du « mois de la mode », Paris représente 64 % du total, contre 25 % pour Milan, 9 % pour New York et 2 % pour Londres (Vogue).
Neuf jours, cent défilés, un record
La mesure couvre la semaine du 28 septembre au 7 octobre 2026 : neuf jours, plus de cent défilés et présentations. L’indicateur utilisé, l’earned media value (EMV), estime ce que vaudrait en publicité la visibilité obtenue gratuitement sur Instagram et Weibo. Selon Vogue, Lefty retient les publications des comptes de plus de 10 000 abonnés qui citent un défilé du calendrier officiel, et compte un dollar par « j’aime ».
Avec cette règle, toute la saison printemps-été 2027 atteint 1,24 milliard de dollars, en hausse de 64 % par rapport à l’automne-hiver 2026 (755 millions). Paris en capte 795,6 millions. Milan suit avec 311,4 millions, New York avec 107 millions et Londres avec 27,3 millions. Autrement dit, Paris fait plus de deux fois et demie Milan, et plus que les trois autres capitales réunies.

Dior triple sa mise
Le classement des maisons est très parisien. Dior arrive loin en tête avec 360 millions de dollars, presque trois fois plus qu’il y a un an (+297 %). Schiaparelli, la maison de la place Vendôme, entre pour la première fois dans le top 5 avec 63,5 millions (+343 %). Chanel suit avec 56,7 millions (+14 %), devant Miu Miu (46,1 millions, +82 %) et Louis Vuitton (37,5 millions, −7 %). Saint Laurent, autre maison française, complète le haut du tableau avec 36 millions (Lefty).
Hors classement officiel, « Le Défilé » de L’Oréal Paris a rassemblé 45,5 millions de dollars de valeur médiatique avec Kendall Jenner et l’actrice thaïlandaise Becky Armstrong. Ce score l’aurait placé devant Louis Vuitton, note FashionNetwork.

L’effet Bangkok
La surprise de la saison vient de Thaïlande. Les vedettes des séries thaïlandaises ont supplanté les idoles de la K-pop dans les classements. Parmi les cinquante profils les plus performants, ces acteurs pèsent 52 % de la valeur médiatique de la semaine, soit 412,2 millions de dollars. C’est plus que toute la Fashion Week parisienne de l’automne-hiver 2026, mesurée à 403,6 millions. Le duo Orm Kornnaphat et Lingling Kwong, ambassadrices de Dior, arrive en tête avec 112,3 et 88,8 millions de dollars.
La recette est connue : des fans très mobilisés, et beaucoup de publications. Selon Anna Ross, vice-présidente chargée des études chez Karla Otto, ces acteurs publient de 20 à 30 posts autour de la Fashion Week (Vogue). Leur entourage compte aussi : le maquilleur connu sous le nom de Homeless Makeup se classe troisième avec 81,5 millions de dollars, un fait très rare pour un professionnel des coulisses.

La Chine regarde les maisons
Le chiffre le plus parlant pour l’export vient de Weibo, le grand réseau social chinois. La Fashion Week de Paris y a généré 328,6 millions de dollars de valeur médiatique, trois fois plus que Milan, avec plus de 128 millions d’interactions sur ses sujets les plus suivis. À New York et à Londres, ce sont les célébrités qui alimentent les conversations. À Paris, la plupart des dix sujets les plus suivis portaient directement sur des maisons et des collections (FashionNetwork). Dior domine encore avec 98,9 millions, devant Chanel (34,2 millions) et Celine (28,7 millions).
Pour la France, l’enjeu dépasse les likes. La mode pèse lourd dans l’économie : 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct, 67 milliards de valeur ajoutée, soit 2,7 % du PIB, et un million d’emplois directs et indirects, selon l’étude de référence de l’Institut français de la mode. Cette étude date de 2016 et n’a pas été actualisée avec la même méthode. Selon les mêmes travaux, les semaines de la mode parisiennes génèrent chaque année un peu plus de 10 milliards d’euros de transactions commerciales et environ 1,2 milliard d’euros de retombées pour la capitale, en hôtellerie, restauration et transports (Journal du Luxe).

Paris comme décor
La ville elle-même fait partie du spectacle. Valentino, maison italienne qui défile à Paris, a installé son show « Antibiblioteca » dans la bibliothèque Sainte-Geneviève, en demandant à chaque invité d’apporter un livre. La jeune marque Matières Fécales, installée à Paris, a défilé place de la République avec 99 mannequins. Grâce à la venue surprise de Rihanna, sa valeur médiatique a bondi de 795 % (Lefty). D’autres ont choisi la discrétion : Hermès et The Row ont limité les téléphones et les publications, et gardé des premiers rangs restreints.
Derrière la mesure, on trouve aussi une réussite française. Lefty a été fondée à Paris en avril 2015 par Thomas Repelski, Roman Berenstein et Christian Rivasseau. Elle a été rachetée en 2021 par The Independents, le groupe de Karla Otto, et ses trois cofondateurs sont devenus associés du groupe (FashionNetwork).

Des likes ne sont pas des ventes
Il faut lire ces chiffres avec prudence. L’EMV est une estimation publicitaire, calculée à un dollar par « j’aime », et non un chiffre d’affaires. Plusieurs instituts la mesurent, avec des méthodes et des résultats différents. Le record repose aussi en partie sur quelques fandoms très actifs, dont le volume de publications peut varier d’une saison à l’autre.
Surtout, la visibilité ne garantit pas les ventes. Le même mois, LVMH a annoncé un recul organique de 5 % de sa division mode et maroquinerie au troisième trimestre, en citant un contexte moins porteur en Chine (LVMH). Le groupe progresse toutefois de 1 % au total sur le trimestre, porté par les États-Unis, l’Europe et le Japon.
La vitrine reste à Paris
Ces chiffres montrent quand même une chose : quand le monde regarde la mode, c’est d’abord Paris qu’il regarde. Les maisons françaises y gagnent une vitrine que personne d’autre n’offre à cette échelle.



