Exail Technologies a réalisé 121 millions d’euros de chiffre d’affaires au troisième trimestre 2026, en hausse organique de 21 %. Sur neuf mois, le groupe français de drones maritimes et de navigation atteint 396 millions d’euros (+25 %), avec un carnet de commandes d’un milliard d’euros fin septembre, selon son communiqué du 14 octobre. Le moteur est clair : la montée en cadence des programmes de robotique maritime, en particulier la lutte contre les mines.
Le segment drones à +24 %
Le cœur du groupe, la division Navigation & Robotique maritime, pèse 99 millions d’euros sur le trimestre, soit 24 % de plus qu’un an plus tôt. Sur neuf mois, elle atteint 326 millions d’euros, en hausse de 30 %. Exail explique que les capacités industrielles installées ces derniers trimestres lui permettent désormais d’absorber la hausse des volumes, « notamment sur les produits de série ».
Les prises de commandes du trimestre atteignent 97 millions d’euros, en progression de 15 %. L’essentiel vient des centrales de navigation inertielle, ces instruments qui permettent à un navire, un sous-marin ou un missile de savoir où il est sans GPS. Dans les systèmes maritimes, ce sont des marines déjà clientes qui reviennent pour compléter leurs dotations. La photonique, plus discrète, signe une hausse de 68 % de ses commandes à périmètre comparable, tirée par les fibres optiques spéciales, les lasers et les instruments quantiques.

Déminer sans envoyer d’hommes
La lutte contre les mines est l’une des missions navales les plus dangereuses. Pendant des décennies, des équipages ont dû entrer dans les champs de mines à bord de chasseurs à coque amagnétique. Le modèle change : un navire-mère reste à distance et déploie des drones de surface, des drones sous-marins et des robots téléopérés qui détectent, identifient puis détruisent les engins.
C’est exactement ce qu’Exail fournit au programme belgo-néerlandais rMCM : douze bâtiments de guerre des mines, chacun équipé de deux systèmes complets, pour un contrat d’environ un demi-milliard d’euros côté Exail. Le premier navire, l’Oostende, a été livré à la marine belge en novembre 2025, les onze autres doivent suivre d’ici 2030, a détaillé Mer et Marine après une visite de l’usine d’Ostende. Chaque navire embarque deux drones de surface Inspector 125, des drones sous-marins A18, des sonars remorqués et une cinquantaine de robots SeaScan et K-Ster.

Plus d’un millier de drones à livrer
L’échelle a changé en quelques années. « En moins d’une décennie, notre carnet de commandes est passé de quelques dizaines de drones de tous types à plus d’un millier aujourd’hui », expliquait en janvier Thomas Buret, co-directeur général, à Mer et Marine, en évoquant 1 200 à 1 400 drones à livrer en quatre ou cinq ans. L’objectif affiché pour Ostende : sortir deux drones K-Ster ou SeaScan par jour.
Exail revendique 90 % des compétitions internationales réellement ouvertes remportées depuis 2017, et des systèmes de guerre des mines utilisés par 10 à 20 marines. Le groupe a signé au premier trimestre 2025 un contrat d’environ 400 millions d’euros avec une marine étrangère non nommée, pour des drones de surface, sous-marins et aériens. Il dit aujourd’hui avoir « plusieurs appels d’offres importants en cours » dans la lutte contre les mines, et des opportunités significatives aux États-Unis et en Asie.

ECA et iXblue, une fusion qui a pris
Exail est né en 2022 de la fusion d’ECA Group, pionnier des robots sous-marins depuis les années 1970, et d’iXblue, spécialiste des gyroscopes à fibre optique et des drones de surface DriX. Le groupe, présidé par Raphaël Gorgé, compte plus de 2 500 salariés et réalise environ 75 % de ses revenus à l’export, selon Mer et Marine.
La production est répartie entre trois usines de drones. La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône, fabrique les DriX et les coques des Inspector 125. La Garde, près de Toulon, produit des équipements sur mesure. Ostende, en Belgique, assemble les drones militaires de série. Des projets d’extension existent à Ostende et sont à l’étude à La Ciotat.

Pourquoi c’est une affaire française
La guerre en Ukraine et les menaces sur les câbles sous-marins ont remis la mer au centre des préoccupations. Les drones marins servent à déminer, mais aussi à surveiller les câbles, les pipelines et les parcs éoliens en mer. Exail estime ce marché en croissance de 20 à 30 % par an. Avoir un leader mondial de ce créneau sur le sol français, avec sa propre technologie de navigation sans GPS, c’est une brique de souveraineté rare, et des emplois industriels qualifiés à La Ciotat ou à La Garde.
L’intérêt est reconnu : Thales a signé en juillet un accord de rapprochement pour racheter les 35,5 % de la famille Gorgé à 134 euros par action, avant une offre publique sur le reste du capital. La première étape est attendue au troisième trimestre 2027, sous réserve des autorisations.

Ce qui reste à prouver
Le carnet de commandes recule de 7 % sur un an, parce que 2025 avait été gonflé par le contrat de 400 millions d’euros. Sur neuf mois, les prises de commandes sont en baisse de 53 %. Dans ce métier, les grands contrats tombent par à-coups : la croissance de demain dépend des appels d’offres en cours. La France elle-même a choisi Thales comme maître d’œuvre de son programme national de guerre des mines, Exail n’y fournissant que le drone sous-marin A27. Enfin, le rachat par Thales doit encore passer les autorités de concurrence.
Une industrie de série
Le chiffre qui compte est peut-être le plus simple : Exail ne fabrique plus des prototypes, mais des drones en série. Le groupe confirme une croissance à deux chiffres en 2026 et un EBITDA courant qui progresse plus vite que le chiffre d’affaires. La guerre des mines devient une affaire de robots, et l’un des fournisseurs de référence est français.



