Un défaut invisible à l’œil nu peut condamner un câble électrique géant. Pour le débusquer sur le chantier, la PME girondine Epsilon Composite a mis au point CORECHECK, un test portable qui dit en quelques minutes si l’âme d’un câble haute performance est intacte. Avec son partenaire Nexans, elle en a annoncé le 9 juillet la première validation mondiale en conditions réelles, sur une ligne à 380 000 volts du gestionnaire de réseau néerlandais TenneT, selon le communiqué de Nexans. Un outil qui tombe à pic, au moment où l’Europe cherche à faire passer plus d’électricité dans ses lignes existantes.

Le câble qui double la capacité

Les gestionnaires de réseau disposent depuis plusieurs années de conducteurs dits HTLS, pour « haute température, faible flèche ». À la place de l’âme en acier des câbles classiques, ils utilisent une âme en matériaux composites, plus légère et plus résistante. Le HVCRC, co-développé par Nexans et Epsilon Composite, peut transporter jusqu’à deux fois plus de courant sans nouveaux pylônes, rappelle Aquitaine Online. TenneT l’a retenu dans sa stratégie à l’horizon 2045 pour moderniser ses lignes aériennes.

Un double pylône électrique en treillis métallique vu du sol, sous un ciel bleu
Un double pylône de la ligne 380 kV Geertruidenberg–Eindhoven, à Tilburg, aux Pays-Bas. C’est près de Tilburg que CORECHECK a été déployé pour TenneT. © Luc.T / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Le revers de cette technologie : une âme composite parfaite à la sortie de l’usine peut se fissurer ou se délaminer pendant le transport, la manutention ou la pose, sans que rien ne se voie de l’extérieur. « Jusqu’ici, il n’existait aucune méthode de terrain pratique et fiable » pour vérifier qu’elle était restée intacte, souligne Nexans. C’est ce verrou que lève CORECHECK.

Cinq minutes par conducteur

Le principe repose sur un test de rigidité diélectrique. La couche extérieure de l’âme, en fibre de verre, est naturellement isolante ; si elle est fissurée ou délaminée, cette propriété se dégrade, et l’appareil le détecte. Selon Aquitaine Online, l’opération se déroule en quatre temps : écarter les brins d’aluminium pour accéder à l’âme, poser les électrodes, lancer le test depuis le logiciel du kit portable, puis enregistrer un résultat binaire, intègre ou défectueux.

Deux monteurs en casque bleu et harnais rouge travaillent côte à côte en haut d’un poteau électrique
Des monteurs au travail sur une ligne (photo d’illustration). CORECHECK se manie par un seul technicien, après une courte formation. © FranHogan / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un seul technicien suffit, après une formation minimale. Nexans annonce environ cinq minutes par conducteur. Sur le chantier, Negar Iswini, ingénieure lignes aériennes chez TenneT, a mesuré un peu plus : « La procédure CORECHECK prend environ cinq à dix minutes par conducteur, donc autour de quinze minutes pour chaque phase. Nous sommes restés dans les temps, car le test s’intègre facilement au processus d’installation. » Chaque mesure est archivée avec l’identité de l’opérateur et le lot du conducteur, ce qui donne au client un dossier qualité complet.

Vent, brouillard et gel aux Pays-Bas

Sur le projet de TenneT, l’intégrité du câble a été contrôlée à chaque étape : après la fabrication de l’âme par Epsilon Composite, après le câblage par Nexans, à la livraison sur le site et après la pose par l’entreprise de travaux. Les tests ont été menés par vent fort, brouillard dense, forte pluie et températures négatives, à proximité de circuits restés sous tension. D’après l’étude de cas d’Epsilon, le chantier, mené en 2025 à Tilburg, consistait à raccorder un nouveau poste électrique par une ligne 380 kV neuve équipée de conducteurs HVCRC, dans le cadre d’un accord-cadre avec TenneT. Les tests ont été faits par l’équipe de pose, directement à hauteur des câbles.

Gros plan sur des câbles torsadés d’une ligne haute tension, avec un petit boîtier de capteur fixé sur l’un d’eux
Un capteur fixé sur les câbles de la ligne 380 kV Geertruidenberg–Eindhoven, dans le Brabant-Septentrional : les gestionnaires de réseau multiplient les outils pour tirer davantage de leurs lignes. © Alex P. Kok / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

« Les gestionnaires de réseau cherchent à augmenter rapidement la capacité tout en conservant le plus haut niveau de fiabilité », explique Stéphane Morice, directeur commercial lignes aériennes de Nexans. En intégrant CORECHECK à son offre HVCRC, le groupe veut donner aux clients « une manière pratique de vérifier l’intégrité du conducteur tout au long de l’installation ».

Une PME du Médoc au cœur du réseau européen

Derrière l’outil, il y a une entreprise industrielle de Gaillan-en-Médoc, en Gironde. Epsilon Composite conçoit l’âme composite du câble et a développé le système de contrôle. « Ce premier déploiement réussi sur le réseau de TenneT marque une étape clé pour nos deux entreprises », se félicite Alexandre Lull, son directeur général, dans le communiqué de Nexans.

Le marché potentiel est vaste. Les réseaux européens sont sous la pression des énergies renouvelables, de l’électrification des usages et de la hausse de la demande. Le reconductoring, qui consiste à remplacer les câbles d’une ligne existante en gardant les pylônes, permettrait d’économiser jusqu’à 70 % par rapport à une nouvelle infrastructure, selon le chiffre de Nexans repris par Aquitaine Online. Le même média évoque quelque 2 700 kilomètres de conducteurs HTLS déjà installés par Nexans en Europe.

Vue en contre-plongée depuis le pied d’un pylône haute tension, dont les deux montants en treillis se rejoignent dans le ciel
Sous un pylône de la ligne 380 kV Eindhoven–Geertruidenberg. Garder les pylônes et changer les câbles coûte bien moins cher qu’une nouvelle ligne. © Alex P. Kok / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Détecter, pas encore localiser

L’outil a une limite, que les industriels ne cachent pas. CORECHECK signale qu’un défaut existe, mais ne dit pas précisément où il se trouve sur plusieurs kilomètres de ligne. Epsilon travaille sur une technologie complémentaire de localisation des ruptures, indique Aquitaine Online. Le test reste aussi un contrôle ponctuel, aux étapes clés du chantier, et non une surveillance continue pendant toute la vie du câble. Enfin, la validation porte sur un premier projet : un article technique détaillant les résultats doit être présenté au CIGRE Paris 2026, le grand rendez-vous international des réseaux électriques, après une première présentation du principe en 2024.

Une décennie de transition énergétique se jouera sur des lignes déjà debout. En donnant aux gestionnaires de réseau le moyen de prouver, en un quart d’heure et sur le terrain, que leurs nouveaux câbles sont sains, une PME du Médoc vient de rendre cette stratégie plus sûre.