Une usine de fromage qui n’ouvre plus le robinet d’eau potable pour ses process : c’est l’objectif du projet « Close the Loop », conçu par l’ingénierie EKIUM pour le site Bel de Boué, dans l’Aisne. Le 1er octobre 2026, Syntec-Ingénierie lui a attribué le Grand Prix National de l’Ingénierie, annonce l’Académie des technologies. Première usine agroalimentaire française à recycler intégralement ses eaux usées traitées pour un usage industriel, y compris en contact alimentaire direct, selon le communiqué repris par EKIUM.
Huit cents à mille deux cents mètres cubes par jour
Le site de Boué prélève aujourd’hui environ 240 000 m³ d’eau potable par an. Sans correction, la hausse de production attendue — plus de 40 % entre 2024 et 2030 — pourrait pousser ce volume à 350 000 m³, détaille EKIUM. Le dispositif de réutilisation des eaux usées traitées (REUT) conçu avec ChemDoc traite 800 à 1 200 m³ par jour. L’eau produite atteint une qualité équivalente à l’eau potable et couvre les besoins industriels hors usages sanitaires. Objectif chiffré : −85 % d’eau potable, soit environ 250 000 m³ recyclés chaque année.

Un pilote industriel containerisé a tourné douze semaines sur des effluents réels avant l’investissement complet, précise le communiqué de Syntec-Ingénierie cité par BatiActu. La démarche s’appuie sur les décrets REUT de 2024 et l’arrêté de mars 2025 : Boué se présente comme la première usine française à appliquer opérationnellement ce cadre pour un contact alimentaire direct.
Pourquoi l’eau industrielle compte
L’agroalimentaire français est un gros consommateur d’eau. Sécheresses, restrictions et factures en hausse poussent les industriels à fermer la boucle plutôt qu’à forer encore. Recycler 250 000 m³ par an sur un seul site, c’est autant d’eau potable laissée au réseau public et autant de tension en moins sur les nappes en période sèche. La méthodologie EKIUM est conçue pour être reprise sur d’autres usines confrontées à la même contrainte, écrit l’entreprise.

Le prix met aussi en lumière un second lauréat : Artelia, pour l’adaptation climatique de 99 halles logistiques et commerciales METRO en France. Sur huit halles déjà auditées, les mesures proposées permettent jusqu’à 15 % d’économies d’énergie, selon le même communiqué Syntec. L’eau et le climat bâti partagent le même fil : adapter l’existant plutôt que reconstruire.
Bel, EKIUM, ChemDoc
Bel, groupe fromager français (La Vache qui rit, Babybel, Kiri), a confié l’ingénierie à EKIUM. Léna, ingénieur efficacité énergétique et décarbonation, et Tchicaya, responsable process, ont travaillé avec Thibaut Barthélemy, responsable environnement de la plateforme Squeeze France de Bel, présentés dans la vidéo du projet. ChemDoc a fourni le pilote containerisé. Le GPNI, organisé depuis 2006 avec les ministères de l’Économie et de la Transition écologique et l’Académie des technologies, couronne une ingénierie concrète, pas un concept de laboratoire.

Ce que le prix ne garantit pas
Le Grand Prix valide une conception et un pilote, pas encore le bilan annuel à pleine charge. Les 250 000 m³ et les 85 % sont des cibles de projet. Les usages sanitaires restent hors boucle : une part d’eau potable demeure. Le transfert à d’autres sites dépendra des effluents, des autorisations locales et du coût face au prix de l’eau. Enfin, recycler n’efface pas la nécessité de réduire la consommation à la source.

Une boucle à refaire ailleurs
Si Boué tient ses chiffres, la France disposera d’un cas d’école agroalimentaire pour la REUT en contact alimentaire. L’ingénierie française — 363 000 salariés, 31 500 entreprises selon Syntec — y gagne une vitrine exportable. Le signal du 1er octobre est simple : face à la raréfaction de l’eau, recycler les process n’est plus une option de niche, c’est un Grand Prix national.




