Le tribunal de commerce d’Orléans a validé mercredi 14 octobre la reprise de Duralex par Cédric Meston, via sa holding Tomé. L’annonce, confirmée à l’AFP et reprise par BFM Business, sauve 155 emplois sur environ 220 au site historique de La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret). Xavier Niel, via NJJ Capital, est associé au projet.
Cinq redressements, une marque encore là
Connue pour ses verres Picardie et Gigogne, réputés quasi-incassables, Duralex avait été placée en redressement judiciaire le 1er juin 2026 — la cinquième fois en une vingtaine d’années, moins de deux ans après sa reprise par les salariés en SCOP. Quatre mois de procédure plus tard, le tribunal a tranché entre deux offres françaises : Tomé et le groupe stéphanois Carlesimo, qui proposait 129 emplois pour un niveau financier équivalent, selon BFM. Un troisième candidat, le fonds hongkongais AA Investment, avait été écarté plus tôt, précise actu.fr.
« C’est gagné ! Nous sommes les nouveaux propriétaires de Duralex », a déclaré Meston à l’AFP. « C’est une vraie responsabilité, on fera tout pour être à la hauteur et que la société soit pérenne dans le temps. »

Seize millions, dont six publics
Le plan de financement atteint 16 millions d’euros, dont 6 millions de soutiens publics : prêts des collectivités et financements de l’État. Les 155 postes repris représentent plus de 70 % des emplois en CDI du site. Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a salué « une nouvelle page de l’histoire de cette entreprise emblématique de notre savoir-faire industriel », en soulignant le rôle de l’État, de la Région Centre-Val de Loire et d’Orléans Métropole. Il doit se rendre vendredi sur le site pour préciser le soutien et le suivi, et dit vouloir accompagner les salariés non repris.
François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire, a indiqué à l’AFP avoir soutenu « la meilleure offre industrielle et sociale ». Pour une verrerie typée Made in France, ancrée dans le Loiret depuis 1945, le maintien d’une majorité d’emplois et d’un outil industriel compte autant que le nom sur le verre.

Meston, Niel et une DG sortie de Saint-Gobain
Cédric Meston, 32 ans, cofondateur d’HappyVore (substituts végétaux) et repreneur de Tupperware France en 2025, porte l’opération via Tomé. Dans une interview à La Tribune, il évoque des synergies commerciales probables avec Tupperware et une gestion financière plus stricte que sous la SCOP, avec un bilan comptable partagé chaque mois avec les salariés. Silham El Kasmi devient directrice générale : 23 ans chez Saint-Gobain puis Saur, une expérience « verrerie industrielle » que Meston met en avant pour justifier le choix du tribunal.
Xavier Niel entre au capital via NJJ Capital. Son apport n’est pas détaillé en montant public, mais il ancre le dossier côté investisseurs privés aux côtés des 6 millions d’argent public.

Un four au gaz à brancher sur le réseau
La consommation d’énergie représente près de 20 % du chiffre d’affaires. Tomé prévoit de convertir le four, aujourd’hui au gaz, vers une technologie 100 % électrique à l’horizon 2029, ce qui doit supprimer l’essentiel des émissions de CO₂ du site. Meston annonce aussi un redimensionnement de la production au niveau des ventes et un repositionnement vers de nouvelles gammes « pour mieux répondre aux nouvelles attentes des consommateurs ».
Le chantier est clair : moins de volume mal vendu, plus de mix produit, et une facture énergie qui ne plombe plus le compte d’exploitation. Sur un marché du verre de table concurrentiel, l’électrification du four est à la fois un pari climatique et un pari de coût — à condition que le prix de l’électricité et le calendrier tiennent.

Ce qui peut encore casser
Duralex a déjà connu cinq redressements. Sauver 155 emplois en laisse environ 65 dehors ; le ministre promet un accompagnement, pas un miracle. Le plan à 16 millions reste modeste face à l’histoire industrielle du site, et la conversion électrique du four n’est qu’à l’horizon 2029. Les synergies Tupperware restent une intention. Sur le papier, Carlesimo proposait moins d’emplois pour un chèque comparable : le tribunal a privilégié le volet social et industriel de Tomé, pas une garantie de succès commercial.
Une verrerie qui reste debout
La SCOP avait prolongé l’outil ; Tomé, Niel et l’État misent maintenant sur un redressement privé avec filet public. Tant que La Chapelle-Saint-Mesmin souffle du verre Picardie, Duralex reste une usine française, pas seulement une étiquette de rayon. Le test, ce sera le carnet de commandes et la facture énergie d’ici 2029.




