La Direction générale de l’armement vient de notifier un nouveau lot de munitions téléopérées MX-10 Damocles à Delair et KNDS. Pour tenir le rythme — livraisons « en moins d’un an », premières commandes à l’export — les deux industriels s’appuient sur l’équipementier automobile allemand Schaeffler : dès novembre, une usine française doit passer de 10 à 100 drones par jour (AFP / France 24, Opex360).
De dix à cent, méthodes auto
L’accord Delair–Schaeffler, annoncé en juin à Eurosatory, vise précisément ce passage à la grande série. Schaeffler, spécialiste des roulements et composants automobiles, dispose de six usines en France, dont une à Toulouse. L’emplacement exact de la ligne Damocles / Aspik n’est pas public. « Schaeffler a un savoir-faire pour faire de la grande série qui nous permet de multiplier par 10 les cadences », explique Bastien Mancini, président de Delair, à l’AFP (BFMTV).
Rémy Triouleyre, directeur général Europe de Schaeffler, parle d’« assemblage en série », de « passage à l’échelle industrielle » et de composants pour bâtir « une industrie de défense européenne résiliente ». L’investissement est soutenu par Delair, avec la participation de la DGA.

Damocles : dix kilomètres, quarante minutes
Le MX-10 Damocles est une munition téléopérée née du projet Colibri de l’Agence de l’innovation de défense (mai 2022). Delair fournit la plateforme ; KNDS France, la tête militaire. Portée d’au moins 10 km, autonomie d’environ 40 minutes, charge à fragmentation d’environ 500 à 550 grammes, boule optronique pour transmettre l’image jusqu’à l’impact, résilience au brouillage GPS et radio. Première commande en juillet 2024 ; premières livraisons en décembre 2025 ; 460 exemplaires remis au Service interarmées des munitions début 2026 pour l’armée de Terre et la Marine.
La nouvelle commande porte sur « quelques centaines » d’unités supplémentaires — Delair et KNDS refusent de préciser le montant. Une frégate en a déjà utilisé au moins une en mer Rouge, selon Opex360. Sur la loi de programmation militaire 2024-2030, le besoin exprimé pour ce type de munition avoisinerait 2 000 unités (La Dépêche).

Une PME toulousaine au centre du dispositif
Fondée en 2011 à Toulouse, Delair a d’abord construit sa réputation sur les drones civils d’inspection avant de basculer vers le militaire. Bastien Mancini en est le président. La ligne Schaeffler doit aussi assembler l’intercepteur Aspik — environ 450 km/h, rayon de 20 km, déploiement en moins d’une minute — conçu avec Cerbair (Orsay). Delair a par ailleurs engagé la reprise d’une ancienne usine Latécoère à Labège, près de son site actuel.
Le modèle n’est plus isolé. Renault attend des commandes DGA pour produire en série des drones Chorus (Turgis Gaillard, Le Mans) et Toutatis (Thales). Valeo doit démarrer début 2027 la fabrication en France de moteurs électriques pour Harmattan AI. Forvia vise 1 000 intercepteurs par mois pour MBDA et Alta Ares, en France et en Allemagne. L’automobile apporte ses cadences ; la défense, ses spécifications.

Pourquoi ça compte pour la France
La guerre en Ukraine a montré que les munitions téléopérées et les intercepteurs se consomment par milliers. Sans cadences industrielles, les stocks s’épuisent et l’export reste théorique. En passant de 10 à 100 unités par jour sur une ligne française, Delair–KNDS–Schaeffler testent un schéma que Berlin, Paris et Washington poussent en parallèle : réutiliser les outils de la grande série automobile pour la défense.
Pour Toulouse, c’est aussi un ancrage : une PME locale qui verrouille un produit qualifié DGA, un partenaire allemand qui industrialise sur le sol français, et des premières commandes export — clients non divulgués. Pour l’écosystème, le signal est clair : Valeo, Forvia, Renault ne s’engagent pas sur un marché de niche.

Les limites du tableau
Le montant des contrats reste opaque. L’usine Schaeffler n’est pas localisée. Les volumes « quelques centaines » restent modestes face à des besoins de milliers, même si la LPM trace une trajectoire. La dépendance à un équipementier allemand pour une munition française soulève la question de la souveraineté industrielle — même si l’assemblage a lieu en France et que Delair garde la conception. Enfin, produire vite ne dit rien de la formation des opérateurs, de la logistique de munitions ni de la survie électronique face à des brouilleurs plus durs.
Reste que le 13 octobre marque un cap concret : une commande DGA, une cadence ×10 annoncée pour novembre, et une file d’équipementiers auto derrière. L’industrie française des drones de combat sort du prototype pour entrer dans la série.




