Citroën a choisi le Mondial de l’Auto, qui se tient jusqu’au 18 octobre à la porte de Versailles, pour sortir son icône du garage. La 2 CV Concept est une petite citadine 100 % électrique qui annonce un modèle de série fabriqué en Europe, avec un prix de départ visé « autour de 15 000 euros » (Citroën). Sa commercialisation est prévue fin 2028, quelques semaines après une présentation au Mondial de Paris, l’année des 80 ans de la 2CV (L’argus).
La star du hall 4
Parmi plus de 60 premières mondiales réparties dans les pavillons, BFM Business la désignait avant l’ouverture comme « la star incontestée » du salon (BFM Business). Le symbole est fort : la 2CV avait été dévoilée au même salon de Paris, en 1948. Elle a ensuite été produite à 5 114 969 exemplaires jusqu’en 1990, rappelle L’argus.

« Réinventer la 2 CV, ce n’est pas reproduire une voiture du passé, c’est réinventer ce qui la rendait unique : sa simplicité, son accessibilité et la liberté qu’elle offrait », explique Xavier Chardon, directeur général de Citroën, dans le communiqué de la marque. Le concept se place entre la petite Ami, sans permis, et la C3.
Plus courte que l’originale
À contre-courant d’un marché où les voitures grossissent, la 2 CV Concept mesure 3,76 m de long, soit 2 cm de moins que la 2CV de 1948. Elle est en revanche plus large de 20 cm (1,68 m sans les rétroviseurs) et un peu plus basse (1,57 m), selon les mesures relevées par L’argus. Le modèle de série pourrait être encore plus court, entre 3,65 et 3,75 m.

L’objectif de poids est d’environ une tonne. Citroën en fait un argument économique : moins de masse permet une batterie plus petite, donc moins chère, avec une autonomie calibrée pour les trajets du quotidien. Les choix de dessin tiennent aussi compte de la réparation : pare-chocs séparés de la carrosserie et remplaçables seuls, surfaces planes, prises d’air directes sous le pare-brise (Citroën).
Un tableau de bord en cylindre
À bord, plus de planche de bord classique. Un cylindre porte le volant monobranche couleur Bakélite, un levier unique et un sélecteur de marche. Un écran tactile carré de 8 pouces affiche des graphismes façon bande dessinée, dessinés avec l’auteur belge Jean-Luc Delvaux. La banquette avant se sort pour pique-niquer, un panier amovible remplace la console centrale et une radio détachable, la « Radioën », sert aussi d’enceinte à l’extérieur. Clin d’œil au cahier des charges de 1936, qui exigeait de traverser un champ labouré sans casser un panier d’œufs, les bacs de portes sont moulés pour accueillir… des œufs.

L’essentiel de ces détails ludiques disparaîtra sur la série, prévient L’argus : banquettes fixes pour les normes de sécurité, commandes reprises d’autres modèles pour tenir les coûts, jantes plus petites. Mais la silhouette, les phares ronds posés sur les ailes et l’organisation du poste de conduite doivent être conservés.
Michelin dans les roues
L’autre signature française est sous la voiture. Michelin fournit des pneus de 18 pouces dessinés pour l’occasion, avec un motif de chevrons sur les flancs. Le manufacturier clermontois apporte surtout son « jumeau numérique universel du pneumatique » : le logiciel connaît en continu l’état des pneus et peut ajuster le comportement de la voiture, par exemple le seuil de déclenchement de l’ABS ou du freinage d’urgence (Citroën). Selon L’argus, le système exploite des capteurs déjà présents dans les voitures, ce qui le rend peu coûteux.

Moins cher qu’une Spring
Le prix est l’argument massue. À 15 000 euros, la future 2CV coûterait environ 5 000 euros de moins que la nouvelle Twingo électrique de Renault et 3 000 euros de moins que la Dacia Spring, calcule L’argus. Elle viserait aussi plus bas que les citadines chinoises exposées porte de Versailles, comme la Geely E2, annoncée dès 20 990 euros (BFM Business).
Pour la France, c’est une bonne nouvelle à double titre. Citroën revient sur le segment des toutes petites voitures, qu’elle avait quitté avec la fin de la C1 en 2022. Elle s’appuie sur un patrimoine que les marques chinoises n’ont pas, la recette qui réussit déjà à Renault avec les R5, R4 et Twingo néo-rétro. La voiture s’inscrit aussi dans le projet européen « E-Car », qui vise des petites électriques produites en Europe à moins de 20 000 euros.
Un projet mené au pas de charge
Selon les informations de L’argus, Xavier Chardon a lancé le projet dès son arrivée à la tête de Citroën, en juin 2025, et obtenu le feu vert d’Antonio Filosa, directeur général de Stellantis, fin 2025. Une maquette a été montrée aux investisseurs au printemps. Si le calendrier tient, conception et industrialisation auront pris trois ans. La voiture aura pour cousine technique la future Fiat Panda, ou Pandina.

Ce qui reste à prouver
Beaucoup de points restent ouverts. Citroën ne communique ni la plateforme, ni la batterie, ni la puissance. L’autonomie WLTP de la version de base dépasserait de peu les 200 km, selon L’argus, ce qui en fait une voiture de ville et de campagne plus que d’autoroute. Le constructeur dit « fabriquée en Europe » sans nommer d’usine. La réglementation E-Car et sa nouvelle catégorie d’homologation, plus légère, ne sont pas encore adoptées. Sans elle, la voiture sera homologuée comme une voiture classique, ce qui pèsera sur l’équipement et le coût. Enfin, 15 000 euros est une cible, pas un tarif, et deux ans suffisent pour que les citadines chinoises baissent encore leurs prix.
L’esprit de 1948
Reste une idée simple, que Citroën assume : faire moins grand, moins lourd et moins cher, quand tout le marché fait l’inverse. La 2CV avait mis la France sur la route après la guerre. Sa descendante veut faire la même chose avec la voiture électrique.



