Le 9 octobre, Airbus a annoncé une commande ferme d’Avolon portant sur 110 appareils : 35 A330-900 et 75 avions de la famille A320neo. Le loueur irlandais, troisième mondial, devient ainsi le premier client lessor de l’A330-900 avec 114 exemplaires au total, et porte son encours A320 Family à environ 650 appareils (Airbus).

Cent dix appareils, une option de cent de plus

La commande s’inscrit dans un double deal encore plus large : le même jour, Avolon a aussi commandé 140 Boeing 737 MAX, soit 250 avions au total, plus une option sur 100 Airbus supplémentaires (Reuters / Boursorama). Reuters souligne qu’il s’agit des plus grosses commandes jamais passées par Avolon auprès de l’un ou l’autre constructeur. Le loueur porte désormais 749 appareils en commande, en plus des 561 qu’il possède.

Aux prix catalogue historiques souvent cités pour ce type d’opération, le seul volet Airbus dépasse les 18 milliards de dollars — un ordre de grandeur théorique, les remises commerciales restant confidentielles. L’accord reste soumis à l’approbation de l’actionnaire majoritaire chinois Bohai Leasing, attendue avant la fin octobre.

Moteur Rolls-Royce Trent 7000 sous l’aile d’un A330-900
L’A330neo, propulsé par des Trent 7000, réduit de 25 % la consommation et les émissions de CO₂ face à la génération précédente. © 4300streetcar / CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Ce que ça change pour Toulouse

L’A330 est assemblé exclusivement à Toulouse, à l’usine Clément-Ader, en bordure de l’aéroport de Blagnac. Avec ces 35 A330-900, le carnet du long-courrier passe d’environ 320 à plus de 430 exemplaires, selon les estimations de presse spécialisée. À une cadence d’environ cinq appareils par mois, la production se trouve sécurisée pour plusieurs années supplémentaires (ICONIQ, Air & Cosmos).

La famille A320, best-seller d’Airbus avec plus de 20 400 commandes dans le monde, bénéficie aussi du volume : deux lignes de production sur dix se trouvent à Blagnac. Pour la filière toulousaine — sous-traitants, motoristes, logistique Beluga — chaque tranche de carnet long-courrier compte : c’est de la visibilité d’emploi et d’investissement sur un horizon de sept à huit ans, délai moyen de livraison actuel.

Airbus A320neo de TAP Air Portugal au décollage
75 A320neo complètent la commande : la famille A320 a déjà dépassé 20 400 commandes dans le monde. © Catarina Madureira / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Pourquoi les loueurs dictent le tempo

Les sociétés de leasing détiennent environ la moitié de la flotte mondiale. Face à des carnets constructeurs saturés, les compagnies aériennes se tournent vers elles pour obtenir des appareils plus vite et avec plus de flexibilité qu’un achat direct. Andy Cronin, PDG d’Avolon, parle d’une « demande soutenue pour les avions neufs » et d’un calendrier de livraisons renforcé « bien dans la prochaine décennie ».

Benoît de Saint-Exupéry, EVP Sales d’Airbus Commercial Aircraft, salue « une commande majeure » et le statut d’Avolon comme premier lessor de l’A330-900. Côté produit, l’A330neo annonce jusqu’à 8 100 milles nautiques d’autonomie et une baisse de 25 % de la consommation, des émissions de CO₂ et des coûts d’exploitation face à la génération précédente. La famille A320neo revendique au moins 20 % d’économies de carburant.

Terminal de l’aéroport Toulouse-Blagnac vu depuis un avion
L’A330 est assemblé uniquement à Toulouse-Blagnac ; le site concentre aussi une part de la production A320. © Xeventy / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un succès à lire sans triomphalisme

Le tableau n’est pas unilatéral. Boeing rafle 140 monocouloirs dans le même paquet, contre 75 pour Airbus sur ce segment — le volet long-courrier A330neo est le vrai différenciateur français. L’approbation de Bohai Leasing n’est pas encore formelle. Et les délais de sept à huit ans rappellent que la chaîne d’approvisionnement reste sous tension : la Banque de France note d’ailleurs, dans son enquête de début octobre, que l’aéronautique reste très dynamique mais confrontée à des difficultés d’approvisionnement autour de 20 % des entreprises du secteur (Banque de France).

Airbus A321neo KLM au sol, famille A320neo
Les loueurs détiennent près de la moitié de la flotte mondiale et accélèrent le renouvellement vers les modèles neo. © Mike Peel / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
BelugaXL Airbus, avion-cargo de transport de tronçons
La logistique Beluga relie les sites européens d’Airbus ; chaque commande long-courrier irrigue toute la filière. © MarcelX42 / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Pour la France, le signal utile est concret : un loueur mondial mise à nouveau sur deux familles conçues et en partie assemblées à Toulouse, avec un effet carnet mesurable sur l’A330. Ce n’est pas un record de livraisons du mois — Airbus en a assuré 72 en septembre — mais une assurance de charge pour les années 2030. À condition que Bohai valide, et que la supply chain suive.