Le 12 octobre 2026, Alstom a annoncé la mise en service voyageurs de ses rames Metropolis entièrement sans conducteur sur le corridor 4 de la phase II du métro de Chennai, en présence du Premier ministre indien Narendra Modi. Le groupe français a achevé la fabrication des 36 rames — 108 voitures — prévus par un contrat de 124 millions d’euros attribué en 2023 (communiqué Alstom, PDF).

Cent huit voitures, quatre-vingts km/h, zéro conducteur

Le corridor 4 relie Poonamallee Bypass à Light House sur 26 kilomètres et 28 stations, dont 18 aériennes et 10 souterraines. Les rames de trois voitures sont conçues pour une exploitation entièrement automatique et peuvent atteindre 80 km/h. Chaque unité accueille jusqu’à 1 000 voyageurs, avec climatisation, freinage régénératif, espaces dédiés aux femmes (deux tiers d’une voiture), aménagements pour personnes en situation de handicap, sièges d’appoint, informations voyageurs en temps réel, vidéosurveillance, portes d’évacuation et cybersécurité de niveau militaire, détaille le communiqué.

La 36e et dernière rame doit être livrée d’ici fin octobre 2026. Trente-deux rames automatiques supplémentaires, commandées en 2025 (96 voitures), sont déjà en production sur le site de Sri City.

Rame Metropolis phase II du métro de Chennai vue de côté derrière une clôture
Une rame Metropolis de la phase II du métro de Chennai. Les 36 unités du corridor 4 sont configurées pour une conduite entièrement automatique. © TamizhanEditor / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un groupe français, un contrat indien, une marque mondiale

Alstom est coté à Paris et a réalisé 19,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice clos le 31 mars 2026, avec 87 800 collaborateurs dans 61 pays. Metropolis est sa plateforme de métros déployée sur plusieurs continents. À Chennai, la conception a été réalisée au centre d’excellence d’ingénierie de Bangalore (Karnataka) et la fabrication à Sri City (Andhra Pradesh), usine construite pour livrer le premier métro de la ville.

Le contrat de 124 millions d’euros couvre conception, fabrication, fourniture, essais, mise en service et formation des équipes de Chennai Metro Rail Limited (CMRL). Olivier Loison, directeur général d’Alstom Inde, présente la mise en service comme « un moment de grande fierté pour Alstom et [un] témoignage de la solidité de notre partenariat avec CMRL ».

Façade du siège social d’Alstom avec le logo du groupe
Siège d’Alstom en France. Le groupe, coté à Paris, revendique un métro sur trois en Inde fabriqué sous sa marque. © Porelingo / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Pourquoi ça compte pour la France

Exporter du matériel ferroviaire, c’est exporter une ingénierie, des logiciels de conduite automatique et une marque industrielle. Alstom n’assemble pas ces rames en France : il les conçoit et les fabrique en Inde, dans la logique Make in India. Pour le groupe français, le gain est ailleurs : un carnet export, une référence sans conducteur sur l’une des plus grandes métropoles d’Asie, et la confirmation d’un modèle multi-local déjà présent avec six sites industriels et cinq grands centres d’ingénierie en Inde.

Depuis 2010, Alstom a fourni à Chennai 208 voitures plus la signalisation et l’alimentation de la phase I (54 km). Avec les 108 voitures de la phase II et les 96 en cours, le partenariat s’étale sur plus de quinze ans. Le groupe affirme qu’un métro sur trois en Inde est fabriqué par Alstom — Delhi, Lucknow, Kochi, Mumbai, Agra-Kanpur, Indore-Bhopal figurent parmi les références citées.

Rame Alstom devant l’usine de Petite-Forêt en France
Usine Alstom de Petite-Forêt (Nord). Le savoir-faire ferroviaire du groupe reste ancré en France, même lorsque les rames Metropolis de Chennai sont produites en Inde. © NB80 / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Mudras, Kolam et onze millions d’habitants

Le face avant des rames s’inspire des mudras de la danse Bharatanatyam ; les motifs des portes palières reprennent le Kolam, art traditionnel du Tamil Nadu. Au-delà du design, le corridor dessert des zones résidentielles, commerciales et culturelles d’une agglomération de plus de 11 millions d’habitants. L’argument commercial est simple : une alternative plus rapide et moins carbonée à la route, sur une ligne de 26 km qui coupe la capitale du Tamil Nadu d’ouest en est jusqu’au phare.

Face avant d’une rame Metropolis phase II affichant la destination Light House
Face avant d’une rame destinée au corridor 4, ici avec l’affichage Light House, terminus est de la ligne de 26 km. © Amulpal / CC0, via Wikimedia Commons

Ce qui reste à prouver

Le service voyageurs commence ; la fiabilité se juge sur des mois, pas sur une inauguration. La dernière rame n’est pas encore livrée. Les 32 rames suivantes (commande 2025) devront tenir les délais de Sri City. Et la valeur ajoutée française directe sur ce lot reste limitée : ingénierie et production sont indiennes, sous pavillon Alstom. Le risque classique de l’industriel multi-local — former un écosystème local qui pourrait un jour se passer de la maison mère — n’est pas théorique en Inde, où la politique industrielle pousse l’autonomie.

Reste que le contrat est signé, les rames roulent, et le Premier ministre indien a inauguré la ligne. Pour un groupe ferroviaire français, c’est une référence concrète, chiffrée, sur un marché qui construit des métros à grande vitesse.

Côté d’une rame Alstom Metropolis à la station Alandur de Chennai
Rame Alstom du métro de Chennai à la station Alandur. Depuis 2010, le groupe a déjà fourni 208 voitures pour la phase I. © Prateek Karandikar / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Une référence de plus pour Metropolis

Trente-six rames, 108 voitures, 124 millions d’euros, conduite automatique jusqu’à 80 km/h, corridor de 26 km ouvert aux voyageurs le 12 octobre : Alstom ajoute une ligne sans conducteur à son portefeuille asiatique. Ce n’est pas une usine qui ouvre en France ; c’est un export industriel français qui entre en service, avec des chiffres et une date.