Se lever de son fauteuil, marcher jusqu’au plan de travail de la cuisine et garder les deux mains libres pour attraper une tasse : c’est ce que promet Eve, l’exosquelette personnel conçu par la société parisienne Wandercraft. Ce vendredi 23 octobre, l’entreprise a annoncé avoir obtenu le marquage CE, qui autorise sa commercialisation en Europe, rapportent Les Echos. Eve est le premier exosquelette personnel au monde à tenir seul en équilibre, sans béquilles ni déambulateur.

Pas de béquilles, même pour les tétraplégiques

Les exosquelettes de marche existaient déjà, mais ils demandaient des béquilles ou un déambulateur, donc des bras et un tronc assez solides. Eve s’équilibre seul grâce à douze moteurs placés aux hanches, aux genoux et aux chevilles, détaille Les Électrons libres. L’utilisateur pilote l’appareil avec une manette et garde les mains libres pour ouvrir une porte, porter un objet ou préparer un repas.

« C’est la première fois qu’un exosquelette personnel est autorisé pour les adultes sans restriction liée au niveau neurologique de la lésion médullaire », explique aux Echos Matthieu Masselin, PDG et cofondateur de Wandercraft. Concrètement, Eve s’adresse aussi aux personnes tétraplégiques, à condition qu’elles puissent manier la manette.

Un homme souriant marche dans une rue piétonne, sanglé dans un exosquelette Wandercraft, devant la terrasse d’un café
Kevin Piette, pilote d’essai de Wandercraft, marche en ville avec l’exosquelette personnel de la marque. © Wandercraft

Des États-Unis à l’Europe en trois mois

Le calendrier s’est accéléré cette année. L’agence américaine du médicament, la FDA, a autorisé Eve le 3 août 2026, selon son registre officiel. La vente a démarré aux États-Unis le 17 septembre, annonçait alors Wandercraft. « Nous livrons notre premier exemplaire aux États-Unis cette semaine », précise Matthieu Masselin aux Echos.

Le parcours est encadré. Chaque utilisateur passe une évaluation clinique et un essai, puis obtient une prescription médicale. L’exosquelette est ensuite ajusté et fabriqué sur mesure. Avant de le ramener chez lui, l’utilisateur suit une formation avec la personne qui l’accompagnera, soit cinq séances de deux heures, selon MobiHealthNews.

Une jeune femme debout dans l’exosquelette Eve, derrière un plan de travail de cuisine, aidée par un homme qui ajuste une sangle
Debout au plan de travail de la cuisine, avec un accompagnant formé : le cadre d’usage prévu pour Eve à domicile. © Wandercraft

Deux familles à l’origine

Wandercraft est née en 2012 d’une histoire de famille. Ses trois cofondateurs, Nicolas Simon, Matthieu Masselin et Jean-Louis Constanza, voulaient faire marcher Thibault, le frère de Nicolas, et Oscar, le fils de Jean-Louis, tous deux atteints de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, une maladie rare qui réduit peu à peu la mobilité, raconte Wandercraft.

Le 28 août 2024, Thibault Simon a porté la flamme paralympique à Paris en marchant dans un prototype de l’exosquelette personnel. « Marcher avec la flamme aujourd’hui, sans douleur ni difficulté, c’était si facile », avait-il confié ce jour-là.

Thibault Simon, en tenue blanche du relais de la flamme, rit aux côtés de son frère Nicolas Simon, la torche paralympique à la main
Thibault Simon, la torche paralympique à la main, avec son frère Nicolas Simon, cofondateur de Wandercraft, le 28 août 2024. © Wandercraft

L’entreprise a depuis changé d’échelle. Elle a levé 75 millions de dollars en 2025, selon MobiHealthNews, et Renault est entré à son capital en juin 2025 pour industrialiser ses exosquelettes et en faire baisser le coût, rappellent Les Électrons libres. Le 1er octobre, Wandercraft a aussi finalisé le rachat de l’américain Ekso Bionics, comme nous le racontions à propos de son robot humanoïde Calvin.

Ce que disent les essais

L’autorisation américaine repose notamment sur un essai mené à la Kessler Foundation, dans le New Jersey, et dans un hôpital des vétérans à New York. Selon Wandercraft, les 16 premiers participants qui ont terminé le protocole, tétraplégiques ou paraplégiques hauts, ont tous atteint les objectifs fixés aux tests de marche, et aucun événement indésirable grave n’a été relevé.

« Ce qui compte dans ce travail, c’est que nous avons évalué bien plus que la capacité à se tenir debout ou à marcher », souligne Gail Forrest, directrice de recherche à la Kessler Foundation, citée par Wandercraft. Les participants et leurs accompagnants ont appris à réaliser des gestes du quotidien.

Une utilisatrice aux longs cheveux noirs, debout dans l’exosquelette Eve, regarde au loin sur une terrasse entourée d’arbres
Debout dehors, à hauteur de regard : Eve fonctionne sur sol plat, en intérieur et aux abords immédiats du domicile. © Wandercraft

Les limites, et la question du prix

Eve ne remplace pas le fauteuil roulant. Il ne monte pas les escaliers, avance à environ 0,9 km/h et exige la présence d’un accompagnant formé. Wandercraft préconise un poids maximal de 100 kg pour 1,94 m, détaillent Les Électrons libres. Les études publiées restent limitées en nombre et sont promues par l’entreprise elle-même.

Le prix n’est pas public. Il serait d’environ 115 000 euros, selon ICI Azur cité par Les Électrons libres. Aux États-Unis, l’assurance publique Medicare le prend en charge à hauteur de 95 500 dollars, indique Matthieu Masselin. En France, aucun remboursement n’existe encore. « C’est un combat que nous continuons de mener aux côtés des patients pour qu’Eve soit pris en charge par l’Assurance maladie, les mutuelles et les assureurs », dit-il aux Echos. Pour cela, la Haute Autorité de santé doit d’abord évaluer l’appareil.

Matthieu Masselin, en sweat bleu marine Wandercraft, assis, les mains jointes, sourit légèrement dans un salon de bureau
Matthieu Masselin, cofondateur et PDG de Wandercraft. © Wandercraft

Un horizon pour 40 000 Français

On estime à environ 40 000 le nombre de personnes paraplégiques ou tétraplégiques en France, avec près de 1 500 nouveaux cas par an, même si les chiffres officiels manquent. Le marquage CE ne leur ouvre pas encore la porte de chez elles, mais il lève le premier obstacle. Une idée née dans deux familles françaises tient désormais debout des deux côtés de l’Atlantique.