Wandercraft change d’échelle. La scale-up parisienne, connue pour ses exosquelettes médicaux, a inauguré le 5 octobre un siège de 4 300 m² dans le 13e arrondissement, pensé pour assembler un robot humanoïde par heure, rapporte Mesures. Son robot industriel Calvin-40 compte déjà douze grands comptes, et Renault prévoit d’en installer 350 dans ses usines d’ici fin 2027.
Quarante kilos, sans téléopérateur
Calvin-40 est un humanoïde autonome sans tête, haut d’environ 1,70 m, selon France 3 Hauts-de-France. Il soulève jusqu’à 40 kg ; une prochaine version doit monter à 50 kg. Il se repère grâce à une vision 3D, navigue seul et ajuste ses gestes en temps réel, détaille Industrie du futur Infos. Il déplace cartons et caisses entre les postes, sans modifier les installations existantes.
Pour garder l’équilibre, il s’appuie sur des centrales inertielles dans chaque membre, des capteurs d’effort sous les pieds et une caméra RGBD, explique Renault Group. Le constructeur souligne l’écart avec le marché : la plupart des robots manipulent 3 à 10 kg, Calvin en porte 40 à 50.

Douze clients et un actionnaire nommé Renault
Le 4 septembre, Wandercraft a annoncé douze clients pour Calvin-40, dans l’automobile, la logistique, la distribution, la santé et la défense. Les noms et les volumes n’ont pas été communiqués, note Rocking Robots.
Le client le plus visible est aussi actionnaire. Renault a pris une participation dans la scale-up, assortie d’un partenariat, huit mois après une première rencontre lors d’une conférence Cap Digital, le 1er octobre 2024. La feuille de route du constructeur prévoit une dizaine de robots fin 2026, puis 350 dans ses usines françaises et espagnoles fin 2027. Les premières livraisons en série sont attendues au premier semestre 2027, selon Rocking Robots.
À Douai, Calvin travaille déjà dans l’atelier roues. Il saisit les pneus deux par deux, soit une trentaine de kilos, une charge qui use un opérateur. Selon France 3, il a rejoint l’équipe de nuit du site, où sont produites les Renault 5 électriques.

Une alliance cent pour cent française
Alors que les alliances entre constructeurs et robots humanoïdes se multiplient à l’étranger, Renault assume un choix « 100 % français », au nom de la souveraineté technologique. Renault apporte ce qui manque souvent aux jeunes pousses de la robotique : l’ingénierie industrielle, les achats et la culture du « design to cost ». Wandercraft apporte la locomotion et l’équilibre. « Il est très logique de combiner l’expertise et la technologie uniques de Wandercraft dans les exosquelettes et les robots avec la forte capacité industrielle et le savoir-faire en design to cost de Renault Group, pour produire des robots à grande échelle », résume Thierry Charvet, directeur Industrie et Qualité du groupe, dans le communiqué de Wandercraft.
La production suit. Le nouveau site parisien, un ancien centre de tri postal selon RoboActu, réunit R&D, assemblage et maintenance, dont 800 m² pour le montage et le stockage. La chaîne d’approvisionnement est majoritairement européenne. Le même bâtiment accueille une ligne pour les exosquelettes et un centre où des patients peuvent les essayer.

De l’exosquelette à l’usine
L’histoire de Calvin commence ailleurs. Wandercraft a passé plus de dix ans à concevoir des exosquelettes auto-équilibrés pour des personnes à mobilité très réduite. Le modèle de rééducation Atalante X et l’exosquelette personnel Eve en sont issus. Le 1er octobre, l’entreprise a finalisé le rachat de l’américain Ekso Bionics : ses appareils de marche équipent désormais plus de 700 centres de rééducation dans le monde, selon Industrie du futur Infos.
« La robotique médicale nous a appris à concevoir pour des environnements où l’échec a des conséquences réelles », explique Matthieu Masselin, cofondateur et PDG. Côté Renault, le projet est né d’une phrase entendue par Laurent Duthoit, expert robotique et IA physique du groupe : le cofondateur Jean-Louis Constanza y annonçait vouloir produire des humanoïdes. Dès le 15 octobre, Duthoit visitait les bureaux parisiens de Wandercraft. Le premier prototype de Calvin a été développé en 40 jours, selon un compte rendu du Humanoid Robots Summit de Stuttgart cité par Rocking Robots.

Six mois pour apprendre un geste
Le chemin reste long. Renault cite lui-même deux défis : la robustesse du robot et son intégration dans une production à haute cadence. À Stuttgart, les deux partenaires ont reconnu qu’apprendre une seule opération industrielle prend aujourd’hui environ six mois, des données de téléopération à la simulation. L’objectif est de ramener ce délai à quelques jours ou semaines. Les données industrielles adaptées manquent aussi.
Le million d’unités par an affiché par Wandercraft reste une cible de long terme, pas la capacité du site parisien, rappelle RoboActu. Et Renault présente Calvin comme un complément des opérateurs, non comme un remplaçant : « Calvin n’est pas un substitut de l’humain, c’est son complément », écrit le groupe.
Les gestes pénibles d’abord
Wandercraft a choisi de commencer par les gestes les plus pénibles, pas par les démonstrations. « Les robots humanoïdes ne passeront pas à l’échelle parce qu’ils sont généralistes. Ils deviendront généralistes en passant à l’échelle », dit Matthieu Masselin. À Douai, l’expérience a commencé, deux pneus à la fois.



