Ils étaient quatre, surnommés les « 4 Fantastiques ». Anna, Medhi, Paul-Victor et Telma, originaires des Deux-Sèvres, vivent avec une trisomie 21, un syndrome CDK13 ou des troubles du développement. Le jeudi 10 septembre à 11 h 49, ils ont atteint un sommet des Hautes-Pyrénées qui n’avait pas de nom, à environ 2 800 mètres d’altitude, pour le baptiser Pic 21. Le dossier pour faire apparaître ce nom sur les cartes du massif est en train d’être finalisé, raconte La Dépêche du Midi ce mercredi 21 octobre.
Un an d’entraînement pour une montagne
L’idée est née il y a un peu plus d’un an dans la tête de Julien Viroulaud, président de l’association We Are Diversi’team, qui l’a portée avec l’association Trisomie 21 Deux-Sèvres. Objectif affiché : gravir un sommet encore sans nom dans le massif du Néouvielle et lui donner celui de l’expédition, « Pic 21 – Le sommet de tous les possibles », selon la présentation du projet.
La préparation a pris presque une année, à raison de deux entraînements par semaine. Certains des jeunes avaient du mal à distinguer le relief ou à enchaîner les pas en terrain accidenté, rappelle Handicap.fr. Autour d’eux, une équipe de douze bénévoles : professionnels de santé, coachs sportifs et guides de haute montagne. « On préparait la coupe du monde quoi, on était tous focus sur l’objectif ! », résume Julien Viroulaud.
Le dimanche 6 septembre, après une soirée de départ à la Maison du Département, le groupe a pris la route des Pyrénées, à près de 500 kilomètres de chez lui, avec le soutien du Département des Deux-Sèvres.

Une cheville foulée, et un autre sommet
Après plusieurs heures de marche et une nuit en refuge, le réveil sonne à 4 h 30. « Il fallait les voir avancer dans la nuit, éclairés à la seule lumière de leur frontale. Il fallait les voir s’encourager, s’entraider, se dépasser dans les moments de douleur », a écrit Julien Viroulaud sur LinkedIn après l’ascension.
Le premier objectif était l’antécime est du Néouvielle, à plus de 3 000 mètres. Mais le deuxième jour, Paul-Victor se foule la cheville. « Je lui dis qu’il doit nous dire, car personne ne pourra venir nous chercher, et je voyais que sa cheville n’allait pas. Il fond en larmes et il réalise qu’on ne pourra pas aller au sommet fixé ensemble », raconte l’accompagnateur à La Dépêche.
Le coup est d’autant plus dur que le meilleur ami de Paul-Victor, qui devait faire partie de l’aventure, est mort en 2025. Le groupe avait prévu de monter une pierre pour lui et de la déposer au sommet. Elle était dans la poche de Paul-Victor.

« Tout le monde est en larmes »
Plutôt que de renoncer, l’équipe change de cible : un sommet un peu plus accessible, lui aussi sans nom officiel, vers 2 800 mètres. « On continue de grimper avec une cheville en carafe », dit Julien Viroulaud. Ils y arrivent ensemble. « Ils déposent leur pierre tout en haut, et tout le monde est en larmes. »
Ce qui l’a le plus marqué, c’est le groupe. « Ils ont commencé à créer une confiance, puis la cohésion et l’entraide. Avec ces trois ingrédients ça amène tout sur son passage, rien ne peut arrêter un groupe comme celui-ci. À aucun moment ils ne se sont plaints. Ils se sont attendus, soutenus. »

Changer de regard, à la télévision et sur les cartes
L’ascension a été filmée par France Télévisions. Un reportage de neuf minutes, « Un sommet baptisé Pic 21 », a été diffusé dans Stade 2, et l’aventure a aussi été racontée dans « Les 4 Fantastiques », sur France 2, le 9 octobre. « Le pari, c’était d’inverser les regards. Aujourd’hui, une personne en situation de handicap, on ne va pas naturellement vers elle car on a peur de ne pas savoir faire », explique Julien Viroulaud.
Reste une étape administrative : faire reconnaître officiellement le nom. Selon La Dépêche, le dossier est en cours de finalisation pour que le Pic 21 apparaisse sur les cartes du massif pyrénéen. Les organisateurs annoncent aussi un film qui retracera toute l’expédition, et un nouveau projet est déjà en préparation.

Une trace qui restera
Ils voulaient un sommet de plus de 3 000 mètres ; la montagne en a décidé autrement. Mais l’essentiel est là : quatre jeunes à qui l’on prête rarement ce genre d’ambition sont allés au bout d’un an d’efforts, ensemble, avec une pierre pour un ami disparu. Et si le dossier aboutit, leur nom collectif restera sur la carte des Pyrénées.



