Mardi 20 octobre, la Ville de Limoges et la Fondation du patrimoine ouvraient une collecte pour sauver leur hôtel de ville, ravagé par un incendie trois jours plus tôt. Ce jeudi 22 octobre à 12 h 17, la page de la Fondation du patrimoine comptait 287 449 euros de dons pour cette seule campagne, auxquels s’ajoutent 50 000 euros de mécénat. L’objectif de départ, 300 000 euros, est presque atteint en moins de deux jours, et la page affiche désormais un objectif de 600 000 euros.
Une nuit de feu au cœur de la ville
Le samedi 17 octobre au soir, en marge des manifestations contre la vie chère, un incendie s’est déclaré dans l’hôtel de ville de Limoges. La toiture et une grande partie de la charpente ont été détruites, et le campanile qui surmontait l’édifice s’est effondré, rapporte Le Populaire du Centre. Les sapeurs-pompiers de la Haute-Vienne ont engagé des moyens hydrauliques qu’ils qualifient eux-mêmes d’inédits, selon Centre Presse. « Cette intervention restera longtemps dans la mémoire des Limougeauds et des sapeurs-pompiers du SDIS 87 », ont-ils écrit.
Le bâtiment est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1975. Environ 250 personnes y travaillaient, selon un agent cité par Le Journal du Centre. Le maire, Guillaume Guérin, estime que la facture pourrait atteindre « des dizaines », voire « plus d’une centaine » de millions d’euros, d’après France 3 Nouvelle-Aquitaine.

Des œuvres sorties une à une, en pleine nuit
Au milieu du désastre, une première bonne nouvelle est venue des pompiers. Dans la nuit, alors que les flammes gagnaient le bâtiment, ils sont entrés par binômes pour mettre à l’abri les trésors de la mairie. « À partir de 23 h 30, minuit, les pompiers rentraient par deux dans la mairie pour être au maximum en sécurité. On leur indiquait où étaient les porcelaines ou les émaux les plus précieux. Ensuite, les objets ont été sortis, un à un », raconte Muriel Laskar, adjointe au maire, dans Le Populaire du Centre. Elle qualifie leur courage d’« héroïque ».
Une quinzaine d’œuvres, statuettes, tableaux et vases, ont été extraites, et d’autres déplacées vers l’arrière du bâtiment épargné. Ce qui était trop lourd ou trop exposé a été bâché sur place. Alain-Charles Dionnet, responsable des collections du musée des Beaux-Arts de Limoges, parle d’un « vrai petit miracle ». « Il va falloir les nettoyer, les sécher, mais heureusement, il n’y a pas de dommage irréversible », ajoute François Lafabrié, directeur du musée.
Mardi, les agents municipaux sont revenus avec des caisses pour sauver ce qui pouvait l’être : bancs rouges de la salle des mariages, dont les peintures du plafond ont été préservées, ordinateurs, dossiers. « Finalement, tout n’est pas perdu, c’est miraculeux je trouve », confie une employée au Journal du Centre.

De 60 000 à près de 290 000 euros en deux jours
Le rythme des dons a surpris tout le monde. Mercredi à 11 h 30, moins de vingt-quatre heures après l’ouverture, la collecte atteignait 60 000 euros et plus de 600 donateurs, selon Le Populaire du Centre. À 17 heures, elle dépassait 137 000 euros pour plus de 1 500 donateurs, d’après France 3 Nouvelle-Aquitaine. Le soir, 20 Minutes relevait plus de 220 000 euros. Jeudi, France 2 comptait plus de 285 000 euros récoltés en moins de 48 heures, avec des dons venus de tout le pays. Le compteur global de la Fondation, qui frôle les 500 000 euros, inclut aussi d’anciennes collectes lancées depuis 2016 pour ce bâtiment, et non des dons de cette semaine.
« Nous avons été très sollicités par des habitants de Limoges et d’ailleurs pour mettre en place cette collecte », explique Ariane Ink, déléguée départementale de la Fondation du patrimoine. Pour elle, l’attachement est intime : « C’est la mairie de tous les Limougeauds, le lieu où beaucoup se sont mariés. » Sur RMC, un étudiant en droit, Ilan Gabet, résume le sentiment général : « Une mairie, c’est la maison du peuple. »

Un bâtiment né d’un élan collectif
L’histoire donne à cet élan un écho particulier. L’hôtel de ville est né en 1875 du legs d’Alfred Fournier, un riche Limougeaud. En 1877, la population a été appelée à choisir l’emplacement du futur édifice, puis un concours d’architectes a retenu, parmi 27 projets, celui du Parisien Alfred Leclerc. Le chantier s’est déroulé de 1879 à 1883 et, faute d’argent, certains ornements prévus n’ont jamais vu le jour, rappelle la Fondation du patrimoine. Un bâtiment « pensé pour et par les Limougeauds », qui leur revient aujourd’hui par leurs dons.
La collecte s’inspire du modèle mis en place après l’incendie de Notre-Dame de Paris. Les dons sont déductibles des impôts, et ils peuvent être faits en ligne comme par chèque, précise la Ville de Limoges.

Ce que l’argent va financer, et ce qu’il ne couvrira pas
L’argent sert d’abord à l’urgence : sécuriser les parties intactes et protéger les décors, sous la supervision de la Direction régionale des affaires culturelles. Il financera ensuite la restauration. Mais la somme reste loin du coût final avancé par le maire. Les dons viendront s’ajouter aux assurances et au soutien attendu de l’État, sans les remplacer, et l’objectif pourrait évoluer selon les besoins, prévient la Fondation. Les services municipaux, eux, sont dispersés sur d’autres sites, et l’avenir exact du bâtiment reste à définir.
Reste un fait simple. Trois jours après avoir vu leur mairie brûler, des milliers de personnes ont choisi de la relever, et elles l’ont fait plus vite que quiconque ne l’espérait.



