Le Corset, de Louis Clichy, sort en salles ce mercredi 14 octobre, distribué par KMBO. Ce film d’animation peint à la main a reçu en mai le prix spécial du jury de la section Un certain regard au Festival de Cannes, puis trois prix au Festival international du film d’animation d’Annecy en juin (Festival de Cannes, CNC). Sony Pictures Classics l’a acheté pour les Amériques.
Cannes, Annecy, puis New York
Le film, titré Iron Boy à l’international, a été présenté pour la première fois le 19 mai 2026 à Cannes, dans la sélection Un certain regard. Il en est reparti avec le prix spécial du jury. À Annecy, pour la 50e édition du festival, il a obtenu le prix du jury, le prix du public et le prix de la Fondation Gan à la diffusion. Le Cristal du long métrage, récompense principale, est allé à La Violoniste, une coproduction entre Singapour, l’Espagne et l’Italie, précise le CNC.

Le film a ensuite voyagé. Après Cannes, Sony Pictures Classics en a acquis les droits pour l’Amérique du Nord et l’Amérique latine, ainsi que les droits télévisés pour l’Inde et l’Asie du Sud-Est, dans un accord négocié par le vendeur international Playtime (Deadline). Le Corset a été sélectionné au Festival de Toronto et dans la section Spotlight Gala du New York Film Festival.
La critique suit. L’Obs lui donne quatre étoiles et salue « une finesse, un alliage de poésie et de modestie rare » (L’Obs). Télérama parle d’« un magnifique film d’animation drôle, sensible et vibrant » (Télérama). Aux États-Unis, Variety le juge « à la fois visuellement éblouissant et profondément personnel » (Variety).
Un garçon qui penche, dans la Beauce des années 1980
Christophe a 11 ans et vit dans une ferme de la Beauce. Il veut marcher dans les pas de son père, un homme taiseux. Mais il penche, au point de tomber en classe, à l’église ou sur le tracteur. Les médecins lui imposent un corset de métal, jour et nuit. Pendant que la ferme familiale s’endette et passe de l’élevage à la culture intensive des céréales, il découvre l’orgue de l’église et rencontre Clara (franceinfo).

L’histoire est en partie celle du réalisateur, qui a grandi dans une ferme de la Beauce et porté un corset enfant. « Dans ce milieu rural, qui reste très traditionnel, on est agriculteur de père en fils comme une évidence, les conversations franches sont difficiles, l’introspection impossible et les sentiments tabous », explique-t-il au Festival de Cannes.
La musique tient une place centrale. Le Requiem de Gabriel Fauré accompagne les choix de Christophe, et Ouragan, de Stéphanie de Monaco, s’invite dans les scènes de tension, détaille AlloCiné. Les personnages sont dessinés d’un trait crayonné, les décors peints à l’aquarelle et à l’encre de Chine, une méthode artisanale qui, selon le réalisateur, permet « de ne pas se perdre dans des détails inutiles ».
De Pixar à Astérix, puis un film à soi
Louis Clichy a travaillé chez Pixar, notamment sur WALL-E, avant de revenir en France et de coréaliser avec Alexandre Astier Astérix : Le Domaine des dieux (2014) et Astérix : Le Secret de la potion magique (2018). « C’est mon troisième film, mais c’est vraiment mon premier film personnel », dit-il.
Pour les voix, il a organisé des auditions ouvertes dans la région, à la recherche d’un réalisme « presque documentaire ». Son fils, Gary Clichy, prête sa voix à Christophe. Rod Paradot joue le grand frère, tandis qu’Alexandre Astier, Brune Moulin et Jean-Pascal Zadi interprètent l’organiste, Clara et le curé.

Le film est produit par Eddy Cinéma, avec les Belges Beside Productions et la RTBF, Regular Production, France 3 Cinéma et Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma. Il a bénéficié de l’avance sur recettes avant réalisation, de l’aide au développement et de l’aide aux techniques d’animation du CNC.
L’animation française, troisième au monde
Le Corset arrive dans un cinéma d’animation français en bonne santé. Selon l’étude annuelle du CNC, la France a repris en 2025 sa place de troisième pays producteur d’animation au monde. Elle a agréé seize longs métrages d’animation d’initiative française, un record.
En salles, les films d’animation français ont attiré 2,9 millions de spectateurs en 2025, contre 2,4 millions l’année précédente, et leur part de marché dans l’animation est passée de 8,1 % à 14,8 %, détaille Le Film français. L’Obs place Le Corset dans la lignée d’Arco, d’Ugo Bienvenu, la « perle de l’animation française » de la saison précédente.

Une filière sous pression
Le tableau n’est pas uniforme. L’animation pour la télévision, cœur de la filière, est en repli : 282 heures aidées en 2025, soit 10 % de moins qu’en 2024, et des apports étrangers tombés à 49 millions d’euros, en baisse de 34 %. L’emploi a reculé de 8,1 % en 2024, à 9 149 salariés, même si les données plus récentes laissent entrevoir une stabilisation depuis le début de 2025. Les films d’auteur comme Le Corset restent par ailleurs souvent des succès de festival plus que de box-office : tous films confondus, l’animation a réuni 19,5 millions d’entrées en salles en 2025, contre 30,2 millions l’année précédente.

Reste un film rare : une histoire de ferme beauceronne, peinte à la main, que Cannes, Annecy et Hollywood ont saluée avant même sa sortie. Il est désormais en salles partout en France.



