Samedi 17 octobre, sous les voûtes du Palais des Papes d’Avignon, la France a conservé son titre au World Tasting Championship, le championnat du monde de dégustation à l’aveugle organisé par La Revue du vin de France. Avec 189 points, l’équipe tricolore devance le Japon (181) et le Brésil (159), sur 41 équipes venues des cinq continents. Elle était menée de cinq points avant le dernier verre.
Douze vins, quatre réponses par verre
Le principe ne change pas d’une année à l’autre. Douze vins sont servis à l’aveugle et, pour chacun, chaque équipe doit trouver le cépage, le pays d’origine, l’appellation et le millésime, explique La RVF. Les vins venaient cette année de huit pays : un crémant du Luxembourg, un sauvignon sud-africain, un riesling australien, un chardonnay de Napa, un pinot noir allemand, un Brunello italien, un cabernet chinois du Ningxia, un Jumilla espagnol et un madère portugais. Seuls trois des douze étaient français : un Montlouis-sur-Loire, un Crozes-Hermitage et un Saint-Émilion grand cru.
Autrement dit, les Françaises ont gagné en reconnaissant surtout des vins du reste du monde. Dès le premier verre, un crémant du Luxembourg de 2010 au millésime très difficile à situer, la France a été la seule des 41 équipes à marquer des points, relève le magazine.

Le madère qui a tout renversé
La finale a ressemblé à un match serré. Au quatrième vin, un chardonnay californien, la France n’a marqué que 3 points et a glissé au cinquième rang, pendant que le Japon prenait la tête. Elle est revenue en tête à mi-parcours, avec 86 points contre 84 pour l’Allemagne et le Japon. Puis le Japon a repris l’avantage sur le Saint-Émilion et l’a porté à cinq points sur le Brunello, selon le récit vin par vin de La RVF.
Avant le dernier verre, le tableau affichait 171 points pour le Japon et 166 pour la France. Le douzième vin était un madère sercial de dix ans d’âge de la maison Blandy’s, sans millésime à trouver. La France y a obtenu 23 points, le meilleur score sur ce verre, contre 10 pour le Japon. Elle l’emporte finalement avec huit points d’avance, détaille la version anglaise du compte rendu.

Cinq titres, aucune nation n’a fait mieux
Déjà victorieuse en 2025 au Fort des Rousses, dans le Jura, la France signe son deuxième doublé après celui de 2019-2020. Avec cinq victoires (2014, 2019, 2020, 2025 et 2026), elle est la nation la plus titrée de la compétition, loin devant la Belgique et ses deux titres, rappelle La RVF.
Le podium dit aussi quelque chose du monde du vin. Le Japon, deuxième, a mené une bonne partie de la journée. Le Brésil complète le podium, devant l’Allemagne et les États-Unis. Le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne, grands pays du vin ou de son commerce, finissent loin derrière.

D’hôtesse de l’air à championne du monde
L’histoire de Candy Sangare explique une partie de l’émotion. Cette entrepreneuse de 46 ans, originaire du Mans, ancienne hôtesse de l’air, ne savait pas il y a quelques années « ce que c’était le chardonnay ou le pinot noir », raconte France 3 Provence-Alpes. Elle s’est prise de passion pour le vin à partir de 2020, a passé la certification internationale WSET, et assure ne vouloir être « ni œnologue, ni sommelière », selon La Provence. Ses deux teckels, Vanille et Violette, la suivent à chaque concours.
Il lui a fallu cinq échecs avant de se qualifier pour la finale nationale. Le 29 novembre 2025, seule après le forfait de sa partenaire, elle remporte un tour qualificatif à Bonnieux, dans le Vaucluse, face à 46 autres équipes. « Et puis en première place, ils crient mon nom. Alors là, j’ai hurlé ! J’en ai encore les larmes », confiait-elle à France 3. Le 27 juin, au château Philippe le Hardi de Santenay, elle devient championne de France avec la sommelière Pauline Monclus, sur 31 équipes en finale, selon Le Bien Public. C’est la toute première équipe entièrement féminine sacrée championne de France, et France 3 la présentait comme la première femme noire à représenter la France au championnat du monde.
Annoncée à trois avec Pauline Monclus, l’équipe de France s’est finalement présentée à deux dans la finale mondiale : Candy Sangare et Camille Guilbaud, une sommelière qui avait rejoint le projet. La méthode d’équipe décrite par Candy Sangare à France 3 tient en une règle : chacune réfléchit de son côté, puis on compare. Et pour marquer, elle vise d’abord le cépage principal et l’appellation, « car c’est ce qui rapporte le plus de points ».

Un titre de prestige, pas un concours officiel
Il faut garder la mesure. Le World Tasting Championship est organisé par un magazine français et se jouait cette année à domicile, sous les voûtes d’Avignon. Il ne remplace pas les grands concours de sommellerie professionnels, et les équipes y mêlent amateurs passionnés et professionnels. Il ne rapporte pas non plus directement de ventes à la filière.
Mais il dit quelque chose de précieux : en France, la culture du vin ne se limite pas aux vignobles. Elle passe aussi par des gens capables de reconnaître, à l’aveugle, un riesling australien ou un crémant luxembourgeois de seize ans. Et ce savoir s’ouvre à de nouveaux profils, comme celui d’une ancienne hôtesse de l’air qui ne connaissait rien au vin il y a six ans.
Le verre de trop pour le Japon
Cinq titres, deux doublés et une victoire arrachée au tout dernier verre. Les autres nations savent désormais qui il faut battre.



