À partir du 17 octobre 2026, et jusqu’au 3 janvier 2027, le musée Condé du château de Chantilly (Oise) présente le Diamant rose, dit Grand Condé. La pierre de neuf carats, volée dans la nuit du 11 au 12 octobre 1926 puis retrouvée cachée dans une pomme, n’avait plus été montrée au public depuis près d’un siècle. L’exposition s’appuie sur une enquête gemmologique et historique inédite, menée avec L’École des Arts Joailliers.

Neuf carats, rose orangé, 77 facettes

Le Grand Condé pèse neuf carats — 9,01 selon la notice du musée — pour une taille en poire assez plate, 77 facettes (32 sur la couronne, 45 sur le pavillon). Sa couleur relève de la catégorie internationale « fancy slightly orangey pink », un rose légèrement orangé, décrit France 3 Hauts-de-France. Les gemmologues associés au projet le placent parmi les pierres les plus pures qu’ils aient examinées.

La taille, vraisemblablement du début du XVIIIe siècle, n’a pas été reprise depuis. « En termes de gemmologie et d’art de la taille, c’est un chef-d’œuvre », résume Mathieu Deldicque, directeur du musée Condé, interrogé par France 3. L’origine géographique reste ouverte : Inde (Golconde), Brésil ou Bornéo figurent parmi les hypothèses, sans conclusion définitive.

Façade principale du château de Chantilly sous un ciel bleu, tourelles et toits d’ardoise
Le château de Chantilly, où le musée Condé conserve le Diamant rose depuis le legs du duc d’Aumale. © Basile Morin / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Volé en 1926, retrouvé dans une pomme

Dans la nuit du 11 au 12 octobre 1926, des cambrioleurs s’introduisent dans la Tour du Trésor. Soixante-neuf bijoux disparaissent, dont la pièce maîtresse du cabinet des Gemmes, relate une enquête de France 3 appuyée sur les archives de l’Oise et la presse de l’époque. L’affaire fait la une nationale.

Le 18 décembre suivant, à l’hôtel Métropole, boulevard de Strasbourg à Paris, une pomme laissée dans la valise d’un client mauvais payeur, Léon-Émile Kauffer, est offerte à la cuisinière. La lame du couteau bute sur un « caillou » : c’est le Grand Condé. Kauffer et son cousin Émile Souter seront condamnés en 1928 à Beauvais ; la pierre est remise au musée le 30 juin 1928. Peu après, par crainte d’un nouveau vol, elle quitte les vitrines pour un coffre.

Une pierre documentée depuis 1740

La première trace écrite remonte à 1740, dans l’inventaire après décès d’un prince de Condé, alors porté sur sa Toison d’or. En 1753, au mariage du fils du prince, le diamant devient un bien inaliénable du patrimoine familial. Les légendes qui le lient à Louis II de Bourbon-Condé, cousin de Louis XIV, ou à un cadeau de Mazarin, ne reposent sur aucune preuve, insiste Deldicque : « Tout ça n’est qu’une légende. »

Le château de Chantilly vu de côté, reflété dans l’eau des douves sous un ciel clair
Les douves et la silhouette du château : le vol de 1926 avait emprunté le pont de la Voilière, côté jardin. © Basile Morin / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Pour autant, la pierre reste un symbole fort du lieu. « C’est en quelque sorte le fondement du musée Condé, le fondement du château de Chantilly », dit encore son directeur. Le legs du duc d’Aumale a figé ce patrimoine dans un musée ouvert au public ; le diamant en est l’un des objets les plus chargés d’histoire.

Laboratoire temporaire à Chantilly

Avant l’exposition, le musée et L’École des Arts Joailliers (soutenue par Van Cleef & Arpels) ont installé un laboratoire sur place. Pureté, couleur, composition, cartographie des facettes : une équipe internationale a dressé une « carte d’identité » scientifique. Le commissariat est assuré par Mathieu Deldicque et Marie-Laure Cassius-Duranton, historienne d’art et gemmologue de L’École.

L’exposition occupe la Galerie de Psyché et le cabinet des gemmes. Elle est comprise dans le billet journée du domaine. Des jeux de piste pour enfants (« À la poursuite du diamant rose ») sont prévus aux vacances de la Toussaint, annonce la ville de Chantilly. Une conférence en ligne, « Le Diamant rose, les secrets révélés », est programmée le 20 octobre.

Pont menant au château de Chantilly, façades et tours sous un ciel bleu
L’accès au château : en 1926, les voleurs avaient utilisé des échelles pour franchir l’eau et gagner la Tour du Trésor. © Basile Morin / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Une vitrine temporaire, des risques connus

La durée courte de l’exposition n’est pas un hasard. La valeur de la pierre et le souvenir du casse de 1926 imposent une fenêtre limitée. Le musée ne promet pas une présentation permanente : le coffre reprendra ses droits après le 3 janvier 2027. Les sources divergent d’ailleurs légèrement sur la date de fin — le site du château et L’École des Arts Joailliers retiennent le 3 janvier ; d’autres annuaires évoquent février.

Autre limite : le public ne verra le diamant que dans des conditions de sécurité renforcées. Et une exposition, même réussie, ne dit rien de la fréquentation réelle du domaine hors saison. Le château de Chantilly joue ici sa carte patrimoine rare, dans un calendrier culturel déjà chargé en Île-de-France.

Blason des Bourbon-Condé sculpté au-dessus de l’entrée du musée Condé
Les armes des Bourbon-Condé au-dessus de l’entrée du musée : la pierre a longtemps symbolisé la continuité de la maison. © Jebulon / CC0, via Wikimedia Commons

Un mythe français remis en lumière

« Ce diamant est un mythe », dit Mathieu Deldicque. Mythe documenté, mesuré, photographié, enfin. Du 17 octobre au 3 janvier, Chantilly rouvre une vitrine fermée depuis les années 1920. Le Grand Condé n’a plus besoin de la légende de Louis XIV pour mériter le déplacement : neuf carats de rose orangé, une pomme, et cent ans d’attente suffisent.

Détail d’un cabinet de minéraux ancien, tiroirs et pierres sous verre
Détail d’un cabinet de minéraux du château : le Grand Condé rejoindra, le temps d’une saison, les vitrines du cabinet des gemmes. © Svante Tirén / CC0, via Wikimedia Commons