Plus de six kilomètres et demi de béton posés au-dessus des champs de l’Essonne viennent d’être sacrés à Atlanta. Le viaduc de la ligne 18 du Grand Paris Express a remporté lundi 12 octobre le premier prix de la catégorie « Ponts » et le prix « Overall Excellence », la plus haute distinction, des ACI Excellence in Concrete Construction Awards 2026. L’ouvrage, qui relie Palaiseau au plateau de Saclay, doit voir passer ses premiers voyageurs en décembre.
Le premier sur 18 lauréats mondiaux
Décernés chaque année par l’American Concrete Institute (ACI), ces prix sont surnommés les « Oscars du béton », rappelle le groupe de presse JDL. L’édition 2026, remise pendant la convention d’automne de l’institut, a récompensé 18 projets dans le monde, répartis en catégories : ponts, infrastructures, tours, bâtiments bas, rénovation, béton décoratif. L’ACI présente le prix « Overall Excellence », remis en fin de soirée, comme la récompense la plus prestigieuse de la communauté du béton.
La concurrence était sérieuse. Dans la seule catégorie des ponts, le viaduc francilien devance le pont international Gordie-Howe, entre Windsor au Canada et Detroit aux États-Unis, un chantier de 5,7 milliards de dollars canadiens appelé à devenir le plus long pont à haubans d’Amérique du Nord. Les autres lauréats de l’année vont d’une tour de 300 mètres à Dubaï à un stade de 47 000 places en Arabie saoudite. Le dossier français avait été présenté par la section parisienne de l’ACI.

Un béton allégé en carbone
Ce que le jury a salué tient d’abord à la chimie. Le béton précontraint du viaduc a été formulé pour consommer moins de matière tout en tenant dans la durée, détaille l’ACI. Une partie du ciment a été remplacée par du laitier de haut fourneau, un résidu de la sidérurgie, et par du filler calcaire. Résultat : moins de CO2 émis à la fabrication, et une meilleure résistance aux pathologies qui rongent les ouvrages, comme la corrosion ou les attaques chimiques.
Les chiffres donnés par VINCI pour sa gamme de bétons bas carbone Exegy précisent l’ampleur du chantier : 86 000 mètres cubes de béton, dont 36 000 pour les voussoirs, plus de 60 % de laitier dans les formules des pieux de fondation, près de 60 % dans celles des piles, et une réduction des émissions de 30 à 50 % par rapport à un béton classique équivalent. 95 % des gâchées ont été faites avec de l’eau recyclée.

Une usine à voussoirs au pied du chantier
L’autre clé est industrielle. Plutôt que de faire venir les éléments de loin, le groupement a installé son aire de préfabrication à Saclay, face au tracé, avec une centrale à béton dédiée : les camions toupies ne parcouraient que 4 kilomètres aller-retour. Les dix cellules de moulage ont produit en moyenne 7,5 voussoirs par jour, stockés jusqu’à 500 à la fois sur près d’un hectare et demi, selon Exegy. Deux poutres de lancement de près de 100 mètres et 485 tonnes les ont ensuite assemblés travée après travée.
Les 201 piles, elles, ont été coulées d’un seul jet en béton autoplaçant, injecté par le bas des coffrages sans qu’il faille le vibrer. VINCI Construction y voit un gain de qualité de surface et moins de pénibilité pour les compagnons. Le chantier a mobilisé jusqu’à 400 collaborateurs du groupe au pic d’activité.

Une aile d’avion posée sur le plateau
Le dessin compte aussi. Le tablier a la forme d’un « T » inversé au profil d’aile d’avion, pour affiner la rive et alléger la silhouette, explique VINCI Construction. Le laitier a donné aux sous-faces leur teinte très claire, voulue par l’architecte Thomas Lavigne. Le viaduc a été conçu par l’agence Explorations Architecture, avec le groupement d’ingénierie ICARE (Ingérop, Artelia, Arcadis).
Le prix récompense une équipe. Le maître d’ouvrage est la Société des grands projets, ex-Société du Grand Paris. La construction a été menée par VINCI Construction Grands Projets, mandataire, avec Dodin Campenon Bernard, Chantiers Modernes Construction et Freyssinet, filiales de VINCI, et Razel-Bec, du groupe Fayat. Le béton a été fourni par Béton Solutions Mobiles. Les sources ne s’accordent d’ailleurs pas au mètre près : l’ACI compte 6,6 kilomètres et 1 680 voussoirs, VINCI 6,7 kilomètres et 1 895 voussoirs.

Les voyageurs attendus en décembre
Reste l’essentiel : faire rouler le métro. La Société des grands projets a confirmé le 24 septembre une mise en service du premier tronçon, de Massy–Palaiseau à Christ de Saclay, en décembre 2026. Il desservira quatre gares, Massy–Palaiseau, Polytechnique, Université Paris-Saclay et Christ de Saclay, pour les 70 000 étudiants, enseignants-chercheurs et salariés du plateau. Le prolongement vers l’aéroport d’Orly est prévu à l’automne 2027, celui vers Versailles en 2030.
Le calendrier reste fragile. L’ouverture, d’abord envisagée fin novembre, a glissé de quelques semaines, et aucune date précise n’est fixée, note Enlarge your Paris. Le dossier de sécurité doit encore être complété par les résultats de la marche à blanc avant la dernière commission de sécurité. Et un prix de construction ne dit rien de l’usage réel de la ligne, qui reste à prouver.

L’ingénierie française en vitrine
Sur les 35 kilomètres de la ligne 18, le métro circulera en aérien sur 14, selon le Grand Paris Express. Le premier grand ouvrage visible du Grand Paris Express a déjà son trophée. Il ne lui manque plus que ses passagers.



