La Centrale d’achat du numérique et des télécoms (CANUT) a retenu le groupement LINAGORA–Docaposte et la plateforme Twake.ai pour son accord-cadre « Environnement Collaboratif Souverain ». Les collectivités, bailleurs sociaux et autres établissements éligibles disposent désormais d’un cadre d’achat mutualisé pour quitter, s’ils le souhaitent, les suites américaines au profit d’une digital workplace open source développée en France. Le communiqué de Docaposte, daté du 8 octobre 2026, détaille le choix ; Euronews et le blog Nvidia France l’ont remis en lumière le 13 et le 14 octobre, en le présentant comme l’environnement de travail numérique souverain référencé pour plus de 2 500 organismes publics.
Dix mois de dialogue compétitif
Le marché n’a pas été attribué à la va-vite. Pendant plus de dix mois, la CANUT a confronté des solutions souveraines, propriétaires comme open source, sur la couverture fonctionnelle, la technique, l’expérience utilisateur, la sécurité, le prix, la migration et la conduite du changement. Des cas d’usage issus des collectivités ont servi de banc d’essai.
Au bout, Twake.ai l’emporte. Pour Alexandre Zapolsky, fondateur et président de LINAGORA, le choix « honore » l’éditeur mais « engage » : « Notre responsabilité est désormais de réussir les migrations et de rendre cette souveraineté utile, chaque jour, aux agents comme aux usagers. » Benoît Parizet, directeur général adjoint secteur public chez Docaposte, y voit « le premier acteur » à proposer aux collectivités « une alternative souveraine crédible aux GAFAM ».

Une suite complète, du mail à l’IA
Twake.ai rassemble messagerie et agendas, chat, visioconférence, espaces partagés, tâches, stockage de fichiers et suite bureautique en ligne. La plateforme intègre aussi des briques de La Suite numérique de l’État (Docs, Grist, Visio). Le code est auditable ; l’architecture vise la réversibilité.
Côté intelligence artificielle, LINAGORA mise sur des modèles open source et open weight, avec un calcul hébergé en France. Nvidia précise que Twake.ai s’appuie notamment sur ses modèles ouverts Nemotron pour la transcription et des agents. L’éditeur se dit agnostique aux modèles : il peut en changer sans perdre la maîtrise des données.

LINAGORA et Docaposte, qui fait quoi
LINAGORA, entreprise à mission basée à Issy-les-Moulineaux, édite Twake.ai depuis des années. Elle compte 180 collaborateurs et a réalisé 16 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Elle assure l’évolution du produit, le support expert et les outils de migration depuis Microsoft 365.
Docaposte apporte la force de frappe : plus de 6 500 collaborateurs, 61 sites, 878 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, et une habitude du secteur public, de la santé et de la finance. Les deux partenaires prévoient un « Centre d’expertise de résilience et open source » pour mener plusieurs déploiements en parallèle, et d’intégrer progressivement signature électronique, identité numérique et archivage.

L’Occitanie en tête de pont
La Région Occitanie est à l’origine de la démarche et doit devenir la première grande référence. Le projet vise l’administration régionale et, à terme, la communauté éducative des lycées. LINAGORA y emploie déjà 40 personnes à Toulouse, avec un centre de R&D dédié à l’IA.
Pour la France, l’enjeu est concret : des milliers d’agents publics travaillent aujourd’hui sur des outils dont les données transitent hors d’Europe. Un cadre d’achat unique évite à chaque mairie ou bailleur de recommencer le même appel d’offres. Il ne force personne à migrer ; il rend la migration possible sans inventer la roue.

Les limites à ne pas oublier
Réussir un dialogue compétitif ne suffit pas. Les migrations de messagerie et de fichiers sont longues, sensibles, et souvent abandonnées à mi-chemin faute d’accompagnement. Docaposte et LINAGORA le savent : ils insistent sur la conduite du changement autant que sur le code.
Autre limite : « souverain » ne veut pas dire « isolé ». Twake.ai s’appuie aussi sur des modèles et une infrastructure Nvidia. La France choisit ici la maîtrise des données et l’auditabilité du code, pas l’autarcie matérielle. Enfin, le succès se mesurera au nombre réel de collectivités qui basculent, pas au communiqué.

Une porte ouverte
Si les premières migrations tiennent, Twake.ai peut devenir un canal pour d’autres éditeurs français et européens : services métiers pour les collectivités, la santé ou l’éducation, branchés sur le même environnement de travail. C’est l’ambition affichée par LINAGORA. Pour l’instant, le fait est plus simple : le secteur public français a enfin un marché mutualisé pour une suite collaborative open source, avec un hébergeur de confiance et une région prête à servir de preuve.



