Le TGV de nouvelle génération a enfin une date. Le voyage inaugural du TGV M, rebaptisé TGV Inoui, aura lieu le vendredi 6 novembre sur Paris-Marseille, a annoncé la SNCF mercredi soir, selon l’AFP reprise par France 24. Après plus de deux ans de reports, la cinquième génération de TGV, développée avec Alstom depuis 2016, accueillera ses premiers passagers payants dans trois semaines.

Un premier voyage avec Castex et Tabarot

L’invitation envoyée aux rédactions annonce à bord le PDG du groupe SNCF, Jean Castex, le directeur général de SNCF Voyageurs, Jean-Aimé Mougenot, et la directrice de TGV-Intercités, Karine Dussert-Sarthe. Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, devrait aussi faire le trajet, précise Le Parisien.

La date n’est pas tombée par hasard. Selon Les Echos, la SNCF et Alstom ont attendu que les six rames déjà livrées dans leur aménagement définitif aient chacune parcouru près de 50 000 kilomètres en « pré-roulage commercial ». Ce rodage, ralenti par les canicules d’août, s’ajoutait à une campagne d’essais d’un million de kilomètres qui avait débouché fin mai sur l’autorisation de mise sur le marché de l’Agence ferroviaire européenne.

Rame TGV M aux couleurs inOui roulant près de La Rochelle, sous un ciel bleu
La rame 1005, déjà en livrée inOui, près de La Rochelle le 1er août 2025. Les voitures voyageurs sortent de l’usine Alstom de la ville. © Patrycja Rosa (ptrcnull) / CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Plus de places, moins d’énergie

Le gain se lit dans les chiffres. Avec ses deux étages, une rame offre 740 places, plus de 1 400 quand deux rames circulent accouplées, soit 20 % de capacité en plus que le modèle actuel. Le train consomme 20 % d’énergie en moins grâce à un nez plus aérodynamique et émet 32 % de CO2 en moins, selon la SNCF citée par l’AFP.

Le secret tient à l’architecture. Les équipements électriques ont été miniaturisés et regroupés dans deux motrices plus courtes, ce qui libère la place d’une neuvième voiture, contre huit aujourd’hui, détaille le dossier de presse Alstom-SNCF. Les voitures peuvent passer de la première à la seconde classe, et les espaces bagages ou vélos s’ajustent selon la saison. Le train est fabriqué avec 25 % de matériaux recyclés, soit 100 tonnes, et il est recyclable à 97 %.

Pour la SNCF, c’est aussi une affaire de coûts. Le TGV M a moins de bogies, et Alstom annonce 30 % de maintenance préventive en moins. Le train est connecté : il transmet en permanence l’état de ses portes, de sa climatisation et de ses organes, ce qui permet de réparer avant la panne.

TGV M blanc en gare de Plouaret-Trégor, sous les caténaires
Le TGV M en gare de Plouaret-Trégor, le 5 juillet 2023, pendant sa campagne d’essais sur le réseau national. © Spendeau / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Monter seul en fauteuil roulant

Le changement le plus concret concerne les voyageurs handicapés. Pour la première fois, un TGV permettra à une personne en fauteuil roulant de monter à bord sans aide, grâce à un élévateur intégré, selon le dossier de presse. La voiture dédiée a été conçue depuis 2017 avec des associations comme APF France handicap : espace de circulation élargi, places réservées, toilettes sur toute la largeur de la voiture, et commande de repas livrée à la place. Une application guide aussi les voyageurs malvoyants jusqu’à leur porte, grâce à des balises Bluetooth.

TGV M blanc dans une courbe, longeant un talus herbeux à Montmélian
La rame d’essai 997 lors de son premier passage à Montmélian, en Savoie, en mai 2024. © Florian Pépellin / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Onze usines françaises sur le même train

Le TGV M est un produit de l’industrie française de bout en bout. Onze des seize sites français d’Alstom y contribuent, pour 4 000 emplois : Belfort fabrique les motrices, La Rochelle les voitures, Le Creusot les bogies, Ornans les moteurs, Tarbes la traction, Petit-Quevilly les transformateurs, Villeurbanne l’informatique embarquée, Valenciennes les aménagements intérieurs, détaille Alstom. Le constructeur a annoncé en 2025 un plan de plus de 150 millions d’euros pour doubler les lignes de La Rochelle et ouvrir une nouvelle chaîne d’assemblage à Valenciennes-Petite-Forêt.

La SNCF a commandé au total quelque 160 rames depuis 2018, pour environ 4,6 milliards d’euros : 100 rames en 2018, 15 en 2022 pour l’Italie, 30 en 2025 pour Eurostar et le transmanche, et 15 de plus en janvier pour 600 millions d’euros, notamment pour la Belgique, rappelle l’AFP.

Nez d’un TGV M entrant en gare de Tournai, sous des portiques métalliques
La rame 1402, version multitension destinée aux liaisons internationales, en essai à Tournai, en Belgique, le 3 mars 2026. © Jon Worth / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un modèle déjà vendu hors SNCF

Sous le nom d’Avelia Horizon, Alstom présente ce train comme le seul TGV à deux niveaux du marché capable de rouler à 300 km/h. Il a déjà convaincu ailleurs : la compagnie privée Proxima, premier concurrent indépendant de la SNCF sur la grande vitesse française, a commandé 12 rames en 2024, maintenance comprise, pour près de 850 millions d’euros, avec des premières livraisons attendues en 2028 sur l’axe Atlantique.

Un démarrage prudent

Le lancement reste modeste. Le TGV M devait rouler pour les Jeux olympiques de 2024, puis en 2025, puis en janvier 2026, rappelle l’AFP. En mai encore, Alstom et la SNCF visaient « la rentrée début septembre ». Le plan industriel prévoit 13 rames d’ici fin 2026, une goutte face aux 160 commandées : la flotte actuelle restera majoritaire pendant des années. Les dessertes au-delà de Paris-Marseille, vers Nice notamment, ne sont pas confirmées, note France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur. Et la fiabilité en service commercial, avec de vrais voyageurs et de vraies affluences, reste à démontrer.

TGV M en livrée d’essai multicolore en gare de Poitiers
La rame 998, en livrée « rame d’essai », en gare de Poitiers en novembre 2023. Le programme a cumulé plus d’un million de kilomètres de tests. © AFooz / CC0, via Wikimedia Commons

Quarante-cinq ans après le premier

Le premier TGV avait relié Paris à Lyon en septembre 1981. Le cinquième du nom démarre sur le même axe, avec plus de places pour moins d’énergie. « Obtenir l’autorisation de mise sur le marché auprès de l’ERA est une reconnaissance exigeante », avait déclaré en mai Martin Sion, directeur général d’Alstom. Le 6 novembre, ce sont les voyageurs qui jugeront.