Lancé en juin 2024, un satellite franco-chinois s’est imposé parmi les meilleurs chasseurs d’explosions cosmiques. Jeudi 1er octobre, au siège du CNES à Paris, l’Association aéronautique et astronautique de France (3AF) a remis son prix de l’excellence scientifique 2026 à la collaboration SVOM, mission spatiale franco-chinoise dédiée aux sursauts gamma, annonce la 3AF. En deux ans, SVOM a repéré 358 de ces flashs et permis de mesurer la distance de plus de 60 d’entre eux.
358 flashs venus du fond de l’Univers
Les sursauts gamma sont les explosions les plus violentes connues. Ils surgissent sans prévenir, durent de quelques millisecondes à quelques minutes, et naissent soit de l’effondrement d’étoiles massives, soit de la fusion d’objets compacts, étoiles à neutrons ou trous noirs. L’un des objectifs de SVOM est de prouver ce second scénario et d’établir le lien avec les ondes gravitationnelles, rappelle la 3AF.

Le satellite a été lancé le 22 juin 2024 depuis la base de Xichang, en Chine, par une fusée Longue Marche 2-C. La phase d’exploitation scientifique a officiellement commencé en avril 2025, précise le bilan des deux ans publié par la collaboration. Depuis, l’engin a bouclé plus de 10 800 tours de la Terre. Au 12 juin 2026, sur les sursauts localisés par son télescope ECLAIRs, 79 avaient été suivis en rayons X, 66 en lumière visible, et la distance avait pu être mesurée pour 40 d’entre eux. Le total est passé depuis à plus de 60, selon la 3AF.
Une alerte au sol en quelques secondes
La force de SVOM tient à sa vitesse. Le satellite embarque quatre instruments, du rayonnement gamma jusqu’au visible, couplés à un réseau de stations au sol dédié. Quand ECLAIRs, un télescope à masque codé fourni par la France, repère un flash, il le localise aussitôt, déclenche le pivotement autonome du satellite et envoie une alerte vers les grands télescopes au sol, explique le laboratoire AstroParticule et Cosmologie (APC, CNRS et Université Paris Cité), qui a contribué à l’instrument. La précision de ces alertes, diffusées « en quelques secondes », permet à toute la communauté de pointer ses instruments presque instantanément.

Si le sursaut est assez brillant, le satellite se repointe tout seul et observe pendant près de huit heures la lueur résiduelle de l’explosion. Ce schéma a déjà produit plus de 800 circulaires publiées sur le réseau d’alerte de la NASA pour prévenir les astronomes du monde entier.
L’explosion d’une étoile des premiers âges
Le résultat le plus spectaculaire date du 14 mars 2025. Ce jour-là, SVOM détecte GRB 250314A. Son décalage vers le rouge, mesuré autour de 7,3, situe l’explosion à une époque où l’Univers n’avait que 730 millions d’années, environ 5 % de son âge actuel. C’est le troisième sursaut gamma le plus lointain jamais confirmé par spectroscopie, et le premier détecté à une telle distance depuis plus de dix ans, souligne la collaboration.

La chaîne d’observation a fonctionné comme prévu. La distance a été déterminée au Very Large Telescope de l’ESO, au Chili, par la collaboration Stargate avec le spectrographe X-shooter. Ce résultat a déclenché les observations du télescope spatial James Webb, qui ont révélé 110 jours plus tard la supernova associée : la plus lointaine jamais détectée à ce jour. Elle confirme que des étoiles massives existaient déjà à cette époque reculée et finissaient leur vie dans des explosions d’une puissance extraordinaire.
Des équipes françaises à chaque étage
SVOM est née d’un accord entre l’agence spatiale chinoise (CNSA) et le CNES, avec les contributions principales du CEA et du CNRS pour la France. La cérémonie a réuni François Jacq, président du CNES, Hervé Austruy, président du comité des prix de la 3AF, et Bertrand Cordier, responsable scientifique français de la mission au CEA. Les lauréats représentent l’ensemble des acteurs français : Cyril Lachaud (CNRS/APC), Stefano Crepaldi, Karine Mercier, Martine Jouret et François Gonzalez (CNES), Bertrand Cordier (CEA), Jean-Luc Atteia (CNRS/IRAP) et Stéphane Basa (CNRS/LAM), détaille le site de la mission.

L’Observatoire de Paris joue aussi un rôle clé. Son laboratoire LUX pilote le module d’analyse du télescope visible VT, qui identifie la contrepartie optique des sursauts, et suit les alertes avec les grands télescopes au sol. « Je suis très heureuse de ce beau prix pour l’équipe SVOM, qui récompense l’excellence scientifique des résultats obtenus grâce à la détermination des équipes de chercheurs et ingénieurs français et chinois, et qui positionnent la France comme leader des études des phénomènes à haute énergie dans l’Univers », réagit l’astrophysicienne Susanna Vergani sur le site du LUX.
Huit énigmes encore sans distance
Le bilan n’est pas sans zones d’ombre. SVOM a identifié huit candidats à des sursauts très lointains, mais aucun n’a pu faire l’objet d’une mesure de distance assez robuste pour confirmer sa nature, reconnaît la collaboration. Pour lever le doute, il faut des observations rapides dans le proche infrarouge, et ces moyens restent rares. Une avancée est attendue fin 2026 avec l’installation de la caméra CAGIRE sur le télescope Colibrí. La mission découvre aussi une population de sursauts très riches en rayons X, dont l’origine reste débattue : sursauts classiques vus dans des conditions particulières, ou nouvelle classe d’explosions stellaires ?

Côté publications, la moisson ne fait que commencer : un numéro spécial de la revue Research in Astronomy and Astrophysics réunit 34 articles sur la mission, et la collaboration prépare un deuxième appel à propositions ouvert aux astronomes du monde entier pour des observations en 2027.
Dix-huit mois après le début de son exploitation scientifique, SVOM a déjà livré un résultat de premier plan sur l’Univers jeune. Le prix de la 3AF salue des années de travail quotidien. Les huit énigmes en attente promettent la suite.



