Sophie Adenot a achevé sa première mission à bord de la Station spatiale internationale. L’équipage Crew-12 s’est désamarré le 7 octobre 2026 à 14h05 (heure de Paris) ; la capsule Crew Dragon a amérri le 8 octobre à 17h34 dans le Pacifique, au large de la Californie. Selon l’ESA et le CNES, la Française a passé 237 jours, 5 heures et 18 minutes dans l’espace — la plus longue mission spatiale réalisée par un Européen, hommes et femmes confondus.
Deux cent trente-sept jours, un record européen
Baptisée εpsilon (Epsilon), la mission a débuté le 13 février 2026 au décollage depuis la Floride, à bord d’une capsule SpaceX Dragon. Sophie Adenot a volé avec les Américains Jessica Meir et Jack Hathaway et le Russe Andreï Fediaïev. L’amarrage à l’ISS a eu lieu le 14 février. Au retour, Crew-12 est aussi devenu le plus long vol Crew Dragon à ce jour, au-delà des 235 jours du Crew-8 (ESA).
Le précédent record européen d’un vol habité unique était détenu par l’Italien Luca Parmitano (mission Beyond). Epsilon le dépasse de plus de 35 jours. Pour la France, c’est le premier séjour d’un spationaute à bord de l’ISS depuis la mission Alpha de Thomas Pesquet en 2021, et la deuxième Française après Claudie Haigneré (CNES, RFI).

Trois sorties, dix-neuf heures quarante-deux dehors
Le 18 août 2026, Sophie Adenot est devenue la première Française — et la deuxième Européenne après Samantha Cristoforetti — à réaliser une sortie extravéhiculaire. En quinze jours environ, elle en a enchaîné trois : remplacement d’une antenne Space-To-Ground défectueuse (18 puis 25 août, avec l’Américain Anil Menon), puis une troisième sortie le 1er septembre avec Jessica Meir (aide à la navigation, détecteur de particules, câbles de données, prélèvements MicroOrganisms). Total : 19 heures et 42 minutes hors de la station (ESA, CNES).
« Sans aucun doute pour moi, les sorties extravéhiculaires resteront le point culminant de cette mission », a-t-elle dit après la troisième EVA, selon RFI.

EchoFinder, MatISS et le laboratoire Columbus
À l’intérieur, le programme a mêlé physiologie, biologie, matériaux, physique des fluides et technologies pour l’exploration. L’ESA compte environ 218 heures de travail sur 35 charges utiles européennes, plus une vingtaine d’heures de maintenance sur le module Columbus, et la réalisation de toutes les expériences CNES spécifiques à Epsilon qui lui étaient assignées (ESA). RFI évoque, au total, quelque 200 expériences françaises et internationales.
Côté français, le Cadmos du CNES a suivi notamment EchoFinder (échographie guidée par réalité augmentée et intelligence artificielle, pensée pour l’autonomie loin de la Terre), MatISS / MultISS (surfaces et cartographie de la biocontamination), PhysioTool, EuroSuit ou encore l’expérience éducative ChlorISS menée avec des milliers de classes (CNES). Des retombées terrestres sont clairement visées : diagnostic à distance, hygiène des environnements confinés, contre-mesures au déconditionnement osseux et musculaire.

Pilote d’hélicoptère, class of 2022, première des Hoppers
Née en 1982, Sophie Adenot est ingénieure, pilote d’hélicoptère de l’armée de l’Air et de l’Espace, sélectionnée astronaute ESA en novembre 2022. Certifiée en avril 2024 au Centre des astronautes européens de Cologne, elle a été la première de sa promotion (« Hoppers ») assignée à un vol. La mission porte le nom qu’elle a choisi : en mathématiques, ε désigne une petite quantité ; sur le patch, un colibri et trois points aux couleurs françaises rappellent Terre, Lune et Mars (CNES).
Au sol, l’opération a mobilisé l’ESA, le CNES, la NASA, les centres de contrôle Columbus et le réseau d’USOC européens. Après Houston, Adenot a rejoint Cologne le 10 octobre pour la réadaptation à la gravité, notamment au :envihab du DLR, avant la suite du suivi au EAC (ESA).

Inspiration mesurée, dépendances connues
Pendant la mission, elle a documenté le quotidien via notamment « la science du dimanche matin », et l’ESA avance plus de 403 millions de vues sur ses contenus, plus de 1,1 million d’abonnés, et plus de 290 000 élèves touchés via ChlorISS, AstroPi, ARISS et d’autres actions (ESA).
Les limites restent structurelles : l’accès européen habité à l’ISS dépend encore de partenaires (ici SpaceX et la NASA) ; la station elle-même a une durée de vie limitée ; la récupération post-vol demande des semaines. Le directeur général de l’ESA, Josef Aschbacher, situe le retour dans la perspective du Conseil ministériel intermédiaire de Rome en décembre, où l’Europe doit fixer son rôle en exploration (ESA).

Le bilan chiffré est net : record européen de durée, première EVA française, programme scientifique tenu jusqu’au bout. Reste la phase moins spectaculaire — réadaptation, dépouillement des expériences, tournée post-mission — qui décide de ce que ces huit mois rapportent vraiment à la recherche et à la filière spatiale européenne.



