Scaleway, la filiale cloud et IA du groupe Iliad, a profité de sa conférence ai-PULSE, mardi 13 octobre à Station F, pour annoncer son premier supercalculateur construit hors de France. Il sera installé en Suède et tournera sur des GPU AMD Instinct MI355X. Dans la foulée, l’entreprise ouvre une zone de calcul Nvidia à Copenhague, complète sa région de Milan et prévoit six nouvelles zones de disponibilité en 2027, selon son dossier de presse.
Suède, Danemark, Italie : la carte s’élargit
Le projet le plus lourd est suédois. Scaleway le présente dans son communiqué comme « le premier supercalculateur AMD dédié à l’IA à un usage commercial en Europe ». Il sera ouvert aux start-up, aux spécialistes de l’IA et aux grandes entreprises de tout le continent, avec la pile logicielle ouverte d’AMD, ROCm. Le choix de la Suède s’explique, selon l’entreprise, par un écosystème tech solide et un mix électrique largement bas carbone. Scaleway y travaille déjà avec l’opérateur Tele2.
Deuxième annonce : une « GPU Zone » à Copenhague, équipée de Nvidia HGX B300, avec plusieurs milliers de GPU d’après le dossier de presse. Le communiqué dédié cite des clients déjà servis au Danemark, comme la Ville de Copenhague et la start-up d’IA médicale Corti.
Troisième annonce : Milan devient une région cloud complète, avec deux nouvelles zones de disponibilité qui s’ajoutent à la première, annoncée en avril. Le quotidien économique italien Il Sole 24 Ore les situe dans le centre de Milan et à Basiglio, la première étant à Settimo Milanese. Pour 2027, Scaleway annonce trois zones à Stockholm et trois à Francfort.

Des dizaines de milliers de GPU en ligne de mire
Les GPU Zones sont un format nouveau chez Scaleway : des sites consacrés au calcul massif pour l’entraînement et l’inférence des modèles, en complément des zones cloud classiques. Les sites sont choisis selon la proximité des clients, l’accès à une électricité fiable et bas carbone et un climat frais qui réduit le besoin de refroidissement. Tous restent dans l’Union européenne.
Avec Paris, Copenhague et Stockholm, l’entreprise dit viser à terme « des dizaines de milliers de GPU, des dizaines d’exaflops de puissance de calcul et des dizaines de mégawatts de capacité ». Aucun montant d’investissement n’a été publié.
Le chantier suédois mobilise plusieurs industriels, dont deux français. Bull assure l’intégration du cluster, de l’installation des baies et du refroidissement jusqu’à la maintenance. Motul, connu pour ses huiles moteur, fournit un liquide de refroidissement conçu pour les serveurs d’IA à haute densité. Giga Computing livre les serveurs, HPE Networking le réseau et VAST Data la plateforme de données.

Une année de contrats de confiance
L’expansion ne sort pas de nulle part. En avril, Scaleway a été retenu comme l’un des quatre fournisseurs du programme Cloud III de la Commission européenne, un dispositif d’achat de 180 millions d’euros sur six ans au maximum pour les institutions de l’UE. Le même mois, il a été désigné futur hébergeur de la Plateforme des données de santé, au terme d’une sélection fondée sur plus de 350 critères techniques.
En juin, l’entreprise a annoncé des partenariats avec LVMH, la MAIF, Ouest-France et ChapsVision. En juillet, Airbus l’a choisi comme fournisseur de cloud souverain, d’après le communiqué du 16 juillet, pour des applications qui touchent à la conception des avions, à l’ingénierie et à la production. Le même mois, Scaleway a racheté Qarnot Computing, spécialiste du calcul haute performance qui récupère la chaleur des serveurs pour chauffer des bâtiments.

Les pépites françaises embarquées
ai-PULSE a aussi servi de vitrine à l’écosystème français. Scaleway s’associe à VSORA et ZML pour bâtir une offre d’inférence européenne sur le processeur Jotunn8 de VSORA, une puce conçue en France. Son catalogue de plus de 40 modèles accueille LightOn OCR 3, développé par la société française LightOn pour lire des documents complexes. Dataiku, la plateforme d’IA cofondée à Paris, pourra être déployée sur le cloud de Scaleway.
L’entreprise lance aussi un programme d’accès au calcul quantique pour les start-up, le Quantum Builders Program, et un partenariat avec Presage, une société française spécialisée dans les « world models ». Elle étudie même, avec Alatyr, des infrastructures de calcul en orbite.
« Réaliser ce projet depuis la Suède donne un sens particulier à cette étape, alors que nous continuons à renforcer notre présence et à accroître nos investissements à travers l’Europe », a déclaré Damien Lucas, directeur général de Scaleway.

Souverain, mais pas sur le silicium
La limite est connue, et Il Sole 24 Ore la rappelle sans détour : les machines suédoise et danoise tourneront sur des puces conçues par deux américains, AMD et Nvidia, et fabriquées en grande partie à Taïwan. La souveraineté porte sur le lieu des données et sur l’opérateur, pas sur le silicium. Multiplier les fournisseurs réduit la dépendance à une entreprise, pas à un pays.
Face aux géants américains du cloud, Scaleway reste un acteur de taille modeste, et le dossier ne chiffre ni l’investissement ni le calendrier précis de mise en service en Suède. D’où l’intérêt du pari sur la puce de VSORA, encore à transformer en succès commercial. La candidature d’Iliad et de ses partenaires à une gigafactory européenne de l’IA en France, citée dans le dossier, sera l’autre test.

Un cloud français qui s’exporte
Né à Paris sous le nom d’Online, Scaleway ouvre maintenant des régions en Italie, en Suède, au Danemark et en Allemagne, sert la Commission européenne et Airbus, et entraîne avec lui Bull, Motul, VSORA, LightOn et Dataiku. Pour une Europe qui cherche des alternatives, c’est l’une des rares offres crédibles, et elle est française.



