Orange, le fonds d’infrastructures Equitix et le développeur irlandais MDM ont annoncé le 14 octobre 2026 la création de PISCES Cable System Limited, la coentreprise chargée de construire Pisces, un nouveau câble sous-marin qui reliera directement l’Irlande à l’Europe continentale. Long d’environ 3 125 km, il atterrira en France à Saint-Hilaire-de-Riez, en Vendée, avant de filer vers l’Espagne et le Portugal (communiqué des partenaires). Le projet est chiffré à 180 millions d’euros, selon l’Irish Examiner.

Galway, la Vendée, Bilbao, Lisbonne

Le tracé part de Galway, sur la côte ouest irlandaise, rejoint Saint-Hilaire-de-Riez, descend jusqu’à Sopelana, près de Bilbao, où Orange construira une nouvelle station d’atterrissement, puis termine à Carcavelos, dans la banlieue de Lisbonne. Le câble comptera 16 paires de fibres optiques. Il sera ouvert à tous les opérateurs (« open access ») et commercialisé en fibre noire, c’est-à-dire que les clients pourront louer des fibres entières et y installer leurs propres équipements.

Voiliers traditionnels dans la baie de Galway, côte ouest de l’Irlande
La baie de Galway, point de départ irlandais de Pisces. Le câble rejoindra la France sans passer par le Royaume-Uni. © Robert Linsdell / CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Le calendrier est déjà engagé. L’étude marine du tracé, menée par Orange Marine et sa filiale italienne Elettra Tlc, s’est achevée en août. L’ingénierie et les autorisations sont en cours, et la pose est prévue en 2028. Le projet bénéficie d’un financement important du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE, ou CEF en anglais), le programme européen dédié aux grandes infrastructures, dont 18,9 millions d’euros attribués en décembre, précise l’Irish Examiner. Carine Romanetti, spécialiste reconnue des câbles sous-marins, prend la direction de la coentreprise.

Un pont direct vers le premier hub de données d’Europe

L’enjeu est simple : l’Irlande est l’un des grands centres européens du cloud, mais ses liaisons avec le continent passent aujourd’hui en grande partie par la Grande-Bretagne. Pisces doit offrir « une alternative au transit par le Royaume-Uni », résume le quotidien irlandais. Les partenaires parlent de combler « le manque de connectivité directe entre l’Irlande et l’Europe continentale ».

Le poids des centres de données irlandais donne la mesure du besoin. Selon l’office statistique irlandais, ils ont consommé 7 663 GWh en 2025, soit 23 % de l’électricité mesurée du pays, contre 22 % un an plus tôt (CSO). Les grands du cloud et de l’IA y ont installé une partie de leurs serveurs européens. Un tuyau direct vers la France, l’Espagne et le Portugal permet de faire circuler ces données entre data centers sans détour, avec une route de secours supplémentaire en cas de coupure.

Longue plage de sable de Sion, à Saint-Hilaire-de-Riez, sous un ciel bleu
La plage de Sion, à Saint-Hilaire-de-Riez. La commune vendéenne accueille déjà depuis 2020 le câble transatlantique Dunant, dont Orange exploite la station. © Yann240b / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La Vendée, carrefour atlantique

Pour la France, le choix de Saint-Hilaire-de-Riez renforce une position déjà solide sur la façade atlantique. C’est là qu’Orange a fait atterrir en 2020 le câble Dunant de Google, 6 600 km jusqu’à Virginia Beach, aux États-Unis, en réhabilitant l’ancienne station de La Parée-Préneau (Orange, Google Cloud). Pisces « s’interconnectera avec les systèmes transatlantiques et internationaux existants », indiquent les partenaires : la Vendée devient un point de rencontre entre l’Amérique, l’Irlande et la péninsule Ibérique.

Le câble s’inscrit aussi dans la stratégie européenne Global Gateway pour le numérique, qui veut multiplier les routes « de confiance » au moment où l’IA fait exploser les flux. « À l’heure où l’Europe accélère ses ambitions dans l’IA, les infrastructures sous-marines de la côte atlantique deviennent plus critiques que jamais », a déclaré Valérie Cussac, directrice générale d’Orange Wholesale International. Pisces doit, selon elle, alimenter « les autoroutes de l’IA ».

Orange Marine à la manœuvre

Derrière le projet, il y a un savoir-faire industriel français rare. Orange revendique la gestion de plus de 450 000 km de câbles sous-marins reliant tous les continents (Orange). Sa filiale Orange Marine et l’italienne Elettra Tlc arment des navires de maintenance, deux navires de pose et un navire de reconnaissance. Le groupe a commandé en 2025 deux nouveaux câbliers, sisterships du Sophie Germain lancé en 2023, attendus en 2028 et 2029, avec une consommation de carburant et des émissions réduites de 20 %.

Le navire câblier René Descartes à quai, aux couleurs de France Télécom Marine
Le René Descartes, ici aux couleurs de l’ancien France Télécom Marine. La flotte d’Orange Marine pose et répare des câbles sur l’Atlantique, la Manche, la mer du Nord et la Méditerranée. © David Monniaux / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Equitix, investisseur européen dans les infrastructures de taille moyenne, met des fonds via Equitix Infra Ireland, un fonds soutenu par l’Ireland Strategic Investment Fund, le fonds souverain irlandais. MDM, cofondé par Tom McMahon, porte le projet depuis plusieurs années. « Pisces est le fruit d’années de travail et d’une collaboration étroite avec Orange et Equitix », a-t-il déclaré. Selon l’Irish Examiner, le câble pourrait ensuite se raccorder à Narwhal 1 et 2, deux liaisons transatlantiques Irlande–États-Unis que MDM développe pour 500 millions de dollars.

Le câblier Raymond Croze d’Orange Marine amarré dans le port de Toulon
Le Raymond Croze, câblier d’Orange Marine, à Toulon. Le groupe a lancé le remplacement de ses navires les plus anciens. © Nicolas Corbel / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce qui reste à faire

Le projet n’est pas encore posé au fond de l’eau. L’ingénierie et les autorisations sont en cours dans les quatre pays traversés, et une pose en mer dépend toujours de la météo et de la disponibilité des navires. Une fois en service, un câble reste exposé aux ancres et aux chaluts : c’est justement pour multiplier les routes de secours que ce type de projet se développe. Le marché de l’Atlantique Nord se densifie aussi : Amazon développe Fastnet, entre le comté de Cork et le Maryland, avec 16 paires de fibres et plus de 320 Tbit/s. Pisces devra trouver ses clients face à ces géants.

Plage d’Arrietara à Sopelana, falaises vertes et sable au Pays basque espagnol
La côte de Sopelana, près de Bilbao, où Orange construira une nouvelle station d’atterrissement pour Pisces. © Javierme / CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Pisces n’est pas le seul trait d’union en chantier entre les deux pays. Le Celtic Interconnector, future liaison électrique entre l’Irlande et la France, permettra d’échanger 700 MW, de quoi alimenter 450 000 foyers, selon le quotidien irlandais.

Deux fils vers Galway

À terme, la France sera reliée directement à l’Irlande à la fois par l’électricité et par la fibre. Pour un pays qui veut attirer les data centers de l’IA, c’est un atout concret : plus de routes, plus de capacité et un savoir-faire maison pour les poser.