Epyr a levé 15 millions d’euros en série A, menée par SlateVC, avec le renfort d’AENU, Daphni, WEPA Ventures, OVNI Capital et Aurum Impact (Tech.eu). L’annonce suit la mise en service, à Troyes, de la première unité industrielle française de stockage thermique d’Epyr chez le papetier WEPA.

De l’électricité bas carbone à la vapeur

La chaleur industrielle représente environ 20 % de la consommation énergétique mondiale et reste largement produite en brûlant des fossiles, surtout du gaz en Europe. Epyr convertit de l’électricité — idéalement bas carbone — en chaleur stockée, puis la restitue sous forme de vapeur pour les process.

Stock de copeaux devant une papeterie
Chez WEPA à Troyes, l’unité Epyr alimente jusqu’à un quart des besoins en vapeur du site. © Quintin Soloviev / CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

L’installation troyenne a été construite et mise en service en moins de six mois. Elle fournit jusqu’à 25 % de la vapeur du site, d’après l’entreprise et son client (WEPA, Epyr).

Papeco ensuite, 35 MWh

Le capital doit financer la vague suivante de projets. Epyr a été retenue pour déployer une unité de 35 MWh sur le site Papeco d’Orval-sur-Sienne, présentée comme le plus grand projet français de stockage thermique, capable de remplacer toute la consommation de gaz naturel du site. Energy Pool accompagne le dossier (Tech.eu).

Chaudière à vapeur industrielle
Objectif : remplacer le gaz par de la vapeur issue d’électricité stockée sous forme de chaleur. © Anup Sadi / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La cible commerciale est claire : papier, agroalimentaire, chimie — les secteurs gourmands en vapeur. D’autres annonces sont attendues dans les mois qui viennent, selon la start-up.

Une réponse française au mix électrique

La France dispose d’une électricité majoritairement décarbonée. Stocker la chaleur permet d’absorber les heures où le réseau est abondant et de lisser la facture gaz des usines. Pour le territoire, c’est aussi de l’emploi d’ingénierie et de fabrication d’équipements, pas seulement de la finance climatique.

Nouvelles canalisations de chauffage urbain
Le stockage thermique vise les process industriels, pas seulement le chauffage des bâtiments. © Stephen Craven / CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Sébastien Léger, associé chez SlateVC, met en avant la preuve terrain chez WEPA avant la levée — un argument rare dans la deeptech énergie, souvent encore au stade de démonstrateur (GreenUnivers).

Qui développe la machine

Epyr se présente comme une energytech industrielle, pas comme une app. Le produit est une unité physique installée en usine, branchée sur les besoins de vapeur. WEPA Ventures au capital n’est pas anodin : le premier client devient aussi actionnaire, ce qui aligne la preuve terrain et le financement (Tech.eu).

La série A arrive après l’inauguration de mai 2026 à Troyes. Cet ordre — déployer puis lever — rassure les industriels qui ont déjà vu trop de slides sans tuyaux. Il reste à prouver que le passage de 25 % à 100 % de substitution gaz, comme à Papeco, tient le même rythme de chantier.

Ce qui peut freiner

Industrialiser le stockage thermique suppose des CAPEX lourds, des arrêts de production maîtrisés et une concurrence des pompes à chaleur haute température ou de l’hydrogène. Un site pilote à 25 % de vapeur ne garantit pas le remplacement total du gaz partout. Et le modèle économique dépend du prix relatif électricité / gaz.

Travaux sur des tuyaux de chauffage urbain
À Orval-sur-Sienne, Epyr vise 35 MWh et la sortie complète du gaz sur le site Papeco. © Wistula / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Intérieur d’un musée industriel avec machines
Papier, agroalimentaire, chimie : les industries à vapeur sont la cible d’Epyr. © Pauloleong2002 / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Si Papeco tient le calendrier, la France aura un cas d’école européen : une usine qui coupe le gaz grâce à de la chaleur stockée, conçue et déployée par une start-up française.

Les industriels européens cherchent des alternatives au gaz depuis la crise énergétique. Le stockage thermique n’est pas la seule piste — électrification directe, récupération de chaleur fatale, biomasse — mais c’est l’une des rares à pouvoir s’insérer dans une chaufferie existante sans reconstruire tout le process. Epyr misera sur cette promesse de « drop-in » pour convaincre les directions d’usine, souvent plus prudentes que les fonds climate. Si les prochains sites tiennent les délais annoncés, la série A de 15 millions d’euros aura servi à industrialiser une preuve, pas seulement à allonger une runway.