Mardi 13 octobre, ENGIE et CMA CGM ont annoncé un accord-cadre pour construire une unité de production de biométhane dans la zone industrialo-portuaire du Havre. À partir de 2029, le site doit fournir 7 000 tonnes de gaz renouvelable par an — soit 100 GWh — entièrement destinées à la flotte du numéro trois mondial du transport maritime (ENGIE, CMA CGM).
Sept mille tonnes pour des navires déjà prêts
Le volume annoncé équivaut à 100 GWh de biométhane injecté dans le réseau gazier européen, sous un dispositif certifié de traçabilité. Les deux groupes indiquent que cette production permettrait d’éviter environ 23 000 tonnes d’émissions de CO₂ par an. L’AFP, qui reprend le dossier, cite pour sa part un ordre de grandeur d’environ 18 000 tonnes (Connaissance des Énergies).
L’intérêt opérationnel est immédiat pour CMA CGM : le biométhane peut alimenter dès aujourd’hui les navires propulsés au GNL, sans modification des moteurs ni des infrastructures de soutage. Sur l’ensemble du cycle de vie, le carburant réduit d’au moins 67 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux carburants marins conventionnels, selon les communiqués.

Déchets agricoles, digestat et CO₂ biogénique
La matière première sera locale et organique : déchets d’élevage, biodéchets ménagers et résidus agricoles, transformés par méthanisation. Le procédé doit aussi produire 100 000 tonnes de digestat par an, utilisable comme fertilisant naturel par les agriculteurs, et récupérer 13 000 tonnes de CO₂ biogénique en vue de leur commercialisation.
ENGIE pilotera la conception technique, les autorisations, puis — sous réserve d’une décision finale d’investissement — la construction et l’exploitation. CMA CGM entrera au capital comme actionnaire minoritaire via PULSE, son fonds dédié aux technologies et infrastructures de décarbonation. Aucun montant d’investissement ni calendrier détaillé de chantier n’a été publié.

Deux groupes français, un port stratégique
Le Havre n’est pas un choix décoratif. Premier port à conteneurs français et hub logistique européen, la zone industrialo-portuaire accueille déjà d’autres projets énergétiques d’ENGIE, dont Kereauzen sur le carburant d’aviation. Le Marin rappelle que les deux groupes avaient signé un partenariat énergétique en 2021, et que le précédent projet Salamandre de bio-GNL avait été abandonné faute de soutien du fonds d’innovation européen (Le Marin).
Du côté de CMA CGM, le PDG Rodolphe Saadé insiste sur la souveraineté énergétique : « Ensemble, nous investissons dans la production de biométhane au Havre […] et contribuons à la souveraineté énergétique de la France et de l’Europe. » Catherine MacGregor, directrice générale d’ENGIE, y voit un modèle pour décarboner les secteurs « difficiles à électrifier ».

Objectifs 2030 et 2035, et ce qui reste ouvert
CMA CGM vise la neutralité carbone de ses activités d’ici 2050. D’ici 2030, plus de 200 navires équipés de moteurs bicarburants devront pouvoir fonctionner au biométhane, au biométhanol et aux carburants de synthèse. ENGIE, de son côté, vise 10 TWh de capacité annuelle de biométhane en Europe d’ici 2035, contre 1,2 TWh aujourd’hui ; le site havrais contribuera à cet objectif.
Les limites sont nettes. Le projet reste soumis à une décision finale d’investissement. Le montant n’est pas public. La production ne démarre qu’en 2029-2030. Et 100 GWh restent modestes face à la consommation d’une flotte mondiale — c’est un jalon d’approvisionnement, pas une bascule complète.


Deux industriels français — l’un leader de l’énergie, l’autre du maritime — ancrent donc une filière de gaz renouvelable sur le premier port à conteneurs du pays, avec un client déjà identifié et des navires compatibles. Reste à transformer l’accord-cadre en usine en service. Les deux groupes disent déjà étudier d’autres initiatives du même type en France et en Europe.



